Des poids lourds du CAC 40 vi­sés

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - BORIS CASSEL ET MATTHIEU PELLOLI

ABANDONNEZ TOUS vos pro­jets en Iran ou vous su­bi­rez des re­pré­sailles éco­no­miques et ju­di­ciaires. C’est, en sub­stance, le mes­sage adres­sé par Uni­ted Against Nu­clear Iran (UANI), ces der­nières se­maines, aux di­ri­geants d’une di­zaine de grandes en­tre­prises fran­çaises : Air­bus, Air France, Re­nault, To­tal, En­gie, Vin­ci, CMA-CGM, BNP Pa­ri­bas, la So­cié­té gé­né­rale…

Ces mis­sives, que notre jour­nal a pu consul­ter, sont ex­trê­me­ment do­cu­men­tées, pré­cises sur les am­bi­tions ira­niennes de ces grands groupes. Dans cha­cun de ces cour­riers, UANI dresse une liste d’une di­zaine de « risques » aux­quels ces so­cié­tés fran­çaises s’ex­po­se­raient en t ra­vaillant avec l’Iran : kid­nap­ping d’em­ployés, at­taques in­for­ma­tiques per­pé­trées par des pi­rates ira­niens, mais aus­si, et sur­tout, des pro­cès en pa­gaille aux Etats-Unis.

Certes, à la suite d’un ac­cord entre la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale et l’Iran, Té­hé­ran est re­de­ve­nue « fré­quen­table ». Le hic, c’est que pour Uani, com­mer­cer avec ce pays, c’est, in­évi­ta­ble­ment, tra­vailler avec des en­tre­prises liées aux Gar­diens de la ré­vo­lu­tion, une or­ga­ni­sa­tion pa­ra­mi­li­taire ac­cu­sée de ter­ro­risme par les Etats-unis. Toutes celles qui s’y aven­tu­re­raient, in­diquent-ils à To­tal, pren­draient le risque de su­bir des « pé­na­li­tés coû­teuses dans le cadre du pro­gramme de sanc­tions amé­ri­caines ». D’ailleurs, as­su­ren­tils, pour fi­nan­cer leurs pro­jets à Té­hé­ran, ils ne pour­ront pas comp­ter sur le sou­tien fi­nan­cier des grandes banques fran­çaises, qui n’ont pas en­vie de payer, à nou­veau, de lourdes amendes aux au­to­ri­tés amé­ri­caines (lire ci-des­sous)…

Une autre me­nace, en­core plus cré­dible, effraie les états-ma­jors des en­tre­prises fran­çaises : ne plus pou­voir ac­cé­der aux mar­chés pu­blics amé­ri­cains ou être in­ter­dit de tran­sac­tions en dol­lars. Alors que l’Iran, se­lon eux, prône la « mort à l’Amé­rique » et à ses al­liés, « dont Is­raël », écrit l’as­so­cia­tion à Vin­ci, « UANI croit fer­me­ment qu’au­cune en­tre­prise ne de­vrait bé­né­fi­cier d’un ac­cès à la plus grande éco­no­mie du monde et s’en­ri­chir grâce à l’ar­gent des contri­buables amé­ri­cains, tout en fai­sant si­mul­ta­né­ment des af­faires en Iran et son ré­gime de non­droit ». Et de rap­pe­ler au groupe fran­çais qu’il est « un énorme bé­né-

Une di­zaine de « risques » lis­tés par UANI, dont des sanc­tions fi­nan­cières

fi­ciaire de contrats avec l’Etat fé­dé­ral amé­ri­cain ».

Plus pré­ci­sé­ment, de­puis l’an 2000, à en croire ces an­ciens hauts gra­dés de l’ad­mi­nis­tra­tion amé­ri­caine, Vin­ci au­rait si­gné « 1,59 Md$ de contrat (NDLR : en­vi­ron 1,42 Md€) avec l’Etat, dont 77 % avec le mi­nis­tère de la Dé­fense ». Des chiffres qui pour­raient être rap­pe­lés aux Amé­ri­cains… Avec, aus­si, à la clé, des ré­per­cus­sions en termes d’image, comme ils le glissent op­por­tu­né­ment à En­gie ( ex- GDF Suez). « Lorsque les ac­tion­naires, les fonds de pen­sion, uni­ver­si­tés, Fon- da­tions et les groupes d’in­té­rêt pu­blic ap­pren­dront qu’En­gie conti­nue à faire des af­faires avec un ré­gime ter­ro­riste », ex­pliquent-ils, il se­ra alors « dif­fi­cile d’ima­gi­ner que la va­leur de l’ac­tion n’en souf­fri­ra pas. » L’in­té­gra­li­té de la lettre

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