A Co­logne, plus rien ne se­ra ja­mais pa­reil

RE­POR­TAGE. Plu­sieurs mois après la vague d’agres­sions sexuelles com­mises sur des femmes le soir du ré­veillon, la ville al­le­mande est tou­jours trau­ma­ti­sée. Très peu d’au­teurs ont été ju­gés.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Co­logne (Al­le­magne) De notre en­voyé spé­cial El­dre­da En­de­rer, vic­time de la vague d’agres­sions JEAN-MARC DUCOS

LA FÊTE A CÉ­DÉ à l’an­goisse. Plus de six mois après la vague d’agres­sions sexuelles au soir du ré­veillon du Nou­vel An qui concerne dé­sor­mais des cen­taines de vic­times, l’am­biance n’est pas à l’eu­pho­rie là où tout a com­men­cé. Pour preuve, sur l’im­mense par­vis de marbre gris de la gare cen­trale de Co­logne et de son emblématique ca­thé­drale Saint-Pierre, la po­lice a ins­tal­lé un car d’in­for­ma­tion du pu­blic mais sur­tout un autre vé­hi­cule équi­pé de ca­mé­ras dites in­tel­li­gentes qui sta­tionne sur la place. Un dis­po­si­tif char­gé de re­pé­rer une agres­sion en cours mais aus­si de re­trou­ver des sus­pects dé­jà im­pli­qués dans des faits com­mis dans la nuit du 31 dé­cembre. Et per­sonne n’a ou­blié cette soi­rée si par­ti­cu­lière à l’ori­gine de tant de po­lé­miques. Les pre­mières ac­cu­sa­tions avaient ci­blé des ré­fu­giés ar­ri­vés après l’ou­ver­ture des fron­tières vou­lue par la chan­ce­lière An­ge­la Mer­kel. L’en­quête est tou­jours en cours (voir en­ca­dré).

Sur les quais de la gare, là où les pre­mières vic­times ont été agres­sées par « des groupes d’hommes de trois à six per­sonnes » se­lon le rap­port de l’as­sem­blée ré­gio­nale de Rhé­na­nie­du-Nord-West­pha­lie, les pa­trouilles de la po­lice lo­cale sont plus nom­breuses. « Les ar­ri­vées de cer­tains trains ré­gio­naux sont plus sur­veillées », com­mente so­bre­ment un chef de pa­trouille en ar­pen­tant les quais et halls avec une ta­blette re­cen­sant des pho­tos de sus­pects. Si treize hommes ont bien été mis en cause et in­cul­pés, un seul a pu être ju­gé de­puis six mois dans cette ré­gion de l’Al­le­magne. Les autres ont dé­jà ob­te­nu ou sont sur le point de faire l’ob­jet d’un non-lieu faute de « preuves évi­dentes ».

« Pas ras­su­rant… », lâche El­dre­da En­de­rer, 34 ans, no­taire as­sis­tante, blonde élé­gante qui re­vient sur « les lieux du crime », comme elle dit. . « C’était comme ir­réel. Une ma­rée m’a em­por­tée. J’ai lâ­ché la main de mon ma­ri et j’ai sen­ti qu’on me fouillait les poches pour me vo­ler. J’ai crié mais per­sonne n’a en­ten­du dans la foule et le bruit du ré­veillon. Puis j’ai sen­ti d’autres mains qui me tou­chaient les hanches, les fesses, et un homme brun, le teint ci­reux, em­pes­tant la mau­vaise bière, a plon­gé sa main dans mon cor­sage », ra­conte cette jeune ma­man en por­tant la main à sa bouche pour té­moi­gner de son émo­tion.

« J’étais té­ta­ni­sée. Si­dé­rée. Comme pa­ra­ly­sée. Il a dé­gra­fé mon che­mi­sier. Il me pres­sait contre son ventre d’une main et de l’autre ca­res­sait ma poi­trine », conti­nue El­dre­da, qui a vu alors deux autres hommes l’en­tou­rer avant de prendre le re­lais du pre­mier. « J’étais de­ve­nue leur pou­pée gon­flable. Une proie sexuelle. C’était hu­mi­liant », conti­nue la ju­riste qui, de­puis, « n’ose plus mettre un che­mi­sier » et culpa­bi­lise de « n’avoir rien su faire ». « Ces hommes, je les ai re­con­nus. Mais la vi­déo ne per­met pas de les iden­ti­fier for­mel­le­ment à l’en­droit où j’étais, et il fai­sait nuit. Ma pro­cé­dure est condam­née à l’échec. Mais je n’ai qu’un mot à leur dire : Et si la vic­time avait été leur fille ? », s’énerve cette an­cienne étu­diante de la Sor­bonne. De­puis, elle pré­fère prendre sa voi­ture pour ral­lier trois fois par se­maine Co­logne. Au pays des Grü­nen (les Verts), El­dre­da mu­tua­lise son dé­pla­ce­ment. « Comme elle, j’ai été tri­po­tée ce soir­là. Le train, c’est fi­ni. La gare était de­ve­nue un piège et nous des ob­jets sexuels of­ferts sans consen­te­ment. Nous par­ta­geons la même voi­ture », ex­plique Silke Ra­thauer, sa par­te­naire, qui de­puis six mois n’a pas mis un pied dans les en­vi­rons de la gare.

Le par­quet de Co­logne, lui, tente de « com­prendre une si­tua­tion in­édite » et met en avant une ap­proche so­cio­lo­gique : « La plu­part des ré­fu­giés im­pli­qués n’ont au­cune no­tion de nos codes so­ciaux oc­ci­den­taux. Pour eux, une femme seule et même ac­com­pa­gnée un soir de fête est une femme de mau­vaise ver­tu. Et ils s’au­to­risent l’im­pen­sable… »

« Ces hommes, je les ai re­con­nus. Mais la vi­déo ne per­met pas de les iden­ti­fier for­mel­le­ment »

Co­logne (Al­le­magne). Après le pic d’agres­sions sexuelles lors des fes­ti­vi­tés du Nou­vel An (à g.), la ville s’est équi­pée d’un point d’in­for­ma­tion et de la vi­déo­sur­veillance pour re­trou­ver les cou­pables et ras­su­rer les ha­bi­tantes.

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