Coups bas contre les

COM­MERCE. Avec la le­vée des sanc­tions, les grandes en­tre­prises fran­çaises veulent conqué­rir le mar­ché ira­nien. Mais une étrange ONG amé­ri­caine cherche à les en em­pê­cher.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - BORIS CASSEL ET MATTHIEU PELLOLI

INTIMIDATIONS, me­naces, dif­fu­sions de fausses in­for­ma­tions, es­pion­nage… Alors que l’Iran re­de­vient « fré­quen­table » ces der­niers mois, tous les coups sont per­mis pour se tailler la part du lion sur ce mar­ché de quelque 78 mil­lions d’ha­bi­tants.

Au coeur de la guerre éco­no­mique qui fait rage entre en­tre­prises oc­ci­den­tales, un nom re­vient sans cesse : Uni­ted Against Nu­clear Iran (UANI : Unis contre l’Iran nu­cléa­ri­sé). Un groupe de pres­sion amé­ri­cain, pi­lo­té par un état-ma­jor cinq étoiles. « Des an­ciens », comme ils se dé­fi­nissent, au CV long comme le bras : Mark D. Wal­lace, an­cien am­bas­sa­deur à l’ONU sous l’ad­mi­nis­tra­tion de George W. Bush, Jim Wool­sey, ex-di­rec­teur de la CIA, ou en­core une pléiade de res­pon­sables po­li­tiques amé­ri­cains de pre­mier plan (lire ci-des­sous l’in­ter­view de Jo­seph Lie­ber­man).

UANI est sur­tout sus­pec­tée d’être l’arme se­crète des Amé­ri­cains pour tor­piller les en­tre­prises eu­ro­péennes, en par­ti­cu­lier fran­çaises, et se ré­ser­ver le gi­gan­tesque mar­ché de l’Iran. A l’oc­ca­sion de la vi­site à Pa­ris du mi­nistre ira­nien des Af­faires étran­gères au prin­temps der­nier, au moins une dou­zaine de fleu­rons du ca­pi­ta­lisme fran­çais — To­tal, Air­bus, PSA, etc. — ont jus­te­ment re­çu une salve de cour­riers au ton com­mi­na­toire. Si elles pour­suivent leurs pro­jets, UANI leur pro­met des pour­suites ju­di­ciaires et des dif­fi­cul­tés pour ac­cé­der aux mar­chés pu­blics amé­ri­cains. Of­fi­ciel­le­ment, bien sûr, UANI met en avant des ar­gu­ments mo­raux pour jus­ti­fier sa po­si­tion : le « pas­sé de blan­chi­ment d’ar­gent » de la Ré­pu­blique is­la­mique, « son sou­tien au ter­ro­risme et l’op­pres­sion qu’il exerce sur ses propres ci­toyens ». Mais, pour les spé­cia­listes du ren­sei­gne­ment que nous avons consul­tés, la vé­ri­té est plus terre à terre : l’Amé- rique veut sa part du gâ­teau ! Les mil i e u x é c o n o mi q u e s t r i c o l o r e s , d’ailleurs, ne sont pas dupes. « L’ar­gu­ment de la géo­po­li­tique est un écran de fu­mée, il s’agit de com­pé­ti­tion sau­vage pour des parts de mar­ché ! Dans ce do­maine, les Etats-Unis sont forts et l’Eu­rope par­ti­cu­liè­re­ment naïve », dé­plore un haut fonc­tion­naire qui tra­vaille sur le dos­sier.

Des cri­tiques moins vi­ru­lentes contre les groupes amé­ri­cains

UANI voue aux gé­mo­nies les cham­pions du CAC 40 qui rêvent de conqué­rir le mar­ché ira­nien — Air­bus par exemple, qui tente de faire abou­tir un ac­cord pour la vente d’une cen­taine d’avions (mon­tant es­ti­mé du contrat : 24 Mds€) — mais dé­nonce avec beau­coup moins de zèle… la mé­ga­com­mande d’Iran Air à Boeing ! Idem avec PSA, alors que Ge­ne­ral Mo­tors « a ou­vert une fi­liale en Azer­baïd­jan (NDLR : pays li­mi­trophe) pour ex­por­ter des voi­tures vers l’Iran », sou­ligne Fe­rey­doun Kha­vand, spé­cia­liste des re­la­tions in­ter­na­tio­nales et maître de confé­rences à l’uni­ver­si­té Pa­ris-Des­cartes. Pour rem­por­ter la mise, tous les coups sont per­mis.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.