Stras­bourg

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Stras­bourg (Bas-Rhin) De nos en­voyés spé­ciaux Rose, tou­riste ju­ras­sienne FLORENCE MÉRÉO

« VOS COL­LÈGUES re­fusent de me lais­ser en­trer à cause de mon sac à dos. Ma femme et mon fils sont à l’in­té­rieur. » Jean-Jacques, 36 ans, ve­nu des Yve­lines vi­si­ter Notre-Dame de Stras­bourg, est fu­rax. Mais la ca­thé­drale s’est muée en for­te­resse. « Quelques jours avant Saint-Etienne-du-Rou­vray, la pré­fec­ture nous a de­man­dé de ren­for­cer notre sé­cu­ri­té. L’état d’ur­gence nous oblige à prendre des dis­po­si­tions strictes. La me­nace est réelle », ex­plique Ber­nard Xi­baut, le chan­ce­lier du dio­cèse. Les messes de 7 h 30 et de 18 h 30 en se­maine, de 8 heures le di­manche, de 18 h 30 le sa­me­di ont été sus­pen­dues « jus­qu’à nou­vel ordre », lit-on sur les pe­tites af­fiches.

« Il a fal­lu re­voir et ré­duire les ho-

« Le guide nous a de­man­dé d’avan­cer et nous a don­né les ex­pli­ca­tions à l’ex­té­rieur »

raires d’ou­ver­ture, pré­voir une fer­me­ture à la mi-jour­née pour per­mettre au per­son­nel de sur­veillance de se re­layer. Nous avons fait une em­bauche sup­plé­men­taire et sol­li­ci­té l’aide de bé­né­voles, mais c’est in­suf­fi­sant pour fonc­tion­ner comme avant », concède le prêtre.

La file d’at­tente s’al­longe de­vant le seul — et ul­tra-fil­tré — ac­cès à l’édi­fice. Comme Jean-Jacques, Bru­no et Alexan­dra re­partent pe­nauds à cause de leur sac à dos. « Ils ont sans doute rai­son d’être aus­si vi­gi­lants, mais où va-t-on si on em­pêche les gens d’en­trer dans les églises ? » s’in­quiète ce tou­riste an­ge­vin.

A pied, à vé­lo, en voi­ture… la po­li- ce pa­trouille de­vant la ca­thé­drale go­thique et dans les rues pa­vées qui l’en­tourent. Les sol­dats de l’opé­ra­tion Sen­ti­nelle font les cent pas. Pour cas­ser l’an­goisse, Alex, 8 ans, a trou­vé la pa­rade : il chasse le Po­ké­mon.

Le 24 dé­cembre, en plein mar­ché de Noël, une me­nace d’at­ten­tat avait dé­jà mis en alerte la ca­thé­drale. « Mais ce n’était pas à ce point », es­time Ma­rie-Louise, une fi­dèle. D’ha­bi- tude, elle prend place dans la cha­pelle Sainte-Ca­the­rine, mais ce jour-là elle était fer­mée, comme le tran­sept nord. « Je n’ai même pas pu mon­trer à mes pe­tits-en­fants la sculp­ture de l’homme qui porte le poids de la nef », re­grette-t-elle. Même de­vant la cé­lèb r e h o r l o g e a s t r o n o mi q u e d u XVIe siècle, les Thievent, une fa­mille suisse, n’ont pu s’ar­rê­ter. « Comme il ne fal­lait pas d’at­trou­pe­ment, ex­pli-

Aque Rose, une Ju­ras­sienne ve­nue avec son ma­ri et ses deux fils, le guide nous a de­man­dé d’avan­cer et nous a don­né les ex­pli­ca­tions à l’ex­té­rieur. » « Chez nous, on est bien loin de ces me­naces. Quand on croise un mi­li­taire, c’est qu’il fait ses courses », sou­rit Ben­ja­min, son aî­né de 24 ans.

Le plus im­pres­sion­nant, ce sont ces bar­rières qui em­pêchent les vi­si­teurs de s’as­seoir. « Ils doivent dé­am- bu­ler sans s’ar­rê­ter. J’ai peur que ça agace les fi­dèles qui ne peuvent plus prier de ma­nière im­promp­tue », confie Ber­nard Xi­baut. Dans ce contexte, même les ven­deurs à la sau­vette ont dé­ser­té le par­vis.

En re­vanche, les « veilleurs » ont fait leur ap­pa­ri­tion. Le mot dé­signe la tren­taine de bé­né­voles qui se re­laient pour sur­veiller le lieu de culte. « Je ne suis pas fou, je ne fe­rais pas le poids face à des fous qui vou­draient at­ta­quer la ca­thé­drale, dit Mi­chel Herment, 67 ans, qui se pose tous les jours de­vant l’une des en­trées de Notre-Dame. Mais j’aide à ma ma­nière, je me sens utile. » A ses cô­tés, JeanJacques He­cker, 81 ans, qui ar­bore lui aus­si le badge « veilleur » sur sa veste, abonde. « On dé­fend notre église. Les gens ne com­prennent pas tou­jours qu’il y ait au­tant de sé­cu­ri­té, mais il faut. La ca­thé­drale est vi­sée. »

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