Der­rière les ap­pels au ter­ro­risme, une ado­les­cente de 16 ans

EN­QUÊTE. Une ly­céenne ar­rê­tée jeu­di en Seine-et-Marne ani­mait un groupe de dis­cus­sions sur l’ap­pli­ca­tion Te­le­gram où elle re­layait la pro­pa­gande de Daech et se van­tait d’être prête à com­mettre un at­ten­tat.

Aujourd'hui en France - - TERRORISME - THIBAULT RAISSE

UNE « GROUPIE » DE DAECH as­su­mée, âgée de seule­ment 16 ans. Gla­çant pro­fil que ce­lui de cette ly­céenne de Seine-et-Marne dont l’en­goue­ment pour la cause dji­ha­diste a mo­bi­li­sé le par­quet an­ti­ter­ro­riste, la Di­rec­tion gé­né­rale du ren­sei­gne­ment in­té­rieur et les po­li­ciers d’élite du Raid ! In­ter­pel­lée le 4 août der­nier à son do­mi­cile de Me­lun (Seine-etMarne) au cours d’une spec­ta­cu­laire opé­ra­tion de po­lice (nos édi­tions du 4 août), l’ado­les­cente a été mise en exa­men hier pour as­so­cia­tion de mal­fai­teurs en lien avec une en­tre­prise ter­ro­riste cri­mi­nelle et pla­cée en dé­ten­tion pro­vi­soire.

Le dos­sier avait dé­bu­té comme le dé­man­tè­le­ment d’un ré­seau lamb­da. A l’af­fût des com­por­te­ments à risque sur les ré­seaux so­ciaux, la DGSI re­père fin juillet une chaîne de dis­cus­sion pri­vée dou­teuse sur l’ap­pli­ca­tion de mes­sa­ge­rie sé­cu­ri­sée Te­le­gram, très pri­sée des dji­ha­distes. C’est cette ap­pli­ca­tion qu’avaient uti­li­sée les tueurs du père Ha­mel à Saint-Etienne-duRou­vray pour en­trer en contact.

En garde à vue, elle as­sume sans sour­ciller son en­goue­ment pour Daech

Ce groupe de dis­cus­sion fort de quelques di­zaines de membres se plaît à re­layer la pro­pa­gande de Daech, au pre­mier rang de la­quelle les ap­pels à com­mettre des ac­tions vio­lentes. « En plus de faire de l’apo­lo­gie des crimes ter­ro­ristes, les par­ti­ci­pants de la chaîne s’échan­geaient des vi­déos d’exac­tions », sou­ligne une source proche de l’af­faire.

Mais qui se cache donc der­rière la créa­tion et l’ani­ma­tion de ce cé­nacle ul­tra-ra­di­cal ? La ré­ponse ne tarde pas, et va sur­prendre les en­quê­teurs. Grâce à des in­ves­ti- ga­tions tech­niques, l’ad­mi­nis­tra­teur du groupe est ra­pi­de­ment iden­ti­fié. Point de théo­lo­gien du dji­had ou de dé­lin­quant violent em­bri­ga­dé : les po­li­ciers ont af­faire à une ly­céenne de 16 ans par­fai­te­ment in­con­nue de leurs ser­vices. Le 3 août, l’ado­les­cente gra­vit un éche­lon dans sa rhé­to­rique dji­ha­diste, en se mon­trant cette fois dis­po­sée à en dé­coudre. « Dans une conver­sa- tion te­nue sur la chaîne, elle se dit prête elle aus­si à pas­ser à l’ac­tion », pour­suit cette source. Le mes­sage sonne comme un aver­tis­se­ment et dé­clenche son ar­res­ta­tion sui­vie de la per­qui­si­tion de son do­mi­cile. A l’in­té­rieur, ni arme ni ex­plo­sif, mais un or­di­na­teur où sont dé­cou­verts textes et vi­déos à la gloire de Daech.

Pla­cée en garde à vue, la jeune fille as­sume sans sour­ciller son en­goue­ment pour la né­bu­leuse ter­ro­riste. « Elle ne condamne ja­mais les ré­cents at­ten­tats. Au contraire, elle in­dique que ces ac­tions étaient lé­gi­times dès lors qu’il était in­ter­dit de se rendre en Sy­rie », sou­ligne un proche du dos­sier. Seule en­torse à ce sou­tien sans faille, son mes­sage du 3 août dans le­quel elle se dit vo­lon­taire pour agir à son tour. « C’était pour ri­go­ler », jure-t-elle en sub­stance.

Le pro­fil in­édit de la sus­pecte reste un mo­tif d’éton­ne­ment pour les en- quê­teurs. Sco­la­ri­sée, is­sue d’une fa­mille mu­sul­mane mo­dé­rée, sans his­toire, l’ado­les­cente n’a ja­mais fait par­ler d’elle. « Si ce n’était ce pro­fil aty­pique, ce genre d’af­faire est hé­las de­ve­nu clas­sique, presque quo­ti­dien », dé­plore un haut fonc­tion­naire. Sur en­vi­ron 270 pri­son­niers écroués pour faits de ter­ro­risme en France au­jourd’hui, seuls deux cas de femmes mi­neures avaient été jus­qu’ici re­cen­sés.

Me­lun (Seine-et-Marne), jeu­di. La ly­céenne, re­pé­rée fin juillet comme ad­mi­nis­tra­teur d’un groupe de pro­pa­gande sur In­ter­net, a été in­ter­pel­lée à son do­mi­cile.

Brienne-le-Châ­teau (Aube), le 26 juin. Du­rant l’Eu­ro, Fa­rouk Ben Abbes, fi­gure de la mou­vance ra­di­cale, avait été as­si­gné à ré­si­dence à la cam­pagne, loin de son fief tou­lou­sain qu’il vient de re­ga­gner..

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