« Je ne me voyais pas être ailleurs »

Es­telle,

Aujourd'hui en France - - TERRORISME - Nice (Alpes-Ma­ri­times) De notre cor­res­pon­dant Lei­la MAT­THIAS GALANTE

« PUT… DE CA­MION. Je suis Gat­tières*. Je suis Nice. » Les mots dé­po­sés de­puis le fu­neste 14 Juillet au pied du mé­mo­rial im­pro­vi­sé, à quelques pas de la pro­me­nade des An­glais, té­moignent d’une co­lère plus ou moins conte­nue face à la vio­lence aveugle de l’at­ten­tat qui a fait 85 morts. Mais hier ma­tin, l’apai­se­ment et l’émo­tion ont do­mi­né un ras­sem­ble­ment ci­toyen or­ga­ni­sé à Nice par des par­ti­cu­liers en hom­mage aux vic­times. Dans le calme, quelque 1 500 per­sonnes ha­billées de blanc se sont re­cueillies.

Chan­sons douces et ap­plau­dis­se­ments pour sa­luer l’ac­tion des se­cours se sont suc­cé­dé, en­tre­cou­pés d’une « Mar­seillaise » en­ton­née en choeur, de l’in­con­tour­nable chant lo­cal « Nis­sa la Bel­la » et d’une mi­nute de si­lence. En une heure, les Ni­çois ont re­don­né de la di­gni­té au deuil. Loin des huées, des pa­roles ra­cistes et des échanges ten­dus qui avaient mar­qué la mi­nute de si­lence of­fi­cielle, le 18 juillet en pré­sence du Pre­mier mi­nistre Ma­nuel Valls.

Sous le re­gard des forces de l’ordre pré­sentes mais dis­crètes, une ma­jo­ri- té de Ni­çois ano­nymes, par­mi les­quels s’étaient glis­sés le maire Phi­lippe Pra­dal et le pré­sident du dé­par­te­ment Eric Ciot­ti, ont confié leur sou­la­ge­ment de pou­voir se re­trou­ver. D’au­tant qu’une marche blanche a été in­ter­dite par la pré­fec­ture pour des rai­sons de sé­cu­ri­té le week-end der­nier. « Je ne me voyais pas être ailleurs ce ma­tin. La pro­me­nade des An­glais, ce n’était que des images joyeuses. Plus main­te­nant. C’est ma ville, ce­la au­rait dû se faire plus tôt », ex­plique Es­telle, 38 ans.

« On était ré­vol­tés de ne pas pou­voir se re­cueillir. Il n’était pas ques- tion de ne rien faire mais on ne vou­lait pas de pro­pos po­li­tiques, ni d’as­sas­sins criés », jus­ti­fie Jacques Agid, un agent im­mo­bi­lier à l’ori­gine du ras­sem­ble­ment d’hier au­to­ri­sé en rai­son de son ca­rac­tère sta­tique et de l’em­pla­ce­ment fer­mé. Comme une thé­ra­pie pour cer­tains, la ma­ni­fes­ta- tion a par­fois rou­vert des plaies. « J’avais be­soin de ve­nir mais j’ai peur de­puis que j’ai cou­ru avec ma fille au mo­ment des coups de feu. J’ai une boule à l’es­to­mac. Je pense m’ache­ter un gi­let pare-balles », as­sure Lei­la, 41 ans. Dy­lan, lui aus­si, ne peut ef­fa­cer cer­taines images. « J’ai vu le ca­mion pas­ser, je n’ai rien eu. C’est im­por­tant qu’on soit tous là. »

L’émo­tion n’em­pêche pas un cer­tain res­sen­ti­ment : « Je suis éner­vé, dit Ch­ris­tophe un com­mer­çant en larmes ve­nu de Men­ton. Tout le monde ouvre les yeux alors que ça fait dix ans que ça chauffe. »

Se pose la ques­tion d’un hom­mage na­tio­nal aux vic­times. Sa­me­di, dans l’avion le ra­me­nant de Rio, Fran­çois Hol­lande s’est mon­tré fa­vo­rable à l’or­ga­ni­sa­tion d’une com­mé­mo­ra­tion sous condi­tions. Sur la baie des Anges, les avis di­vergent. Es­telle juge cet hom­mage in­con­tour­nable. « Je pense qu’il vaut mieux que Nice le fasse seul, on n’a pas be­soin de l’Etat », es­time Aman­dine. Sur l’es­sen­tiel, tout le monde est ce­pen­dant d’ac­cord. A 50 m l’une de l’autre, les deux femmes ont dé­po­sé des fleurs blanches hier. Meur­tries. Comme tant d’autres.

« J’ai peur de­puis que j’ai cou­ru avec ma fille au mo­ment des coups de feu. J’ai une boule à l’es­to­mac. »

* Gat­tières, une com­mune près de Nice où un ha­bi­tant est le seul res­ca­pé d’une fa­mille de sept per­sonnes. Hom­mage en blanc pour les vic­times de l’at­ten­tat du 14 Juillet

Nice (Alpes-Ma­ri­times), hier. Dans le calme, quelque 1 500 per­sonnes vê­tues de blanc se sont re­cueillies au pied du mé­mo­rial im­pro­vi­sé à quelques pas de la pro­me­nade des An­glais.

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