Faute de toit, les mi­grants s’af­fichent sur les murs

Aujourd'hui en France - - EN FRANCE - NORA MOREAU

ILS FONT ÉCHO au ras-le-bol de près de 200 ci­toyens las de voir « mal­me­nés » ou « ex­pul­sés sans re­lâche » de nom­breux de­man­deurs d’asile sans lo­ge­ment dans l’at­tente de voir leur dos­sier trai­té. A Brest (Fi­nis­tère), des por­traits de mi­grants fleu­rissent de­puis hier sur les murs d’une di­zaine d’an­ciens pa­villons vides d’un quar­tier po­pu­laire.

Dé­jà, il y a six mois, les as­so­cia­tions lo­cales mi­li­tant pour les droits et l’amé­lio­ra­tion des condi­tions d’ac­cueil des mi­grants avaient pous­sé un coup de gueule en dé­cou­vrant qu’une cin­quan­taine de de­man­deurs d’asile dor­maient de­puis des se­maines dans les cou­loirs du Coal­lia, or­ga­nisme gè­rant l’ac­cueil et l’hé­ber­ge­ment des mi­grants pour la pré­fec­ture. « La si­tua­tion est de­ve­nue in­gé­rable, ex­plique Vincent*, un bé­né­vole. On a dé­ci­dé de les suivre, de les ai­der, d’in­ter­pel­ler les au­to­ri­tés, les ins­ti­tu­tions et aus­si la po­pu­la­tion. »

Ces de­man­deurs d’asile ont alors in­ves­ti ces an­ciens pa­villons, pro­prié­tés de l’of­fice HLM Brest Mé­tro­pole Ha­bi­tat (BMH). Mais, la se­mai- ne der­nière, « les ser­vices de BMH sont ar­ri­vés et ont cas­sé les la­va­bos, les toi­lettes, les comp­teurs dans plu­sieurs mai­sons. Ils ont mu­ré les en­trées alors même que des fa­milles étaient en­core à l’in­té­rieur. Mais au­cune me­sure d’ex­pul­sion n’a été pro­non­cée », sou­ligne-t-il, met­tant en cause la lé­ga­li­té de l’ac­tion de BMH. « Ces mai­sons se­ront dé­truites », as­sure Bri­gitte Gar­lat­ti, di­rec­trice de la ges­tion lo­ca­tive de BMH.

Mo­saïque de por­traits

Pour « sen­si­bi­li­ser l’opi­nion », le pho­to­graphe Jean-Ch­ris­tophe Po­deur a été ap­pe­lé à la res­cousse. Sou­vent ré­ti­centes à s’ex­po­ser, cer­taines de ces fa­milles de mi­grants déses­pé­rés, comme celle du Ma­cé­do­nien Se­bast­jan, qui at­tend « un toit, un peu de chauf­fage et sur­tout du tra­vail », ont ac­cep­té de se prê­ter au jeu. Avec d’autres, son por­trait com­pose une mo­saïque géante qui re­couvre peu à peu cha­cune des mai­sons mu­rées. Pour faire du « mur de la honte » « un mur d’ac­cueil ». * A sa de­mande, son pré­nom a été chan­gé.

Brest (Fi­nis­tère), hier. Avec ces por­traits réa­li­sés par un pho­to­graphe, des as­so­cia­tions ai­dant les mi­grants es­pèrent sen­si­bi­li­ser l’opi­nion.

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