Po­ké­mon au vo­lant, dan­ger au tour­nant

SÉ­CU­RI­TÉ. Ac­ca­pa­ré par leur rôle de dres­seur, cer­tains joueurs se mettent à jouer au vo­lant. 40 Mil­lions d'au­to­mo­bi­listes va pro­po­ser une charte de bonne conduite.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - JILA VAROQUIER ET ELO­DIE CHERMANN

L’UN A PER­CU­TÉ un mu­ret à Be­san­çon. Une autre a per­du le contrôle en plein mi­lieu de l’au­to­route A 4 dans le sud de l’Aisne. Et deux Ca­li­for­niens sont tom­bés d’une fa­laise en voi­ture. Leur point com­mun ? Ils fai­saient tous la chasse au Po­ké­mon, por­table d’une main… et vo­lant de l’autre.

Face à ce phé­no­mène in­quié­tant, 40 Mil­lions d’au­to­mo­bi­listes ap­pelle les conduc­teurs au bon sens : dres­ser un Po­ké­mon, oui, mais pas en voi­ture. L’as­so­cia­tion veut pro­po­ser à Nian­tic, concep­teur de Po­ké­mon Go, une charte de bonne conduite en par­te­na­riat avec la Sé­cu­ri­té rou­tière : « Avant que quel­qu’un se fasse écra­ser par un conduc­teur en train de jouer à Po­ké­mon », lâche Pierre Chas­se­rey, le dé­lé­gué gé­né­ral. « Le jeu vidéo est su­per. Ce n’est pas sa faute si les usa­gers en font n’im­porte quoi, mais des ac­ci­dents sur la route ont com­men­cé à ap­pa­raître. Il faut donc les en­ca­drer. »

Joueur pas­sion­né, Laurent, 46 ans, ori­gi­naire de Brest, re­con­naît lui-même que « c’est dan­ge­reux. Je suis chauf­feur-li­vreur, donc ex­pé­ri­men­té et c’est pour­quoi j’ai vou­lu tes­ter le jeu au vo­lant. Mais j’ai trop ra­len­ti, je n’avais plus au­cune no­tion de conduite… On est trop concen­tré sur le té­lé­phone pour pou­voir faire autre chose ».

135 € d’amende et six points de per­mis

Comme lui, ils se­raient en­vi­ron 3 mil­lions se­lon l’as­so­cia­tion à faire la chasse au Po­ké­mon sur les routes de France. De la pure in­cons­cience se­lon le dé­lé­gué in­ter­mi­nis­té­riel à la sé­cu­ri­té rou­tière, Em­ma­nuel Barbe : « Les ca­pa­ci­tés du cer­veau hu­main sont dé­jà trop li­mi­tées pour trai­ter en même temps les in­for­ma­tions éma­nant de la route et une conver­sa­tion. Jouer au Po­ké­mon est en­core pire que té­lé­pho­ner, puis­qu’on se concentre sur l’écran et qu’on ne re­garde pas la route. » Des in­frac­tions qui peuvent coû­ter 135 € et jus­qu’à six points de per­mis. « Nous ne sommes pas contre le jeu, ni contre le prin­cipe de la réa­li­té aug­men­tée, ex­plique de son cô­té Anne La­vaud, dé­lé­guée gé­né­rale de la Pré­ven­tion rou­tière. Mais pas en voi­ture ni à vé­lo ! Le conduc­teur doit avoir une maî­trise to­tale de son vé­hi­cule. Or quand il joue, il ne l’a pas. Comme le pié­ton, qui ne fait plus at­ten­tion à ce qui se passe au­tour de lui. »

La charte de 40 Mil­lions d’au­to­mo­bi­listes pro­pose donc à Nian­tic de re­ti­rer les Po­ké­mon aux abords des routes, ain­si que quelques ajouts tech­niques : faire ap­pa­raître lors­qu’un joueur se connecte, une fe­nêtre rap­pe­lant qu’on ne joue pas en condui­sant ; of­frir un Po­ké­mon rare à ceux qui té­lé­chargent l’ap­pli­ca­tion Mode conduite. L’as­so­cia­tion sou­haite par ailleurs lan­cer avec la Sé­cu­ri­té rou­tière une cam­pagne de sen­si­bi­li­sa­tion.

De­puis quelques jours, la so­cié­té d’au­to­routes Sa­nef af­fiche, elle, sur l’A 1, l’A 4 et l’A 13 des mes­sages on ne peut plus ex­pli­cites : « Au vo­lant, on ne joue pas ». « En 2015, le fac­teur in­at­ten­tion a pro­gres­sé, en­gen­drant 16 % des ac­ci­dents mor­tels. La dis­trac­tion la plus com­mune est l’uti­li­sa­tion du té­lé­phone au vo­lant », pré­cise-t-elle. Pour dis­sua­der les ré­cal­ci­trants, la so­cié­té as­sure qu’« il n’y a qua­si­ment pas de Po­ké­mon sur l’au­to­route ». VIDÉO le­pa­ri­sien.fr Po­ké­mon GO, mode d’em­ploi

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