« Il ne faut plus se taire »

Ra­chid*,

Aujourd'hui en France - - FAITSSOCIÉTÉDIVERS - Le pro­prié­taire du lo­ge­ment, à Ra­chid Le pro­prié­taire du lo­ge­ment, à Ra­chid T.B.

Des va­cances en fa­mille, une lo­ca­tion idéale à Port-Bar­ca­rès (Py­ré­nées-Orien­tales) dé­ni­chée sur Le­bon­coin.fr et un pro­prié­taire de prime abord par­ti­cu­liè­re­ment dé­ten­du. Pour Ra­chid* et ses proches, cette se­maine d’août au bord de l’eau s’an­non­çait des plus agréables. « Tout se pas­sait bien jus­qu’à l’en­voi de mon dos­sier pour la fi­na­li­sa­tion du contrat, ex­plique ce Fran­ci­lien de 24 ans. Je re­çois alors un ap­pel du pro­prié­taire qui, d’em­blée, me dit : T’es arabe ? Je lui ré­ponds en ri­go­lant que je suis bre­ton et mu­sul­man, mais, tout de suite, j’ai le ré­flexe d’en­re­gis­trer l’ap­pel parce que je sais que ça va pé­ter. » Mal­heu­reu­se­ment, Ra­chid ne se­ra pas dé­çu, comme le prouve la con­ver­sa­tion que nous avons pu écou­ter. A l’autre bout du fil, le pro­prié­taire ex­plique qu’il a eu « des pro­blèmes avec les mu­sul­mans » l’an­née pré­cé­dente qui ont, semble-t-il, lais­sé une ar­doise. « Je pré­fère ne pas vous louer », as­sène-t-il. Très cal­me­ment, Ra­chid tente d’ex­pli­quer à son in­ter­lo­cu­teur qu’au­cun amal­game ne mé­rite d’être fait entre les at­ten­tats et les mu­sul­mans en gé­né­ral. Ef­fa­ré, Ra­chid in­voque ses en­fants. Il ne sait comment il va pou­voir leur ex­pli­quer un re­fus de lo­ca­tion à cause de leur ori­gine. « Vous al­lez dire aux Fran­çais qui ont per­du leurs en­fants au Ba­ta­clan, à Nice que c’est pas des mu­sul­mans qui ont com­mis ces meurtres ? » s’em­porte le pro­prié­taire de plus en plus exal­té avant d’évo­quer l’as­sas­si­nat du prêtre de Saint-Etienne-du-Rou­vray. Sans perdre son sang-froid, Ra­chid in­siste : « Je suis mu­sul­man et je condamne tout au­tant que vous et j’ai la haine de tous ces actes abo­mi­nables. »

« J’ai dé­ci­dé de ne pas vous louer et de ne pas louer à des mu­sul­mans » « Il y en a quand même 10 % qui sont des as­sas­sins qui conti­nuent à faire ch... les Fran­çais »

Peine per­due. Le pro­prié­taire se lâche dé­fi­ni­ti­ve­ment : « Il y a 90 % des mu­sul­mans en France qui sont des gens cor­rects, mais il y en a quand même 10 % qui sont des as­sas­sins qui conti­nuent à faire ch... les Fran­çais et qui nous emm… Et moi ils m’ont emm… l’an­née der­nière. […] J’ai dé­ci­dé de ne pas vous louer et de ne pas louer à des mu­sul­mans. » Une se­maine après cet échange, Ra­chid reste aba­sour­di par sa vio­lence. Et par l’ai­sance avec la­quelle le pro­prié­taire a as­su­mé le mo­tif de son re­fus… Afin que son exemple serve à d’autres, Ra­chid a lui aus­si por­té plainte pour « discrimination ra­ciale au lo­ge­ment par re­fus de lo­ca­tion » avec le sou­tien de SOS Ra­cisme. Un dé­lit dont l’au­teur en­court jus­qu’à trois ans de pri­son et 45 000 € d’amende. « Face aux re­marques qui se mul­ti­plient de­puis les at­ten­tats, il ne faut plus se taire et avoir honte », in­siste-t-il.

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