Brin d’amour à Cho­let

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - Le May-sur-Evre (Maine-et-Loire) De nos en­voyés spé­ciaux

À L’HEURE DU PE­TIT DÉ­JEU­NER pris au zinc des Brèves de comp­toir, à Sau­mur, chez Chan­tal et Fré­dé­ric, qui aiment la chan­son fran­çaise, la voix de Serge Reg­gia­ni nous sou­haite deux fois bonne route tan­dis que Gé­rard De­par­dieu, en­ca­dré sous verre, semble le­ver le sien à notre san­té. Par la fe­nêtre du cam­ping-car, nous adres­sons un au re­voir aux dou­ceurs tou­ran­gelles et sau­mu­roises. C’eût été mieux avec des mou­choirs mais ils sont à Cho­let et Cho­let, jus­te­ment, nous at­tend. L’air est pur, la route est large, il n’y a pas l’oreille d’un dos-d’âne. Le pay­sage est bu­co­lique. A Doué-la-Fon­taine, il dis­tille ses roses. On entre en ville par l’ave­nue des Câ­lins. Ces pré­li­mi­naires ne pou­vaient pas mieux tom­ber. Les câ­lins, on est ve­nus pour ça. Ça se passe au May-sur-Evre, vers Tré­men­tines puis Che­mil­lé. Il y a ici un lieu sin­gu­lier, la ferme d’Izou­dière, où vivent l’ânesse Brin d’amour, son fils Tin­tin qu’elle a eu de Ba­ba. Il y a aus­si Nou­gat, fier gaillard de 330 kg sau­vé de la bou­che­rie mais qui s’est fait une en­torse en fai­sant le fou­fou. Il y a Lou­lou à la robe gris tour­te­relle, une croix de Saint-An­dré très mar­quée sur le dos, et la Tro­tro cra­quante Pe­luche.

Les ânes pan­seurs de l’âme

Leur mère nour­ri­cière à tous s’ap­pelle Mar­tine Ca­the­li­neau. Elle est ânière. Après avoir te­nu un club de ran­don­née équestre, Mar­tine est des­cen­due de che­val pour em­bras­ser la pro­fes­sion d’in­fir­mière. Mais chas­sez le na­tu­rel, il est re­ve­nu au pas tran­quille des ânes qui ne ga­lopent ja­mais et pré­fèrent ré­flé­chir. C’est la rai­son pour la­quelle, ex­plique Mar­tine, ils re­chignent à exé­cu­ter les ordres. « Ils ne sont pas tê­tus, ils se posent juste des ques­tions, éva­luent la si­tua­tion. » Cette « nos­tal­gie des équi­dés », un beau titre pour un pro­chain livre d’Amé­lie No­thomb, l’a conduite sur des sen­tiers in­at­ten­dus. Car Brin d’amour et ses ca­ma­rades ne sont pas que des pen­seurs. Ils sont aus­si des pan­seurs. Tout ce que la ré­gion compte d’édu­ca­teurs spé­cia­li­sés, confron­tés aux mul­tiples si­tua­tions de gros han­di­cap — Alz­hei­mer, tri­so­mie, au­tisme… — trouve chez les pen­sion­naires de Mar­tine une voie thé­ra­peu­tique qui passe par la mé­dia­tion ani­male. En­fants, ados, per­sonnes âgées viennent ici adou­cir leur dé­tresse, di­luer leurs peurs, res­tau­rer leur es­time de soi, cal­mer leur res­pi­ra­tion ou ré­pa­rer une confiance en miettes. Ça passe par un tou­cher, une ca­resse, un bai­ser, une pe­tite sieste ré­pa­ra­trice la tête sur la croupe de l’ani­mal.

Fon­dée e n 2 01 1 , l ’ a s s oc i a t i on Br i n d’amour c’est do­tée d’un jo­li slo­gan : « L’art et l’âme ânière ». Cer­tains après-mi­di, c’est vi­site tout pu­blic. Les en­fants sont aux anges. Ils ap­prennent à faire connais­sance avec l’ani­mal, à l’écou­ter, le res­pec­ter et le bros­ser dans le sens du poil, ce qui leur se­ra plus tard bien utile aus­si avec l’es­pèce hu­maine. Lors­qu’ils s’en vont, les mômes sont in­vi­tés à écrire ou des­si­ner dans les livres d’or de leurs nou­veaux amis. « Nou­gat, tu étais le meilleur des ânes, je t’aime », dé­clare une fillette. Une autre plonge ses yeux dans ceux de l’ânesse. On songe au poème de Fran­cis Jammes : « J’aime l’âne si doux/Va trou­ver le vieil âne/et dis-lui que mon âme/est sur les grands che­mins/comme lui le ma­tin ».

49122 Le May-sur- Evre. 02.41.63.17.83. www.as­so­brin­da­mour.fr.

Le May-sur-Evre (Maine-et-Loire), hier. A la ferme d’Izou­dière, les en­fants ap­prennent à faire connais­sance avec les ânes, qui per­mettent d’ha­bi­tude d’apai­ser des ma­lades en si­tua­tion de gros han­di­cap.

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