Sti­vell, prince de Lo­rient

Il est l’une des grandes fi­gures du 46e Festival interceltique qui se pour­suit jus­qu’à di­manche à Lo­rient (Mor­bi­han). Alan Sti­vell était hier l’in­vi­té de notre cam­ping-car. L’in­ter­prète de « Tri Mar­to­lod » a chan­té pour nous a cap­pel­la.

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - Lo­rient (Mor­bi­han) De nos en­voyés spé­ciaux TEXTES : PIERRE VAVASSEUR PHO­TOS : JEAN-BAP­TISTE QUEN­TIN

C’EST L’ÉTIN­CELLE d’un sou­ve­nir : ce­lui, les week-ends dans la mai­son d’en­fance de Riom, dans le Puy-de-Dôme, de la sil­houette de son père, Georges Co­che­ve­lou, pen­chée sur la table de la salle à man­ger et construi­sant peu à peu une harpe cel­tique. « C’était comme un Stra­di­va­rius, nous ra­con­tait hier, ain­si qu’à Yann Ber­trand de France In­fo*, Alan Sti­vell, 72 ans, in­vi­té de notre cam­ping-car ga­ré à deux pas de l’es­pace Ma­rine où il s’était pro­duit la veille de­vant une salle en fu­sion. Je me sou­viens de ce mo­ment ma­gique qu’a été la pre­mière corde po­sée. Et ce son ! J’étais em­por­té par ce son ! »

A l’époque, le ga­min pre­nait de­puis l’âge de 5 ans des cours de pia­no. La harpe a tout em­por­té et le rêve du père de res­sus­ci­ter l’ins­tru­ment est au­jourd’hui exau­cé au-de­là de tous ses es­poirs. Au­des­sus de notre ca­ra­vane, le ciel s’épou­mone en rou­leaux noirs. Le barde aux 24 al­bums — le der­nier s’in­ti­tule « Am­zer », qui si­gni­fie « les Sai­sons » et sym­bo­lise à la fois le temps qui passe et le temps qu’il fait — est en pe­tite che­mi­sette blanche d’été. Tout à l’heure, dans cette ca­ra­vane trans­for­mée en stu­dio, Sti­vell fe­ra re­cu­ler l’orage en in­ter­pré­tant, a cap­pel­la et en bre­ton, un stan­dard gaé­lique ir­lan­dais : « Eib­hein ». C’est avec cette mé­lo­die très en­ve­lop­pante qu’il ouvre son tour de chant. « Nous nous étions ren­con­trés à l’hô­tel de ville, au­tour d’un vin d’hon­neur. Je l’ai in­vi­tée à dan­ser et nous avons conti­nué dans la rue. Je me sou­viens qu’elle dan­sait pieds nus. »

Quand on pa­pote mu­sique cel­tique, il y a cette ques­tion qui brûle les lèvres comme le plan­cher : comment cette culture a-t-elle fait mieux que sur­vivre et si bien pros­pé­ré que des cen­taines de mil­liers de per­sonnes se ral­lient au pa­nache de sa blanche her­mine ? Ques­tion d’évo­lu­tion et de mé­tis­sage sa­vam­ment do­sé, ré­pond Sti­vell, qui sait de quoi il parle. Il ta­qui­nait à peine sa pre­mière harpe qu’il son­geait dé­jà à l’aco­qui­ner avec des syn­thés et des gui­tares élec­triques. « Je rê­vais que les groupes de rock ou de pop in­cor­porent des élé­ments de mu­sique cel­tique, et c’est pré­ci­sé­ment ce qui s’est pro­duit. Moi qui étais un grand ti­mide, je me suis dit : Là, il faut y al­ler. »

On connaît la suite de la ga­votte, la­quelle n’est pas pro­gram­mée pour avoir une fin puisque « tout est fait pour que l’on ne re­con­naisse pas le pre­mier et le der­nier temps d’une phrase mu­si­cale. Rien ne com­mence et rien ne fi­nit. » Sau- pou­drez d’ho­ri­zons va­riés, de l’Inde au fla­men­co, re­muez tout ça à feu vif, et ser­vez bouillant. Au­jourd’hui, bour­ré de pro­jets par­mi les­quels ce­lui de « re­vi­si­ter sa Symphonie cel­tique de 1979 », Sti­vell rêve d’une harpe « qui n’existe pas », mais que la lu­the­rie élec­tro-acous­tique in­ven­te­ra un jour. Et tout re­com­men­ce­ra pour ne ja­mais fi­nir. * Re­por­tage dif­fu­sé au­jourd’hui à 6 h 55, 8 h 57, 10 h 27.

Lo­rient (Mor­bi­han), hier. Alan Sti­vell, 72 ans, a in­ter­pré­té dans notre cam­ping-car, a cap­pel­la et en bre­ton, un stan­dard gaé­lique ir­lan­dais, « Eib­hein ». Le barde aux 24 al­bums est ve­nu au Festival interceltique « dix-sept ou dix-huit fois ».

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