Re­vers his­to­rique pour l’ANC de Zu­ma

AFRIQUE DU SUD. L’an­cien par­ti de Man­de­la, tou­ché par les af­faires, a per­du plu­sieurs grandes villes sym­bo­liques.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - FRÉ­DÉ­RIC GERSCHEL

EST-CE LE DÉ­BUT de la fin pour l’ANC (Con­grès na­tio­nal afri­cain), le par­ti fon­dé par Nel­son Man­de­la qui do­mine la politique sud-afri­caine de­puis 1994 et la sup­pres­sion de l’apar­theid ? C’est évi­dem­ment trop tôt pour le dire. Mais ce mou­ve­ment, né pour contre­car­rer la do­mi­na­tion blanche et les gou­ver­ne­ments ra­cistes qui se sont suc­cé­dé avant l’avè­ne­ment de la dé­mo­cra­tie, vient de connaître un re­vers, cette se­maine, aux élec­tions mu­ni­ci­pales.

A Nel­son Man­de­la Bay, la mé­tro­pole en­glo­bant la ville in­dus­trielle de Port Eli­za­beth, la sixième du pays, l’ANC (40 %) est de­van­cé de plus de 6 points par l’Al­liance dé­mo­cra­tique (46,7 %), prin­ci­pale for­ma­tion d’op­po­si­tion. Une contre­per­for­mance d’au­tant plus dure que Port Eli­za­beth est un bas­tion his­to­rique de la lutte an­ti-apar­theid.

Et ce n’est pas tout. Alors que les ré­sul­tats dé­fi­ni­tifs n’étaient pas en­core connus hier soir, les suc­ces­seurs de Man­de­la re­dou­taient de perdre Johannesburg, la ca­pi­tale éco­no­mique, et Tsh­wane, la mé­tro­pole en­glo­bant Pre­to­ria. « C’est un dé­clin dramatique, dans des pro­por­tions ja­mais vues au­pa­ra­vant », ex­plique So­ma­do­da Fi­ke­ni, spé­cia­liste de l’Afrique du Sud.

L’Al­liance dé­mo­cra­tique, un par­ti ré­for­ma­teur ja­dis di­ri­gé par les Blancs, conserve aus­si la mé­tro­pole du Cap avec une large ma­jo­ri­té ( 66 %). Son l e a deur, Mai­mane Mmu­si, un homme politique noir de 36 ans, di­plô­mé de théo­lo­gie, de psy­cho­lo­gie et d’ad­mi­nis­tra­tion pu­blique, est ori­gi­naire de So­we­to. Il a fait cam­pagne en ci­tant… Man­de­la et en re­pro­chant à l’ANC d’avoir tour­né le dos à son his­toire et à ses va­leurs. Il faut dire que les af­faires de cor­rup­tion em­poi­sonnent la politique sud-afri­caine. Le pré­sident Ja­cob Zu­ma — dont le der­nier man­dat s’achè­ve­ra en 2019 — va être bien­tôt contraint par la jus­tice de rem­bour­ser 500 000 $ (451 000 €) d’ar­gent pu­blic uti­li­sés pour ré­no­ver sa ré­si­dence pri­vée. Son nom est aus­si ci­té dans une af­faire de pots-de-vin liés à un contrat d’ar­me­ment.

Ce n’est pas la seule rai­son du suc­cès de l’Al­liance dé­mo­cra­tique et de l’EFF (Com­bat­tants pour la li­ber­té éco­no­mique) un par­ti de gauche ra­di­cale cré­di­té de 8 % des voix. La dé­gra­da­tion de la si­tua­tion éco­no­mique a joué : la crois­sance est atone (0 %) et le chô­mage a at­teint des re­cords (26,7 %).

Bien sûr, l’ANC ne se­ra pas ba­layé du jour au len­de­main. Le par­ti du Con­grès na­tio­nal afri­cain (ANC) reste le pre­mier par­ti au ni­veau na­tio­nal (avec plus de 50 %). Il do­mine le Par­le­ment. Mais l’alerte est ju­gée sé­rieuse. @fger­schel

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