La co­lère d’une vic­time du père Prey­nat

JUSTICE. Le clas­se­ment sans suite de la plainte contre le car­di­nal Bar­ba­rin pour non-dé­non­cia­tion d’abus sexuels scan­da­lise le pré­sident d’un col­lec­tif des vic­times.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Fran­çois De­vaux, vic­time du père Prey­nat FLORENCE MÉRÉO

IL Y A RÉFLÉCHI une par­tie de la nuit. « Je sais que ça va faire hur­ler les avo­cats », lâche Fran­çois De­vaux. Ce plai­gnant de 36 ans, pré­sident de l’as­so­cia­tion de vic­times la Pa­role li­bé­rée, en­vi­sage sé­rieu­se­ment de re­ti­rer sa plainte contre le père Prey­nat, le re­li­gieux qui l’au­rait agres­sé en 1990 dans le dio­cèse de Lyon alors qu’il était un gar­çon­net de 10 ans. Un « acte sym­bo­lique »… non pour in­no­cen­ter le re­li­gieux, mais pour pro­tes­ter contre le clas­se­ment sans suite de l’en­quête, ou­verte après cinq plaintes, vi­sant le car­di­nal Phi­lippe Bar­ba­rin pour non-dé­non­cia­tion d’abus sexuels sur mi­neurs.

Dans son ar­gu­men­taire, le pro­cu­reur a en ef­fet consi­dé­ré lun­di que le dio­cèse de Lyon était au cou­rant, entre 2005 et 2010, des soup­çons qui pe­saient sur le père Ber­nard Prey­nat mais que cette pé­riode était dé­sor­mais pas­sée sous le coup de la pres­crip­tion.

« Après six mois de com­bat pour la prise de conscience, la justice a dé­ci­dé de dire conti­nuez à pro­cé­der ain­si, vous ne ris­quez rien. Nous al­lons nous consti­tuer par­tie ci­vile, mais si ce­la est re­je­té, je pous­se­rai très fort pour que les autres vic­times re­tirent elles aus­si l eur plainte contre Prey­nat », note ce­lui qui pré­side la très ac­tive as­so­cia­tion de vic­times. « C’est à mon sens la der­nière chose que je puisse faire pour dé­non­cer un sys­tème d’omer­ta qui va à l’en­contre du bon sens, de la mo­rale et de la pré­ven­tion », re­prend-il.

Mais pour­quoi prendre le risque de dis­cul­per un prêtre mis en exa- men pour des viols sur mi­neurs qu’il a re­con­nus, « juste » pour si­gni­fier sa co­lère contre le car­di­nal Bar­ba­rin qu’il ac­cuse d’avoir fer­mé les yeux ? « J’ai croi­sé la route de ce dé­tra­qué uni­que­ment parce que l’Eglise sa­vait mais n’a rien dit, ré­pond Fran­çois De­vaux. Ce que les vic­times sou­haitent n’est pas tant le pro­cès de la pé­do­phi­lie que ce­lui du sys­tème qui f ait qu’elle peut per­du­rer. La non­dé­non­cia­tion est la cause de beau­coup de nos maux. Au­jourd’hui, ce n’est pas moins le pro­blème de la so­cié­té tout en­tière que le nôtre sur la fa­çon dont les car­di­naux gèrent avec in­cons­cience et im­mo­ra­li­té des cas aus­si graves », es­time Fran­çois De­vaux. L’ar­che­vêque de Lyon a quant à lui tou­jours nié avoir été au cou­rant des agis­se­ments de Prey­nat.

En mai 1990, Fran­çois De­vaux était de­puis deux ans chez les scouts Saint-Luc, di­ri­gés par le père Ber­nard Prey­nat, quand un jour, ce der­nier lui au­rait de­man­dé de « res­ter un peu » après une réunion. « J’étais blond, grand et maigre, le pro­fil par­fait », té­moigne-t-il sur le site de l’as­so­cia­tion la Pa­role li­bé­rée. La main qui re­monte sur la cuisse, l’em­bras­sade sur la bouche, et même le gris de la che­mise du prêtre ne se sont plus ja­mais ef­fa­cés de ses sou­ve­nirs.

Lun­di, après la dé­ci­sion de justice, le car­di­nal Phi­lippe Bar­ba­rin a re­dit aux vic­times « son sou­tien ». Son en­tou­rage as­sure qu’il sou­haite les ren­con­trer. Un geste que l’as­so­cia­tion re­fuse. « Il est trop tard pour se re­faire une image digne. »

« J’ai croi­sé la route de ce dé­tra­qué uni­que­ment parce que l’Eglise sa­vait mais n’a rien dit »

Fran­çois De­vaux, vic­time de Ber­nard Prey­nat et pré­sident de l’as­so­cia­tion la Pa­role li­bé­rée, en­vi­sage de re­ti­rer sa plainte contre le prêtre pour « dé­non­cer un sys­tème d’omer­ta qui va à l’en­contre du bon sens ».

Le car­di­nal Bar­ba­rin a tou­jours nié avoir été au cou­rant des agis­se­ments du père Prey­nat.

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