L’in­quié­tant beau-frère de Ché­rif Koua­chi

EXCLUSIF. Mou­rad Ha­myd, qui avait nié en garde à vue tout sou­tien aux dji­ha­distes au len­de­main de l’at­ten­tat contre « Char­lie Heb­do » en jan­vier 2015, était dé­jà fi­ché S. Il vient d’être in­ter­pel­lé, soup­çon­né de vou­loir ral­lier la Sy­rie.

Aujourd'hui en France - - TERRORISME - Les po­li­ciers des ser­vices de ren­sei­gne­ment Un des pro­fes­seurs de Mou­rad Ha­myd THI­BAULT RAISSE

L’ART DE LA DISSIMULATION chez les dji­ha­distes n’est pas une chi­mère. Mou­rad Ha­myd, 20 ans, en est sans doute l’illus­tra­tion la plus in­quié­tante. In­ter­pel­lé au soir du 7 jan­vier 2015 pour sa pos­sible par­ti­ci­pa­tion à la tue­rie de « Char­lie Heb­do » puis li­bé­ré sans au­cune charge im­mé­dia­te­ment après, le beau-frère de Ché­rif Koua­chi a été re­fou­lé fin juillet par les au­to­ri­tés turques alors qu’il ten­tait pro­ba­ble­ment de ga­gner la Sy­rie en train, comme l’a ré­vé­lé hier « le Jour­nal du di­manche ». Au­jourd’hui re­te­nu par les au­to­ri­tés bul­gares et vi­sé par un man­dat d’ar­rêt eu­ro­péen émis par la France, ce­lui qui pes­tait d’avoir été « je­té en pâ­ture » à sa sor­tie de garde à vue et se dé­cri­vait comme un « ly­céen qui vit tran­quille­ment avec ses pa­rents » semble avoir men­ti à tout le monde.

Car, cinq mois avant sa garde à vue en jan­vier 2015, Mou­rad Ha­myd était dé­jà fi­ché S par les ser­vices de ren­sei­gne­ment. Se­lon nos in­for­ma­tions, la Di­rec­tion gé­né­rale de la sé­cu­ri­té in­té­rieure (DGSI) ré­dige même un rap­port com­plet sur le ly­céen de Char­le­ville-Mé­zières (Ar­dennes) le 26 août 2014. Le constat est lim­pide. « Mou­rad Ha­myd est ap­pa­ru au contact de dji­ha­distes fran­çais pré­sents en Sy­rie, lais­sant au­gu­rer un dé­part pour les re­joindre. Son en­vi­ron­ne­ment éta­blit des liens très étroits avec la sphère sa­la­fiste dji­ha­diste et son im­mer­sion com­plète dans ce mi­lieu », écrivent alors les po­li­ciers spé­cia­li­sés, qui notent au pas­sage « qu’il fré­quente ré­gu­liè­re­ment le do­mi­cile de Ché­rif Koua­chi ».

Cette ana­lyse sans am­bi­guï­té re­pose sur des élé­ments ac­ca­blants. D’abord re­pé­ré pour ses liens avec son beau-frère — lui-même fi­ché S —, Mou­rad Ha­myd ap­pa­raît comme membre d’un ré­seau so­cial is­la­miste suisse nom­mé An­sar-Ghu­ra­ba. Sous le pseu­do­nyme de Ibn Mo­kh­tar, il y poste des images d’égor­ge­ment et autres pho­tos de pro­pa­gande à la gloire de Daech. Sur ce site, il se lie avec deux dji­ha­distes fran­ci­liens par­tis en Sy­rie un an plus tôt. En no­vembre 2014, il est cette fois iden­ti­fié comme co­ges­tion­naire d’une page Fa­ce­book de sou­tien aux dé­te­nus condam­nés pour terrorisme, « Al Ha­qq Me­dia », elle-même à l’époque soup­çon­née de mas­quer une fi­lière de sou­tien fi­nan­cier et lo­gis­tique à des dé­parts sur zone.

Mais, lors de sa garde à vue, quelques heures après l a t ue­rie de « Char­lie Heb­do », ce sont deux autres ques­tions qui ta­raudent les en­quê­teurs : a-t-il par­ti­ci­pé à l’at­ten­tat ? Et où se trouve Ché­rif Koua­chi, alors en ca­vale ? Ce­lui qui est élève en ter­mi­nale S bran­dit son ali­bi, confir­mé par deux pro­fes­seurs : il était en classe. Quant à la lo­ca­li­sa­tion de son beau-frère, il n’en a pas la moindre idée. « Ché­rif, je le vois oc­ca­sion­nel­le­ment dans un cadre fa­mi­lial », ba­laie-t-il. La tue­rie de « Char­lie » ? « C’est n’im­porte quoi ! Tuer des jour­na­listes parce qu’ils ont fait des des­sins, c’est ignoble », pré­cise-t-il.

Il se pré­sente comme un pra­ti­quant « nor­mal, sans plus » qui consulte des « sites mo­dé­rés » sur l’is­lam et sans « dé­sir d’al­ler dans un pays étran­ger ». « Le dji­had, pour moi, c’est d’avoir un bon com­por­te­ment », prend-il soin d’ajou­ter. Mal­gré les élé­ments en pos­ses­sion de la DGSI, cette pos­ture, al­liée à son ali­bi im­pa­rable, va por­ter ses fruits. Après seule­ment 40 heures de garde à vue — sur les 96 pos­sibles —, Mou­rad Ha­myd est donc li­bé­ré.

De­puis, les sur­veillances dont il fai­sait l’ob­jet n’ avaient j amais ces­sé. Pour­tant, une en­quête pour dis­pa­ri­tion in­quié­tante si­gna­lée par ses proches est ou­verte le 25 juillet par le par­quet de Reims. Mou­rad Ha­myd a réus­si à prendre le train pour la Tur­quie, où les au­to­ri­tés lo­cales le dé­masquent trois jours plus tard grâce à la fiche S émise par la France. Il de­vrait être ex­tra­dé vers Pa­ris et mis en exa­men pour association de mal­fai­teurs en re­la­tion avec une en­tre­prise ter­ro­riste dans les pro­chaines se­maines. « C’est quel­qu’un qui ne se fait re­mar­quer en rien », dé­cri­vait aux po­li­ciers l’un de ses pro­fes­seurs, en­ten­du comme té­moin au soir de l’at­ten­tat de « Char­lie ». Une ca­rac­té­ris­tique qu’il a ma­ni­fes­te­ment su conser­ver.

« Des liens très étroits avec la sphère sa­la­fiste dji­ha­diste » « C’est quel­qu’un qui ne se fait re­mar­quer en rien »

Mou­rad Ha­myd pos­tait no­tam­ment des pho­tos de pro­pa­gande à la gloire de Daech sur un ré­seau so­cial is­la­miste.

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