De l’eau dans le vin à Sau­mur

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - Sau­mur (Maine-et-Loire) De nos en­voyés spé­ciaux

HIER MA­TIN, comme la pluie fai­sait des cla­quettes sur le toit de notre cam­ping-car, nous avons choi­si de mettre un peu de vin dans notre eau. En France, ce n’est ja­mais un pro­blème. Il n’y a pas deux pays comme le nôtre pour re­des­si­ner son ca­dastre entre ses routes des vins. Il fau­drait un jour créer un jour­nal qui s’ap­pel­le­rait « Boire et conduire » et qui ra­con­te­rait les grands em­bou­teillages.

C’est ain­si que, re­par­tis du ter­roir de Quincy, qui cé­lèbre, dans le Cher, ses 80 ans d’ap­pel­la­tion contrô­lée, nous avons mis le cap sur ce­lui de Sau­mur, en Maine-et-Loire, où se dé­ploient chaque an­née, en deux soi­rées au pied du théâtre, les Grandes Ta­blées, or­ga­ni­sées par le Syn­di­cat des pro­duc­teurs de sau­mur cham­pi­gny. Que le lec­teur se ras­sure : nous avons rou­lé à l’eau plate des bords de Loire, qui cir­cule en ma­jes­té, alan­guie entre ses longues grèves de sable. Elles res­semblent à des ca­resses entre les re­flets.

Mais plus on ap­proche, plus les caves se re­biffent. Les ri­chesses de Bour­gueuil, où l’on peut vi­si­ter la mai­son de Jean Car­met, font des signes. Glis­sez nos cé­pages dans vos pages ! Le Ples­sis est Bour­ré. Un mu­sée fait di­ver­sion : ce­lui du cham­pi­gnon. Le cham­pi­gnon de Cham­pi­gny. On se croi­rait chez Spi­rou. Au res­tau­rant de la Qui­che­notte, rue Haute-Saint-Pierre, on les sert en « ga­li­pettes far­cies ». On sait dé­ci­dé­ment vivre à Sau­mur.

Cent trente pro­duc­teurs ont créé une cu­vée spé­ciale

Mais on s’égare. Re­ve­nons au tuf­feau, cette pierre blonde tra­vaillée par le so­leil, qui sait, en pé­riode de sé­che­resse, em­ma­ga­si­ner l’eau pour la rendre à la vigne. Il y a seize ans, Noël Gi­rard, an­cien pré­sident du syn­di­cat (au­quel a suc­cé­dé Pa­trick Va­dé), a fait fruc­ti­fier un por­ce­let qu’il avait re­çu en ca­deau. L’ani­mal a gran­di, gros­si puis, une fois ar­ri­vé à bon porc, a don­né lieu à un ban­quet avec quelques Sau­mu­rois. Ces agapes ont gros­si à leur tour et au­jourd’hui ce sont plus de six mille convives qui viennent y par­ti­ci­per. Cent trente pro­duc­teurs ont créé une cu­vée spé­ciale, un rouge. Le sau­mur cham­pi­gny, au cé­page ca­ber­net franc du Val de Loire, est ex­clu­si­ve­ment rouge.

Ex­cep­té la Co­rée du Nord, la bulle de Saint-Tro­pez et les royaumes su­crés du ge­wurz­tra­mi­ner, l’éti­quette est connue par­tout. Les An­glais y noient leur Brexit, les Belges fla­mands et wal­lons s’y ré­con­ci­lient, et les Bre­tons en font une si grosse consom­ma­tion qu’ils étaient cette an­née le « pays » in­vi­té. No­tez que ce n’était peut-être pas la meilleure idée : à peine le re­pas com­men­cé, il a plu comme vache qui pisse sur les ta­blées re­cou­vertes de nappes aux da­miers blanc et rouge. Et sur les ga­lettes au sar­ra­sin, et sur la ter­rine de co­chon, et sur les feuille­tés aux myr­tilles… A cô­té, les pa­ra­pluies de Cher­bourg peuvent al­ler se re­plier. Comme on dit chez une po­pu­laire marque de verres, Du­ra­lex sed lex.

Mais le ter­roir est ré­sis­tant. Il sèche et ne se rend pas. La coc­ci­nelle, non pas la cé­lèbre voi­ture mais la bête à bon Dieu de­ve­nue, sur le bord de la route, l’em­blème tou­ris­tique du con­seil dé­par­te­men­tal, a fait de son mieux pour ar­ran­ger tout ça. C’est le calme après la tem­pête. La fête n’a pas trop trin­qué. Sur les bords de Loire, les toues ca­ba­nées, ces em­bar­ca­tions qui trans­por­taient le sel vers les ma­rais de Gué­rande, en Loire-At­lan­tique, ont ava­lé la pluie comme un sou­ve­nir qui ne res­te­ra pas. Et nous, ve­nus mettre un peu de vin dans notre eau, avons fi­na­le­ment sa­cri­fié au contraire.

Sau­mur (Maine-et-Loire), hier. Même sous la pluie, les convives sont ve­nus nom­breux aux Grandes Ta­blées dé­gus­ter ter­rine de co­chon et ga­lettes de sar­ra­sin.

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