Faut-il faire tra­vailler

ÉDU­CA­TION. La ren­trée se pro­file. Pour la pré­pa­rer, beau­coup de pa­rents im­posent de­voirs ou ca­hiers de va­cances à leurs en­fants. Est-ce né­ces­saire ? Les avis di­vergent.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - ÉLO­DIE CHERMANN

« ALLLEZ JADE ! Au tra­vail ! » s’épou­mone Fa­ti­ma, 45 ans. Am­brine, son aî­née, est dé­jà at­ta­blée dans la salle de sé­jour, le nez sur son Pas­se­port. « Dis, ma­man, c’est quoi, un mar­tyr ? » de­mande-t-elle, après avoir lu re­li­gieu­se­ment la le­çon sur les dé­buts du ju­daïsme et du chris­tia­nisme. Chez les Tan­nai, pas de trêve es­ti­vale. « Tous les ma­tins, de­puis le dé­but de l’été, les filles se mettent sur leur ca­hier de va­cances pen­dant une de­mi-heure, trois quarts d’heure, dé­taille Fa­ti­ma. Pas tou­jours de gai­té de coeur, il faut l’avouer. Mais ce sont des élèves moyennes. Elles ont be­soin d’en­traî­ner leur mé­moire. Si­non, elles risquent de tout ou­blier. »

Une an­goisse par­ta­gée par bon nombre de pa­rents en août au fur et à me­sure que la date de la ren­trée — fixée au 1er sep­tembre cette an­née — se rap­proche. « Deux mois et de­mi de cou­pure, ça f ait l ong ! Sa­chant qu’avec les exa­mens, des éta­blis­se­ments ont fer­mé dès mi-juin, sou­ligne Sa­muel Cy­wie, pré­sident de la PEEP Pa­ris (Fé­dé­ra­tion des pa­rents d’élèves de l’en­sei­gne­ment pu­blic). Beau­coup de fa­milles éprouvent donc le be­soin de se ras­su­rer en ache­tant des ca­hiers de va­cances. » Se­lon une étude pu­bliée l’an der­nier, 4,28 mil­lions d’exem­plaires de ca­hiers de va­cances se sont écou­lés en 2014 (+ 1,3 % par rap­port à 2013). Et on ne compte pas les mil­liers d’ap­plis pé­da­go­giques té­lé­char­gées sur smart­phones et sur ta­blettes.

Faire quelques exer­cices pour se re­mettre dans le bain en dou­ceur, pour­quoi pas ? Sur­tout quand on peine un peu dans une ma­tière. « A condi­tion de po­ser des li­mites, in­siste Jean-Marc Louis, an­cien ins­pec­teur de l’Edu­ca­tion na­tio­nale, au­jourd’hui à la tête d’un ca­bi­net de coa­ching sco­laire. Les pa­rents doivent s’af­fran­chir une fois pour toutes de l’injonction se­lon la­quelle il faut bien tra­vailler à l’école, très lourde de consé­quences en termes de stress et de pres­sion. »

Ce­la, Ca­rine Mor­dacq, as­sis­tante com­mer­ciale à Hal­luin (Nord), a mis du temps à le com­prendre. « Pen­dant des an­nées, j’ai im­po­sé à mes deux grands un ca­hier de de­voirs de va­cances avec des ob­jec­tifs à rem­plir, ex­plique-t-elle. Ré­sul­tat : tous les jours, c’était la corvée. » Elle a donc fi­ni par lâ­cher prise… Et par pri­vi­lé­gier des mo­ments d’ap­pren­tis­sage plus lu­diques. « Cette an­née, par exemple, nous sommes par­tis vi­si­ter Berlin. Ce­la a per­mis à mon fils qui suit l’op­tion al­le­mand de s’im­pré­gner de la langue mais aus­si de ré­vi­ser sans s’en rendre compte des pé­riodes im­por­tantes du pro­gramme d’his­toire. »

Il n’y a pas for­cé­ment be­soin de par­tir bien loin pour ap­prendre. « Faire les courses, vi­si­ter un mu­sée… La vie quo­ti­dienne re­gorge aus­si de si­tua­tions où l’on peut ré­vi­ser les fon­da­men­taux sans s’en rendre compte, rap­pelle Jean-Marc Louis. En va­cances, l’en­fant ne doit pas se sen­tir éco­lier mais sim­ple­ment fils ou fille de ses pa­rents. »

4,28 mil­lions de ca­hiers de va­cances ven­dus en 2014

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