Avec elle, le vieil homme a vé­cu un en­fer

ESCROQUERIE. Une femme va être ju­gée pour avoir abu­sé d’un re­trai­té pen­dant des an­nées. Très âgé, il était sou­mis à son em­prise. Elle est aus­si sus­pec­tée des mêmes faits sur un autre homme.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Me Pas­cal Gar­ba­ri­ni, avo­cat de la pré­ve­nue STÉPHANE SELLAMI

C’EST UNE PERSONNALITÉ in­son­dable, aux mille fausses vies et aux dé­penses folles, qui va bien­tôt de­voir ré­pondre de ses actes de­vant la justice. H’Dji­la A., 33 ans, ori­gi­naire de Mon­treuil (Seine-Saint-De­nis), est soup­çon­née d’avoir abu­sé de la fai­blesse d’un no­na­gé­naire avant de vi­der en­tiè­re­ment ses comptes ban­caires. In­car­cé­rée de­puis le mois d’oc­tobre 2015, cette mère d’un pe­tit gar­çon de 4 ans a re­con­nu une par­tie des faits qui lui sont re­pro­chés mais a tou­jours nié avoir exer­cé des vio­lences sur la vic­time, au­jourd’hui âgée de 97 ans.

Les en­quê­teurs de la bri­gade de ré­pres­sion de la dé­lin­quance as­tu­cieuse (BRDA) ont mis au jour les agis­se­ments pré­su­més de la pré­ve­nue au mois d’oc­tobre 2014, après le si­gna­le­ment d’un man­da­taire, dé­si­gné par un juge des tu­telles. Après l’étude des comptes de la vic­time, ce der­nier a consta­té la dis­pa­ri­tion de près de 160 000 €, en l’es­pace de seu­le­ment dix mois.

En pé­né­trant au do­mi­cile de la sus­pecte, au Ches­nay (Yve­lines), les po­li­ciers dé­couvrent Re­né*, aban­don­né à son triste sort. Ma­ni­fes­te­ment très af­fai­bli, le re­trai­té ex­plique qu’il a été « frap­pé et sé­ques­tré » par sa « lo­geuse ». Con­traint de dor­mir sur un ma­te­las, po­sé à même le sol, l e vieux mon­sieur ne dis­pose d’au­cun vê­te­ment de re­change dans le lo­ge­ment de la pré­ve­nue, dont il règle les 2 100 € de loyer men­suel. Pis : lors­qu’il n’obéit pas à son « hôte », Re­né est pri­vé de nour­ri­ture… Des traces de coups sont aus­si consta­tées au ni­veau de son vi­sage.

En­ten­due, H’Dji­la A. ex­plique qu’elle consi­dère le no­na­gé­naire comme son « grand-père », avant de re­con­naître qu’elle le « pri­vait de des­sert lors­qu’il en­frei­gnait les règles qu’elle lui im­po­sait pour sa propre sé­cu­ri­té ». Ques­tion­nés, des voi­sins re­latent que H’Dji­la A., qui s’était pré­sen­tée comme phar­ma­cienne, hur­lait ré­gu­liè­re­ment dans l’im­meuble avant de lais­ser le re­trai­té seul, en com­pa­gnie de son propre fils.

En étu­diant les fi­nances de la vic­time, les en­quê­teurs dé­couvrent alors que, de­puis 2011 et jus­qu’au mois de no­vembre 2014, près de 300 chèques, pour un mon­tant avoi­si­nant les 350 000 €, ont été si­gnés pour être en­suite ver­sés sur les comptes de la pré­ve­nue.

Lit­té­ra­le­ment sous l’em­prise psy­cho­lo­gique de cette der­nière, Re­né ré­vèle en­core aux po­li­ciers que celle qu’il a « ren­con­trée par ha­sard un jour dans son im­meuble à l’oc­ca­sion d’une panne élec­trique » pré­pa­rait les chèques et qu’il les si­gnait. Le mal­heu­reux a même avoué qu’alors qu’il n’avait plus d’ar­gent, H’Dji­la A. l’avait con­traint à ra­che­ter son contrat d’ob­sèques… « J’avais payé pour me faire in­hu­mer dans la même tombe que mon épouse, a-t-il ex­pli­qué aux en­quê­teurs. Main­te­nant, je n’ai pas d’ar­gent pour me faire en­ter­rer… »

Le re­trai­té a aus­si ven­du, dans d’obs­cures condi­tions, son ap­par­te­ment, si­tué dans le XVe ar­ron­dis­se­ment à Pa­ris, et un se­cond lo­ge­ment à Nice (Alpes-Ma­ri­times) pour un mon­tant to­tal de 3 4 0 0 0 0 € . Un e somme très lar­ge­ment en de­çà des prix du mar­ché. Deux in­ter­mé­diaires — dont une no­taire de Ville­franche-sur-Mer (Al­pesMa­ri­times) — ont été, dans un pre­mier temps, pour­sui­vis par la justice avant de bé­né­fi­cier d’un non-lieu.

Avec l’ar­gent sou­ti­ré à sa vic­time, H’Dji­la a dé­pen­sé sans comp­ter, s’of­frant plu­sieurs voyages à Mar­seille et Aix-en-Pro­vence (Bouches-du-Rhône) mais aus­si à Londres et dans l’Il­li­nois aux Etats-Unis. En éplu­chant ses fac­tures, les po­li­ciers ont aus­si dé­cou­vert « cinq pres­ta­tions de coif­fure », ré­glées 9 500 € et de mul­tiples achats dans des bou­tiques de prêt-àpor­ter, de chaus­sures haut de gamme, de cos­mé­tiques et de ma­nu­cure… « Quand je ne vais pas bien, je dé­pense beau­coup, j’ai énor­mé­ment con­sul­té en as­tro­lo­gie », a concé­dé la pré­ve­nue de­vant un juge d’ins­truc­tion. La même pré­tend éga­le­ment, tour à tour, avoir été en « fac d’his­toire à Lille », avoir un « bon ni­veau de dan­seuse clas­sique », sa­voir « lire dans les astres » et en­fin avoir vou­lu créer « un ca­bi­net de psy­cha­na­lyse ».

L’ex­pert psy­chiatre, qui s’est pen­ché sur son cas, dé­crit « une personnalité his­trio­nique (NDLR : qui a be­soin de se mettre en scène de ma­nière théâ­trale), avec des élé­ments d’im­ma­tu­ri­té, de fa­bu­la­tion, de fal­si­fi­ca­tion ain­si qu’une dy­na­mique per­pé­tuelle de sé­duc­tion ». H’Dji­la A. est éga­le­ment pour­sui­vie pour un autre abus de fai­blesse sur un homme, âgé de 38 ans. « C’est une femme déses­pé­ré­ment seule, as­sure son avo­cat, Me Pas­cal Gar­ba­ri­ni. Elle a com­mis une er­reur à l’égard de ce vieil homme et elle en est pleine de re­mords. En re­vanche, pour l’amou­reux tran­si écon­duit, le droit pé­nal n’a pas pour vo­ca­tion à se sub­sti­tuer à des sen­ti­ments non par­ta­gés ! » * Le pré­nom de la vic­time a été mo­di­fié.

Près de 300 chèques, d’un mon­tant de près de 350 000 €, ver­sés sur le compte de la pré­ve­nue « Elle a com­mis une er­reur et elle en est pleine de re­mords »

H’Dji­la A. lo­geait un vieil homme chez elle. Elle a con­traint le no­na­gé­naire à dor­mir sur un ma­te­las po­sé sur le sol et l’a éga­le­ment pri­vé de nour­ri­ture.

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