RÉ­CHAUF­FE­MENT CLI­MA­TIQUE.

La fonte du sol or­di­nai­re­ment ge­lé du Grand Nord russe a li­bé­ré de l’an­thrax. La bac­té­rie a dé­jà fait un mort et dé­ci­mé 2 000 rennes.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - VINCENT MONGAILLARD

C’EST UNE BAC­TÉ­RIE des­truc­trice qui, même en­ter­rée dans la glace de Sibérie, ne meurt ja­mais. Après 75 ans de som­meil, la Ba­cil­lus an­thra­cis, à l’ori­gine de l’an­thrax ou ma­la­die du char­bon, vient de res­sus­ci­ter, pro­vo­quant le dé­cès d’un en­fant de 12 ans. Dis­sé­mi­né dans la na­ture sous forme de mi­cro-or­ga­nisme, l’an­thrax avait fait beau­coup par­ler de lui au len­de­main des at­ten­tats du 11 sep­tembre 2001 à New York : sous forme de poudre, il s’était re­trou­vé dans des en­ve­loppes pié­gées en­voyées à des sé­na­teurs et des jour­na­listes amé­ri­cains.

A l’ori­gine du re­tour de cette épi­dé­mie dans le dis­trict au­to­nome de Ia­ma­lo-Né­nét­sie, dans le Grand Nord russe, les dé­rè­gle­ments cli­ma­tiques qui per­turbent tant notre pla­nète. Cet été à 2 000 km au nord-est de Mos­cou, le mer­cure dé­passe lar­ge­ment les 30 °C au lieu de 17 °C en temps or­di­naire. Cette vague de cha­leur a pro­vo­qué la fonte du per­ma­frost, ce sol re­cou­vert d’une couche de terre cen­sée être ge­lée en per­ma­nence. Des Ba­cil­lus an­thra­cis qui y étaient em­pri­son­nées de­puis des dé­cen­nies ont ain­si été li­bé­rées. « Cette bac­té­rie est ex­trê­me­ment ré­sis­tante. Elle est dor­mante, elle n’a pas be­soin de nu­tri- ments. Elle peut res­ter des an­nées dans le sol sans perdre de son in­fec­tio­si­té. Et quand elle est dans le per­ma­frost, une sorte de congé­la­teur na­tu­rel, c’est en­core mieux. Elle peut y sur­vivre des mil­liers d’an­nées », dé­crypte le mi­cro­bio­lo­giste Jean-Mi­chel Cla­ve­rie, professeur à l’uni­ver­si­té Aix-Marseille. Et de ci­ter un exemple très concret : « Si vous pla­cez un yaourt dans le per­ma­frost, eh bien, 10 000 ans plus tard, il se­ra en­core bon à man­ger ! »

Le foyer de conta­mi­na­tion se­rait une vieille car­casse de renne dé­ge­lée ré­ap­pa­rue à la sur­face. Ses congé­nères vi­vants ont été l e s p r e mi è r e s c i b l e s . P l u s d e 2 000 rennes ont été tués par cette in­fec­tion ai­guë qui se trans­met aus­si bien aux ani­maux qu’à l’homme lorsque ce­lui-ci est en contact avec le bé­tail. Chez lui, la ma­la­die peut prendre plu­sieurs formes. La plus cou­rante, qui concerne 80 % des cas, est cu­ta­née et se traite fa­ci­le­ment avec des an­ti­bio­tiques. Celle qui est pul­mo­naire est fa­tale si elle n’est pas soi­gnée ra­pi­de­ment. Pour les éle­veurs no­mades éloi­gnés des hô­pi­taux, ac­cé­der aux mé­di­ca­ments est une mis­sion pé­rilleuse.

Dans cette vaste ré­gion, grande comme une fois et de­mie la France et pla­cée en qua­ran­taine, les au­to­ri­tés tentent de maî­tri­ser le fléau. Des mi­li­taires équi­pés d’hé­li­co­ptères et de drones ont été mo­bi­li­sés pour dé­con­ta­mi­ner la zone en brû­lant, no­tam­ment, les ca­davres d’ani­maux. Quelque 160 éle­veurs de rennes ont été éva­cués. Des di­zaines d’ha­bi­tants ont été hos­pi­ta­li­sés après avoir, entre autres, man­gé de la viande (crue) et bu du sang de renne in­fec­té.

L’in­fec­tion peut être mor­telle pour l’homme si elle est pul­mo­naire

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