La ga­lère des pe­tits can­di­dats

PRI­MAIRE. Jup­pé, Fillon ou Le Maire n’ont pas eu de pro­blème pour fran­chir l’obs­tacle, mais les autres n’ont plus qu’un mois, en pleine trêve es­ti­vale, pour re­cueillir leurs par­rai­nages.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - VA­LÉ­RIE HACOT

« BON­JOUR MON­SIEUR, je fais par­tie de l’équipe de cam­pagne d’Her­vé Ma­ri­ton. Vous avez si­gné sa pé­ti­tion contre l’en­sei­gne­ment de l’arabe en CP. Al­lez-vous le par­rai­ner ? » Por­table vis­sé à l’oreille, Co­ren­tin, 20 ans, étu­diant en droit, passe ses jour­nées à re­lan­cer par té­lé­phone les mi­li­tants des Ré­pu­bli­cains pour qu’ils ap­portent leur par­rai­nage à son cham­pion. En moyenne, 150 coups de fil par jour. Trois autres bé­né­voles s’af­fairent dans le pe­tit QG pa­ri­sien de Ma­ri­ton. « C’est main­te­nant ou ja­mais », ré­sume Fran­çois Pé­guillet, l’at­ta­ché par­le­men­taire du can­di­dat.

Pas d’ac­cès au fi­chier ré­per­to­riant les mi­li­tants du par­ti

Pas ques­tion, en ef­fet, de souf­fler au mois d’août, même si la tor­peur es­ti­vale rend l’exer­cice en­core plus dif­fi­cile. Dans un mois tout juste, le 9 sep­tembre, tous les pré­ten­dants à la pri­maire de­vront trans­mettre la liste de leurs sou­tiens pour être of­fi­ciel­le­ment in­ves­tis can­di­dats. Pour les Fillon, Jup­pé ou Le Maire, re­cueillir les par­rai­nages de 20 par­le­men­taires, de 230 élus lo­caux et de 2 500 adhé­rents LR n’ au­ra ét é qu’une for­ma­li­té. Mais pour les pe­tits can­di­dats, c ’ e s t une au­tr e his­toire. D’au­tant qu’ils n’ont pas ac­cès au fi­chier ré­per­to­riant les mi­li­tants du par­ti, ce qui, de Na­dine Mo­ra­no à Na­tha­lie Kos­cius­ko-Mo­ri­zet, en fait tous­ser plus d’un.

« Beau­coup d’entre eux ne veulent pas par­rai­ner »

« On a consti­tué notre fi­chier à par­tir des lis­tings réa­li­sés en 2014 lorsque Ma­ri­ton était can­di­dat à la pré­si­dence de l’UMP. Nous avons ré­cu­pé­ré toutes les co­or­don­nées des per­sonnes qui ont par­ti­ci­pé à ses 270 réunions pu­bliques de­puis 2014. Et, en­fin, nous contac­tons tous ceux qui ont si­gné ses pé­ti­tions », dé­taille Fran­çois Pé­guillet. Le can­di­dat, lui, ap­pelle di­rec­te­ment les maires : « La dif­fi­cul­té, c’est que beau­coup d’entre eux ne veulent pas par­rai­ner », constate Ma­ri­ton. Son équipe as­sure qu’il a dé­jà ses 20 sou­tiens par­le­men­taires et qu’il est en bonne voie pour re­cueillir les autres. A 300 km de là, à Toul (Meurthe-etMo­selle), Na­dine Mo­ra­no a elle aus­si trans­for­mé son QG en centre d’ap- pels. Avec une di­zaine de bé­né­voles, elle té­lé­phone tous azi­muts. « Les dé­pla­ce­ments, c’est bien pour les mé­dias. Pour les par­rai­nages, ça ne sert à rien », as­sure la can­di­date, qui re­ven­dique dé­jà plus des « deux tiers » des sou­tiens né­ces­saires. « C’est l’es­sen­tiel de mon ac­ti­vi­té. On n’a pas de va­cances, mais ça ne nous em­pêche pas de prendre l’apé­ro tous les soirs. Un pe­tit ro­sé et des olives », glisse-telle. Tout en pes­tant contre le peu d’in­for­ma­tions dis­til­lées par le par­ti au­près des mi­li­tants : « Ils ne sont au cou­rant ni des dates ni même du fait qu’ils ne peuvent par­rai­ner qu’un seul can­di­dat. » Et puis, au beau mi­lieu de l’été, ils n’ont pas vrai­ment la tête à ça… Geof­froy Di­dier, lui, re­ven­dique le sou­tien de 14 par­le­men­taires, de 180 élus et d’en­vi­ron 2 000 mi­li­tants. « Je ne suis pas très loin, mais c’est vrai qu’au mois d’août on peine », se dé­sole-t-il. Il s’ap­puie sur sept bé­né­voles pour re­lan­cer les adhé­rents par té­lé­phone : « On a tous réus­si à consti­tuer nos fi­chiers, même NKM, puis­qu’elle m’en­voie ses mails », s’amuse-t-il. Mais il pré­fère tout de même se dé­pla­cer en per­sonne pour al­ler à la ren­contre des maires : « J’ai une tren­taine de ren­dez-vous pro­gram­més d’ici la fin du mois. » Quant aux par­le­men­taires qui lui font dé­faut, il de­vra pa­tien­ter jus­qu’en sep­tembre pour les convaincre : « En ce mo­ment, ce­la ne sert à rien. »

« On n’a pas de va­cances » « En ce mo­ment, ce­la ne sert à rien » « On a com­mu­ni­qué le pro­gramme sur Twit­ter »

Na­tha­lie Kos­cius­ko-Mo­ri­zet a elle aus­si pris son bâ­ton de pè­le­rin. Après avoir consa­cré son mois de juillet à té­lé­pho­ner à des élus sé­lec­tion­nés par ses « ré­fé­rents lo­caux », elle se lance au­jourd’hui dans une tour­née d’été le long du lit­to­ral. « On a com­mu­ni­qué l e pro­gramme à mes 600 000 fol­lo­weurs sur Twit­ter. L’idée, c’est de ci­bler les adhé­rents du­rant ces dé­pla­ce­ments. » Des apé­ros sont éga­le­ment pré­vus tous les soirs avec des mi­li­tants dé­ni­chés par les élus lo­caux. NKM, qui ne cesse de dé­non­cer la dif­fé­rence de trai­te­ment entre les can­di­dats, sait qu’elle doit re­dou­bler d’ef­forts. Ni­co­las Sar­ko­zy ne de­vrait pas connaître les mêmes dif­fi­cul­tés : se­lon cer­tains de ses proches, il au­rait dé­jà plus de 60 000 par­rai­nages. Et il n’est pas en­core can­di­dat… @vha­cot1

Pa­ris (VIIe), hier. Dans le QG d’Her­vé Ma­ri­ton (à droite), 3 bé­né­voles passent en moyenne 150 coups de té­lé­phone par jour pour dé­cro­cher des par­rai­nages.

Na­dine Mo­ra­no as­sure avoir dé­jà plus des « deux tiers » des sou­tiens né­ces­saires.

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