La bra­de­rie de Lille n’au­ra pas lieu

SÉ­CU­RI­TÉ. Stu­peur dans la ca­pi­tale des Flandres. Pour la pre­mière fois de­puis 1944, ce ren­dez-vous em­blé­ma­tique est an­nu­lé en rai­son de la me­nace ter­ro­riste.

Aujourd'hui en France - - EN FRANCE - Lille (Nord) De notre cor­res­pon­dante Mar­tine Au­bry JEANNE MAGNIEN

LILLE n’au­ra pas sa bra­de­rie 2016. De­puis le Moyen Age, la ville se trans­forme, le temps du pre­mier week-end de sep­tembre, en un gi­gan­tesque vide-gre­niers, où se pressent près de deux mil­lions de vi­si­teurs. Un ren­dez-vous in­con­tour­nable pour les amou­reux de la chine, qui viennent de toute l’Eu­rope, et le temps fort de la vie lil­loise. Mais, pour la pre­mière fois de­puis la Se­conde Guerre mon­diale, l’évé­ne­ment est tout sim­ple­ment an­nu­lé, alors même que les pré­pa­ra­tifs al­laient bon train.

Une dé­ci­sion bru­tale, que beau­coup re­dou­taient sans vrai­ment y croire, et que la maire a prise à contre­coeur, tout en as­su­rant n’avoir re­çu au­cune me­nace pré­cise concer­nant l’évé­ne­ment. « C’est un dé­chi­re­ment, a af­fir­mé Mar­tine Au­bry hier, lors d’une confé­rence de presse. Je com- prends la dé­cep­tion de cha­cun, et je la par­tage. Je pense à tous les Lillois, aux fa­milles qui com­men­çaient dé­jà à pré­pa­rer la bra­de­rie, mais, mal­gré tous nos ef­forts, force est de consta­ter qu’une sé­cu­ri­té maxi­male ne peut être ga­ran­tie. C’est une dé­ci­sion ex­trê­me­ment dou­lou­reuse à prendre, ef­frayante même, mais c’est une ques­tion de res­pon­sa­bi­li­té mo­rale. »

Dif­fi­cile en ef­fet d’ima­gi­ner un moyen de sé­cu­ri­ser la bra­de­rie alors que le risque d’at­ten­tat est maxi­mal. La foule com­pacte, le vo­lume énorme de mar­chan­dises en­trant dans la ville et les très nom­breux vé­hi­cules et ca­mions qui y sta­tionnent dès la mi-août rendent l’en­semble im­pos­sible à contrô­ler de fa­çon fiable. « Tous ceux qui font la bra­de­rie le savent, il y a des en­droits, des mo­ments où on n’avance pas, plaide Mar­tine Au­bry. On parle à cer­tains mo­ments de 100 000 per­sonnes au­tour du parc Jean-Bap­tiste-Le­bas (NDLR : là où se placent les bro­can­teurs). Vous ima­gi­nez, un fou, un ter­ro­riste qui dé­cide d’agir à ce mo­ment-là ? Quels dé­gâts, quel mas­sacre, quelle hor­reur avant que la po­lice ne puisse ar­ri­ver ? »

Mal­gré un pé­ri­mètre res­treint, des me­sures de sé­cu­ri­té ren­for­cées et des « moyens exor­bi­tants de droit com­mun » ac­cor­dés par le mi­nis­tère de l’In­té­rieur, la mai­rie et la pré­fec­ture ont fi­ni par re­non­cer. « On n’y ar­rive pas, re­grette Mar­tine Au­bry. Et on ne peut pas dé­na­tu­rer la bra­de­rie en ins­tal­lant des con­trôles et des hommes en armes à tous les coins de rue. »

« La bra­de­rie ne peut pas être une pa­rade mi­li­taire, et faire la fête la peur au ventre, ce n’est pas une pos­ture à prendre, ren­ché­rit Mi­chel La­lande, le pré­fet de ré­gion. Bien sûr, après l’at­ten­tat de Nice, notre pre­mier mou­ve­ment à tous a été de dire : On ne re­nonce pas face au ter­ro­risme. Mais si la pas­sion est né­ces­saire, la rai­son est in­dis­pen­sable, et je pré­fère af­fron­ter la co­lère de ceux qui ont per­du une oc­ca­sion de faire la fête, ou de l’ar­gent, que la co­lère de ceux qui ont per­du un en­fant. »

Le se­mi-ma­ra­thon qui pré­cède l’évé­ne­ment, le sa­me­di ma­tin, est lui pour le mo­ment main­te­nu. Son sort se­ra dé­fi­ni­ti­ve­ment fixé lun­di.

Mal­gré les ques­tions in­so­lubles de sé­cu­ri­té, la maire de Lille a mar­te­lé que la bra­de­rie 2017 au­rait bien lieu. La mai­rie et la pré­fec­ture se donnent un an pour pré­pa­rer l’évé­ne­ment, et ré­flé­chir à de nou­veaux moyens d’as­su­rer la sé­cu­ri­té de tous.

« On ne peut pas la dé­na­tu­rer en ins­tal­lant des con­trôles et des hommes en armes à tous les coins de rue »

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