Ques­tions d’ar­gent pour

NA­TA­TION. Le re­lais 4 x 100 m a ap­por­té la pre­mière mé­daille de ces Jeux à la France. In­vain­cu de­puis 2012, il a bu­té sur les Amé­ri­cains. Du coup, l’ex­ploit des Bleus sou­lève des in­ter­ro­ga­tions.

Aujourd'hui en France - - EN FRANCE - Rio de Ja­nei­ro (Bré­sil) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux ÉRIC BRUNA

Comp­teur ar­rê­té à 22 h 30 APRÈS PRESQUE deux jours en­tiers de plouf, la dé­lé­ga­tion fran­çaise a pous­sé un ouf de sou­la­ge­ment, dans la nuit de di­manche à lun­di, en voyant le re­lais 4 x 100 m NL dé­cro­cher la pre­mière mé­daille tri­co­lore des Jeux de Rio. Les Bleus savent qu’ils peuvent tou­jours comp­ter sur leurs quatre fan­tas­tiques, quels qu’ils soient, tou­jours au ren­dez-vous d’un po­dium in­ter­na­tio­nal de­puis 2006 (voir in­fo­gra­phie). Pour le qua­tuor bleu-blan­crouge, qui était in­vain­cu de­puis 2012, la caï­pi­rin­ha n’a pour­tant pas été fa­cile à ava­ler. Et le dé­part an­non­cé de Fa­bien Gi­lot, 32 ans, marque la fin d’une époque do­rée. En at­ten­dant une autre… Trois re­layeurs sur quatre (Me­tel­la, Gi­lot et Ma­nau­dou) ont vu la pis­cine à moi­tié vide. Un seul (Stra­vius) la consi­dère à moi­tié pleine. « Je re­pars de là avec le vi­sage plié », ré­sume Me­tel­la, qui es­saie­ra de se ven­ger sur 100 m pa­pillon. « Avec le re­cul, je pense qu’on ap­pré­cie­ra cette mé­daille », souffle Stra­vius, qui ne re­grette pas d’avoir sa­cri­fié sa de­mi-fi­nale du 200 m in­di­vi­duel pour ai­der le col­lec­tif. « On peut quand même être fiers, concède Gi­lot. On a ga­gné tel­le­ment de fois à pas grand-chose. Là, ça s’est joué dans l’autre sens… » Même si on peut dis­ser­ter sur la cou­leur du mé­tal, ce po­dium fait quand même du bien aux na­geurs fran­çais, qui comp­taient beau­coup sur Ca­mille La­court en fi­nale du 100 m dos la nuit der­nière et n’af­fi­che­ront pas le même comp­teur qu’en 2012 (7 mé­dailles). Dif­fi­cile de sa­voir ce qu’en pense le staff de la Fé­dé­ra­tion fran­çaise de na­ta­tion (FFN). Sol­li­ci­tés, Jacques Favre, le DTN, et Ro­main Bar­nier, le res­pon­sable du col­lec­tif mas­cu­lin, ont pré­fé­ré s’abs­te­nir…

L’ar­gent fait-il le bon­heur ?

Y avait-il moyen de chan­ger l’ar­gent en or ?

L’ana­lyse des chiffres est im­pla­cable. Fa­bien Gi­lot, me­neur d’hommes et âme du re­lais de­puis treize ans, en a été l e mail l o n faible. Sur un « 3 x 100 m », la France au­rait de­van­cé les Etats-Unis de 47 cen­tièmes. Sur le deuxième pas­sage de re­lais, le sprin­teur du CN Mar­seille a concé­dé 1’’08 à Mi­chael Phelps. « Fa­bien n’a pas à s’en vou­loir, il ne faut pas dé­si­gner de cou­pable », lâche Stra­vius. Certes. Les Bleus et leur staff ont dû faire un choix entre la pré­sence du ca­pi­taine, ca­pable de gal­va­ni­ser ses troupes jus­qu’aux der­niers cen­ti­mètres, et celle de Clé­ment Mi­gnon, dont la vi­tesse in­trin­sèque est dé­sor­mais su­pé­rieure à celle de son aî­né mais l’in­fluence for­te­ment in­exis­tante. « J’ai en­vie de na­ger la fi­nale, mais je me plie­rai au res­sen­ti des autres », lâ­chait le jeune Mar­seillais après les sé­ries. « On a adop­té la bonne stra­té­gie, on ne s’est pas plan­tés », as­sure Gi­lot, dont les mots ont pe­sé à l’heure du choix. Reste que les Amé­ri­cains, dans le sillage de Phelps, ont sor­ti l’ar­tille­rie lourde. L’an pas­sé, aux Mon­diaux de Ka­zan, les Fran­çais, qui évo­luaient dans un ordre dif­fé­rent (Me­tel­la, Ma­nau­dou, Gi­lot, Stra­vius), avaient été sa­crés en 3’10’’74 (les Amé­ri­cains avaient été éli­mi­nés en sé­rie). A Rio, ils sont deuxièmes en 3’10’’53… Mal­gré les re­traites suc­ces­sives (Le­veaux, Ber­nard, etc.), la pré­sence de Gi­lot main­te­nait un fil conduc­teur, une cour­roie de trans­mis­sion dans la culture de la gagne. Le dé­part de l’an­cien po­loïste, rom­pu aux ver­tus de col­lec­tif et ul­time ga­rant de la flamme, va lais­ser un vide dans et au bord du bas­sin. En at­ten­dant l’émer­gence de nou­veaux ta­lents, le 4 x 100 m re­pose sur quatre ou cinq noms (avec Lo­rys Bou­rel­ly). Et en­core, en sup­po­sant que Florent Ma­nau­dou choi­si­ra de res­pi­rer quelques mois ou an­nées de plus l’odeur du chlore. Ceux-là vont de­voir prendre leur des­tin en main et s’éman­ci­per. A Bu­da­pest, aux Mon­diaux 2017, les Fran­çais au­ront une nou­velle cou­ronne à dé­fendre. C’est là qu’on ver­ra si les hé­ri­tiers du trône ont les moyens de pro­lon­ger le règne…

L’ar­gent est-il un pla­ce­ment pour l’ave­nir ?

VI­DÉO le­pa­ri­sien.fr Les na­geurs en­flamment le Club France

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