« Des pe­tits Chi­nois n’ont ja­mais vu de ciel étoi­lé »

Hu­bert Reeves,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Hu­bert Reeves Pro­pos re­cueillis par CÉ­LINE CAREZ Pro­pos re­cueillis par J.V.

L’AS­TRO­PHY­SI­CIEN de 84 ans sou­tient les ini­tia­tives vi­sant à ré­duire l’éclai­rage noc­turne. La Nuit des étoiles a lieu ce wee­kend. Est-elle vrai­ment me­na­cée par la pol­lu­tion lu­mi­neuse ? HU­BERT REEVES. Oui, ces quan­ti­tés de lu­mière émises par­tout dans le monde em­pêchent de voir les étoiles une fois la nuit tom­bée. Dans cer­taines ag­glo­mé­ra­tions chi­noises, comme Tchong­king et ses 32 mil­lions d’ha­bi­tants, elle est telle que le ciel est jaune et le so­leil, qu’une vague lueur. Là, les pe­tits Chi­nois ne savent même pas qu’il est bleu et n’ont ja­mais vu d’étoiles. Pour­quoi est-ce im­por­tant de pou­voir ob­ser­ver les étoiles ? Ce­la fait par­tie de l’édu­ca­tion d’un en­fant, c’ est un contact avec le monde e t l ’ uni­vers. Il y a une cer­taine émo­tion face à un ciel étoi­lé. Sans cette pos­si­bi­li­té, les hommes perdent contact avec l’im­men­si­té de l’uni­vers et toutes les in­ter­ro­ga­tions phi­lo­so­phiques qui en dé­coulent. Les re­cherches scien­ti­fiques fran­çaises sont-elles af­fec­tées ? Oui. La plu­part des ob­ser­va­toires ne sont plus ins­tal­lés en France et les as­tro­nomes se dé­placent dans le dés ert d’ Ata­ca­ma, au Chi­li, ou à Ha­waii. Ce­la coûte plus cher à la re­cherche fran­çaise. La pol­lu­tion lu­mi­neuse a-t-elle d’autres consé­quences ? Elle est dramatique pour les oi­seaux mi­gra­teurs. Trou­blés par les lu­mières, eux, qui se di­rigent en par­tie avec les étoiles, ne par­viennent plus à trou­ver leur route. Cer­tains in­sectes, comme les pa­pillons de nuit, sont éga­le­ment im­pac­tés, alors qu’ils jouent un rôle par exemple dans la pol­li­ni­sa­tion. Les scien­ti­fiques sont in­quiets mais se ré­jouissent de la prise de conscience. Grâce à plu­sieurs as­so­cia­tions fran­çaises, cer­tains vil­lages ré­duisent l’éclai­rage et s’aper­çoivent d’ailleurs que ce­la fait bais­ser leur fac­ture éner­gé­tique. Y a-t-il des en­droits où l’on peut voir la Voie lac­tée en France ? Bien sûr. Heu­reu­se­ment. Dans les Alpes ou dans les Cé­vennes. Et dès que l’on s’éloigne des grandes villes.

« La plu­part des ob­ser­va­toires ne sont plus ins­tal­lés en France »

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