Po­pole Mi­sen­ga, ré­fu­gié olym­pique

Aujourd'hui en France - - SPORTS - MORGANN JEZEQUEL

quait un ju­do agres­sif et n’hé­si­tait pas à je­ter les autres ath­lètes hors du ta­ta­mi. Mais de­puis, il s’est vrai­ment in­té­gré au groupe. Et par­fois, il s’amuse », sou­ligne Ge­ral­do Ber­nardes, son en­traî­neur.

Mal­trai­té par son an­cien en­traî­neur con­go­lais

Le pre­mier con­tact de Po­pole Mi­sen­ga avec le ju­do s’est fait dans la dou­leur, à Kin­sha­sa, la ca­pi­tale de la RDC. Il n’a alors qu’une di­zaine d’an­nées et a fui son vil­lage, Bu­ka­vu, dans l’est du pays, dé­vas­té par la guerre ci­vile. Sa mère a été tuée, son frère et ses soeurs sont por­tés dis­pa­rus. Comme des mil­liers d’autres or­phe­lins, il est alors pla­cé dans un centre spor­tif. Plus tard, il de­vient cham­pion na­tio­nal et in­tègre l’équipe de RDC, avec la­quelle il par­ti­cipe à des com­pé­ti­tions dans toute l’Afrique. Mais les en­traî­ne­ments sont rudes et les condi­tions de vie pré­caires. « Nous ga­gnions 300 $ par tour­noi, seu­le­ment si on ga­gnait. En cas d’échec, nous ne tou­chions rien et on nous en­fer­mait dans une cel­lule pour nous pu­nir », af­firme-t-il.

En août 2013, lors du Mon­dial de ju­do de Rio, Po­pole Mi­sen­ga perd dès le pre­mier com­bat. « Je n’avais pas man­gé de­puis plu­sieurs jours. Notre en­traî­neur avait confis­qué nos bons de nour­ri­ture, nos passe- ports… Nous étions mal­trai­tés. » A bout, il dé­cide de suivre l’exemple de sa com­pa­triote Yo­lan­da Ma­bi­ka et de fuir.

Com­mence alors une longue er­rance, qui le mène fi­na­le­ment à Bras de Pi­na. Cette fa­ve­la du nord de la ville concentre une com­mu­nau­té de ré­fu­giés afri­cains. L’ath­lète y sur­vit de pe­tits bou­lots sur des chan­tiers. Un jour, une as­so­cia­tion ca­tho­lique lui parle de l’Ins­ti­tu­to Rea­ção. Deux ans après avoir aban­don­né le ju­do, il re­vêt de nou­veau le ki­mo­no.

Dé­sor­mais bé­né­fi­ciaire d’une pe­tite al­lo­ca­tion ver­sée par le CIO, Po­pole Mi­sen­ga veut re­prendre son des­tin en main. « Je compte louer un lo­ge­ment plus grand, ha­bi­ter dans un quar­tier plus sûr », confie le ju­do­ka en ren­trant dans le pe­tit deux-pièces qu’il par­tage avec sa com­pagne bré­si­lienne, les trois pre­miers en­fants de celle-ci et leur fils de 1 an. A l’ex­té­rieur, les murs en bé­ton de l’ha­bi­ta­tion sont troués par des im­pacts de balles. La fa­ve­la est contrô­lée par des tra­fi­quants de drogue. « Je suis aus­si fier de re­pré­sen­ter les ré­fu­giés du monde en­tier. J’es­père leur re­don­ner es­poir, leur mon­trer qu’il ne faut pas abandonner. Ça va être in­croyable ! » conclut-il avec le sou­rire.

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