« Nous ap­pro­chons de la vé­ri­té »

JUS­TICE. Pierre-Louis Bau­dey-Vi­gnaud, fils de So­phie Tos­can du Plan­tier as­sas­si­née en Ir­lande en 1996, se ré­jouit du ren­voi aux as­sises du meur­trier pré­su­mé.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Pro­pos re­cueillis par NI­CO­LAS JACQUARD (AVEC LOUISE COLCOMBET)

AU TÉ­LÉ­PHONE, la voix est à la fois po­sée et en­jouée, par­fois cou­verte par le souffle d’un vent que l’on sent puis­sant. Ces bour­rasques, ce sont celles qui par­courent la lande du sud de l’Ir­lande, à Skull, où Pier­reLouis Bau­dey-Vi­gnaud, 34 ans, est ar­ri­vé hier soir pour dix jours de va­cances. Il y pos­sède ce cot­tage où sa mère, So­phie Tos­can du Plan­tier, a été tuée l’avant-veille de Noël 1996. « C’est là que je suis le plus proche d’elle. C’est une ra­cine im­por­tante pour moi », nous confiait dé­but 2014 son fils unique.

C’est dans ce sec­teur, aus­si, que vit tou­jours Ian Bai­ley. Dans la fou­lée du crime, l’an­cien jour­na­liste avait at­ti­ré l’at­ten­tion des en­quê­teurs. La pré­sence sur les lieux de cet homme por­té sur la vio­lence et l’al­cool, ar­bo­rant des égra­ti­gnures au vi­sage, avait été at­tes­tée par un té­moin. Mais à deux re­prises, la jus­tice ir­lan­daise avait re­fu­sé de le mettre en exa­men, comme de l’ex­tra­der, mal­gré les de­mandes du ma­gis­trat fran­çais qui sou­hai­tait l’en­tendre.

Cette fois, de sus­pect, Ian Bai­ley s’est mué of­fi­ciel­le­ment en ac­cu­sé, du fait de la dé­ci­sion prise le 27 juillet par la juge en charge du dos­sier. Mi2013, le ha­sard l’avait vu croi­ser la route de Pierre-Louis Bau­dey-Vi­gnaud au su­per­mar­ché lo­cal. Si les deux hommes de­vaient à nou­veau se re­trou­ver, tout porte à croire que ce se­rait de­vant les as­sises. Pour la pre­mière fois, Ian Bai­ley est mis en ac­cu­sa­tion par la jus­tice fran­çaise. Vous y at­ten­diez-vous ? PIERRE-LOUIS BAU­DEY-VI­GNAUD. Je l’es­pé­rais. A la fin de l’an­née der­nière, le par­quet avait pris des ré­qui­si­tions en ce sens. Mais il de­meu­rait une in­cer­ti­tude. Car à la même pé­riode, le juge Pa­trick Ga­chon avait été mu­té sans avoir le temps de fi­na­li­ser le dos­sier. Ce­la nous avait fran­che­ment in­quié­tés. Ce­la fait main­te­nant vingt ans… Le temps use, et ne vous rend plus sûr de rien. C’est donc une bonne sur­prise ? En­fin, les pla­nètes s’alignent. Et pour une fois, la jus­tice est al­lée plus vite que nous ne nous y at­ten­dions. Nous ap­pro­chons de la vé­ri­té. Quelles vont être les pro­chaines étapes ju­di­ciaires ? Dans les douze mois à ve­nir, il y au­ra un pro­cès. Certes, Ian Bai­ley, par l’in­ter­mé­diaire de ses avo­cats, peut faire ap­pel de sa mise en ac­cu­sa­tion. Il peut aus­si ne pas se pré­sen­ter à l’au­dience. Mais si, comme il le dit, il n’a rien à se re­pro­cher, son ab­sence son­ne­rait comme un dé­but d’aveu. La jus­tice ir­lan­daise peut aus­si se mon­trer réticente, comme elle l’a dé­jà été… Au fil des der­nières an­nées, nous avons dû faire face à de nom­breux blo­cages. Cinq com­mis­sions ro­ga­toires in­ter­na­tio­nales, émises par la France, n’ont pas eu de suite. Il y a cinq ans, lorsque la de­mande d’ex­tra­di­tion a été lan­cée, nous pen­sions qu’elle se­rait exé­cu­tée, mais ce­la n’avait pas été le cas. Cette fois, j’ai l’im­pres­sion que le contexte a chan­gé, que la jus­tice ir­lan­daise se trouve comme dé­mu­nie face à ce dos­sier. Et qu’elle pour­rait être ten­tée de lais­ser la jus­tice fran­çaise faire son tra­vail. Si ce n’était pas le cas ? Cette mise en ac­cu­sa­tion peut aus­si conduire les avo­cats de Ian Bai­ley à se sa­tis­faire d’un pro­cès en Ir­lande, où ils peuvent pen­ser qu’une dé­ci­sion leur se­rait plus fa­vo­rable. Mais dans tous les cas, l’or­don­nance que vient de prendre la juge Na­tha­lie Tur­quey sonne comme un coup de ton­nerre pour la dé­fense de Bai­ley. C’est comme un train qui est lan­cé. On ne sait pas quand il ar­ri­ve­ra, mais il at­tein­dra la gare, c’est sûr. Et nous, nous y pa­tien­tons dé­jà.

« Dans les douze mois à ve­nir, il y au­ra un pro­cès »

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