Sans les Grecs, pas de vin !

« Nos an­cêtres les Gau­lois… », pro­cla­maient au­tre­fois les livres d’his­toire. Sauf que d’autres peuples ont aus­si par­ti­ci­pé à la fon­da­tion de ce qui de­vien­dra la France. Comme les Grecs, ar­ri­vés par le sud.

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PAR­LER D’INVASION à pro­pos des Grecs en Gaule peut pa­raître abu­sif. Après tout, les com­pa­triotes de Pé­ri­clès n’ont im­plan­té que quelques comp­toirs sur notre fa­çade mé­di­ter­ra­néenne, créant au pas­sage des villes comme Mar­seille et Nice. Mais leur im­pact, en direct puis via les Ro­mains, est in­com­men­su­rable…

Mais au fait, comment les Grecs son­tils ar­ri­vés en Gaule ? Une des sources dont nous dis­po­sons est une lé­gende ra­con­tant la fon­da­tion de la ville de Mar­seille et rap­por­tée par Aris­tote. Pro­tis, l’un des chefs de l’ex­pé­di­tion hel­lène ayant ac­cos­té en Gaule, s’en al­la voir Nan­nos, le roi de la tri­bu des Se­go­briges, des Celtes vi­vant dans les en­vi­rons. Le mo­narque était ce jour-là en train de pré­pa­rer les noces de sa fille, Gyp­tis. La cou­tume vou­lait que cette der­nière choi­sisse son époux lors du ban­quet, en lui of­frant une coupe rem­plie d’eau. Con­vié au ban­quet, le chef grec fut élu par Gyp­tis et, en guise de ca­deau de ma­riage, Nan­nos leur don­na la ca­lanque du La­cy­don pour y fon­der une ville.

Mar­seille de­vient un comp­toir com­mer­cial où on ven­dait des cé­réales, du mé­tal et des es­claves

Ce mythe est bien en­ten­du dif­fi­ci­le­ment vé­ri­fiable. Seule cer­ti­tude : vers 600 av. J.-C., des Grecs ori­gi­naires de la ville de Pho­cée s’ins­tal­lèrent bel et bien dans la ca­lanque du La­cy­don, le lieu que nous ap­pe­lons au­jourd’hui le Vieux-Port. Ils s’éta­blirent sur la par­tie nord, à l’em­pla­ce­ment de l’ac­tuel quar­tier du Pa­nier, et édi­fièrent plu­sieurs bâ­ti­ments dont des temples, un théâtre, une ago­ra…

Ils ve­naient avant tout pour des rai­sons éco­no­miques. « Ils étaient à la re­cherche de ma­tières pre­mières dont leurs ci­tés man­quaient : des cé­réales, du mé­tal (cuivre et étain en par­ti­cu­lier) et des es­claves. L’es­sor dé­mo­gra­phique que connaissent les ci­tés grecques va éga­le­ment ame­ner de jeunes Grecs (les hommes en par­ti­cu­lier) à quit­ter par voie ma­ri­time leur ré­gion d’ori­gine pour ve­nir s’ins­tal­ler en Oc­ci­dent », ex­plique Do­mi­nique Gar­cia,

pro­fes­seur d’ar­chéo­lo­gie à l’uni­ver­si­té d’Aix-Mar­seille.

Pour cette rai­son, les nou­veaux ve­nus éta­blirent très vite des re­la­tions com­mer­ciales et pa­ci­fiques avec les tri­bus celtes, re­la­tions scel­lées par des ma­riages, ce qui ex­pli­que­rait la lé­gende de Gyp­tis et Pro­tis. Ce­pen­dant, les mou­ve­ments de po­pu­la­tion au sein de l’es­pace celte (le sac de Rome en 390 av. J.-C. par les Gau­lois, l’ex­pé­di­tion de tri­bus celtes en Grèce en 280 av. J.-C.) in­citent peu à peu les Mar­seillais à la mé­fiance. « C’est ce contexte dif­fi­cile qui va les ame­ner à faire ap­pel à leurs al­liés ro­mains pour dé­fendre les ci­tés d’An­tibes et Nice (Ni­kaïa), en­traî­nant quelques dé­cen­nies plus tard leur ins­tal­la­tion dé­fi­ni­tive et la créa­tion d’une pro­vince ro­maine », dé­taille Marc Boui­ron, ar­chéo­logue et spé­cia­liste des villes de Mar­seille et Nice.

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