Tra­gé­die en sous-sol

IN­CEN­DIE. Treize jeunes sont morts dans la nuit de ven­dre­di à sa­me­di dans l’in­cen­die d’un bar de Rouen où était cé­lé­bré un an­ni­ver­saire.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Rouen (Seine-Ma­ri­time) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux THI­BAULT RAISSE

ON AVAIT PRESQUE OU­BLIÉ. Ou­blié que der­rière l’om­ni­pré­sente me­nace ter­ro­riste, sub­sistent des dan­gers or­di­naires mais tout aus­si meur­triers. L’in­cen­die de Rouen sonne comme un cruel rap­pel. Ce­lui qu’au-de­là du fa­na­tisme aveugle de bour­reaux san­gui­naires, la mort peut aus­si frap­per à la lueur d’une simple bou­gie. Alors qu’ils fê­taient l’an­ni­ver­saire d’une des leurs dans un bar-dis­co­thèque des quais de Seine, dix jeunes âgés de 18 à 25 ans, et trois autres per­sonnes de 28, 35, et 42 ans, ont pé­ri as­phyxiés ou brû­lés ven­dre­di soir. Six autres ont été bles­sées, dont une jeune femme qui était tou­jours hier entre la vie et la mort, dans l’in­cen­die le plus mortel que la France a connu de­puis dix ans. La piste ac­ci­den­telle sem­blait hier soir se confirmer.

Pro­pa­ga­tion éclair

Les pre­miers élé­ments de l’en­quête évoquent la chute d’un convive des­cen­dant l’es­ca­lier raide et étroit me­nant au sous-sol, où se dé­rou­laient les fes­ti­vi­tés. Dans ses mains se trou­vait l e gâ­teau d’ an­ni­ver­saire pi qué de bou­gies fon­taines cra­chant des étin­celles. L’une d’elles se se­rait in­fil­trée dans le faux pla­fond, dé­clen­chant vers 0 h 30 l’in­cen­die qui s’est pro­pa­gé au reste de la boîte de nuit en un éclair. « En quelques se­condes, on ne pou­vait plus en­trer, se sou­vient un client en ter­rasse. J’ai cas­sé une vitre pour ten­ter de por­ter se­cours aux vic­times. Mais la fu­mée était si épaisse que je n’ai pu faire qu’un mètre ou deux avant de de­voir re­cu­ler. »

Dans l’ag­glo­mé­ra­tion rouen­naise, dé­jà du­re­ment éprou­vée par l’as­sas­si­nat du prêtre Jacques Ha­mel il y a deux se­maines, le choc est im­mense. Fran­çois Hol­lande et Manuel Valls ont ra­pi­de­ment ré­agi par des tweets émus, tan­dis que la po­lice scien­ti­fique et un ex­pert en in­cen­die re­quis par le par­quet in­ves­tis­saient les lieux. Un éta­blis­se­ment où, se­lon plu­sieurs té­moi­gnages recueillis hier, les condi­tions de sé­cu­ri­té dans le sous-sol ne sem­blaient pas op­ti­males, cer­tains as­su­rant même que l’is­sue de se­cours n’a pu être ou­verte. Le bar sa­tis­fai­sai­til aux normes en vi­gueur ? « En tout cas, il n’était pas par­ti­cu­liè­re­ment dans le ra­dar de la pré­fec­ture », glisse une source po­li­cière.

Les ré­ponses pré­cises se fai­saient at­tendre hier soir. Seul le vice-pro­cu­reur de Rouen avait dis­til­lé dans l’après-mi­di une brève dé­cla­ra­tion à l’AFP, évo­quant la thèse ac­ci­den­telle. Aux vic­times et à leurs proches qui sou­haitent des ex­pli­ca­tions, il fau­dra, pour l’heure, se conten­ter de tweets de com­pas­sion.

Rouen (Seine-Ma­ri­time), hier. De nom­breux ha­bi­tants cho­qués sont ve­nus dé­po­ser bou­quets de fleurs et mes­sages de­vant la fa­çade cal­ci­née du Cu­ba libre au pe­tit ma­tin.

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