« Cela s’est trans­for­mé en vé­ri­table sou­ri­cière »

Un voi­sin

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Rouen De l’un de nos en­voyés spé­ciaux Un ri­ve­rain du quar­tier NI­CO­LAS JACQUARD

UNE SIMPLE PORTE dé­sor­mais au coeur de l’en­quête. Cette porte, c’est celle qui au­rait pu per­mettre aux treize vic­times de l’in­cen­die de s’en­fuir. Las, les seuls res­ca­pés, se­lon plu­sieurs té­moi­gnages, sont ceux qui ont réus­si à gra­vir « l’échelle de meu­nier » fai­sant of­fice d’es­ca­lier et ra­me­nant au rez-de­chaus­sée, juste avant que ses marches en bois ne s’em­brasent.

Pour­tant, comme nous avons pu le consta­ter, il existe bien un ac­cès di­rect au sous-sol où s’est noué le drame, don­nant sur un pe­tit cou­loir et une se­conde porte in­ter­mé­diaire, avant de dé­bou­cher sur des ga­rages sou­ter­rains, à l’ar­rière du bâ­ti­ment où se trouve le Cu­ba libre. S’agit-il, à pro­pre­ment par­ler, d’une sor­tie de se­cours ? Rien n’est moins sûr.

« Vous voyez un quel­conque si­gnal lu­mi­neux, un che­mi­ne­ment ou un dis­po­si­tif ap­pro­chant ? Rien de tout cela », fus­tige un ri­ve­rain. De fait, le cou­loir re­liant la porte aux ga­rages est plon­gé dans le noir. Des car­tons et des dé­tri­tus sont ados­sés aux murs, ain­si que des ca­siers de bou­teilles de so­da vides. Il y a bien ces traces de pas noir­cies au sol et ces em­preintes di­gi­tales ins­crites à la suie sur les murs. « Mais c’est uni­que­ment une fois que l’in­cen­die a été maî­tri­sé que les se­cours sont pas­sés par là, no­tam­ment pour éva­cuer les corps », souffle cet ha­bi­tant.

Ce té­moi­gnage, cor­ro­bo­ré par d’autres (lire ci-des­sus), at­teste que la porte était fer­mée au quo­ti­dien et n’a pu être ou­verte lors de l’in­cen­die. « Cela s’est trans­for­mé en vé­ri­table sou­ri­cière, dé­plore ce ri­ve­rain. Même si cette porte avait été ou­verte, cela semble ex­trê­me­ment com­pli­qué, en pleine pa­nique, de s’orien­ter pour sor­tir de là… »

En t ant qu’éta­blis­se­ment re­ce­vant du pu­blic (ERP) de ca­té­go­rie 5, le Cu­ba libre était as­treint à un cer­tain nombre de normes. Des normes dont le res­pect, en théo­rie, est no­tam­ment contrô­lé par une com­mis­sion de sé­cu­ri­té. Cette der­nière trans­met alors son rap­port aux au­to­ri­tés ad­mi­nis­tra­tives. Ces contrôles ont-ils été ef­fec­tués ? Contac­té, le se­cré­taire gé­né­ral de la pré­fec­ture de Seine-Ma­ri­time n’a pas sou­hai­té s’ex­pri­mer sur ce point. Par­mi les ha­bi­tués du Cu­ba libre, la plu­part connais­saient l’exis­tence de cette an­nexe du sous- sol, sou­vent pri­va­ti­sée, mais que tous n’avaient pas for­cé­ment vi­si­tée. « Je res­tais à l’étage », ex­plique Bruno, qui dit connaître le bar de­puis des an­nées. A l’époque, il s’ap­pe­lait en­core le Joffre, et Na­cer, l’ac­tuel pro­prié­taire, n’était pas en­core aux com­mandes. « Un gars su­per », le dé­fend Ab­del, pro­prié­taire d’un bar voi­sin, qui ex­plique avoir gran­di avec lui dans le même vil­lage de Ka­by­lie d’où tous deux sont ori­gi­naires.

Du Cu­ba libre, Na­cer avait fait un éta­blis­se­ment « fes­tif et fa­mi­lial », fré­quen­té par une clien­tèle jeune, mais pas seule­ment. « Toutes les gé­né­ra­tions s’y croi­saient, as­sure Bruno. Vous y ar­ri­viez à deux, vous en re­par­tiez avec dix nou­veaux potes. » « Je sa­vais qu’il avait fait des tra­vaux, mais je n’y étais ja­mais al­lé », s’ex­cuse Ab­del. Le nou­vel agen­ce­ment de la salle res­pec­tait-il les normes de sé­cu­ri­té ? Ce se­ra à l’en­quête de le dé­ter­mi­ner.

« Même si cette porte avait été ou­verte, cela semble com­pli­qué de s’orien­ter pour sor­tir… »

@ni­co­jac­quard

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