« L’opi­nion pu­blique s’est ra­di­ca­li­sée »

Mar­tin Bi­schoff,

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Pro­pos re­cueillis par J.A.

CET EXPERT, ba­sé à New York, constate une forte pous­sée des re­ven­di­ca­tions so­ciales. La ques­tion so­ciale est au coeur de l’élec­tion. Pour­tant, l’éco­no­mie amé­ri­caine se porte bien… MAR­TIN BI­SCHOFF. L’éco­no­mie est en forme. Les sta­tis­tiques ne sont pas tou­jours le re­flet exact du mar­ché de l’em­ploi, mais il est sûr que le chô­mage est au plus bas (4,9 % en juin). Même si le Brexit in­quiète les chefs d’en­tre­prise car les échanges et les in­ves­tis­se­ments en Eu­rope res­tent à des ni­veaux très éle­vés, la consom­ma­tion se porte bien grâce à des cours du pé­trole et des taux d’in­té­rêt très bas. Néan­moins, ja­mais la ques­tion so­ciale n’a pris au­tant d’im­por­tance. Les Amé­ri­cains sont de plus en plus sen­sibles aux in­éga­li­tés qui se creusent entre les plus ai­sés et le L’émer­gence de la ques­tion so­ciale est un phénomène nou­veau ? Le pro­blème des i né­ga­li­tés était dé­jà au coeur du pre­mier et du se­cond man­dat de Ba­rack Oba­ma. Sa grande ré­forme, l’Oba­ma­care, consis­tant à élar­gir l’ac­cès des classes moyennes et pauvres à l’as­su­rance ma­la­die, avait pour ob­jec­tif ma­jeur de « sol­va­bi­li­ser » cette ca­té­go­rie de la po- pu­la­tion qui n’est pas tou­jours cou­verte par les as­su­rances pri­vées ni par le Me­di­caid, ré­ser­vé aux Amé­ri­cains les plus dé­mu­nis. En rai­son no­tam­ment de l ’ op­po­si­tion au Congrès et des com­pa­gnies d’as­su­rances, l’im­pact de la loi est plus li­mi­té que pré­vu. Plus ré­cem­ment, la crise des sub­primes de 2008 a ra­di­ca­li­sé l’opi­nion pu­blique amé­ri­caine, de droite comme de gauche. Mal­gré son manque d’or­ga­ni­sa­tion et d’ob­jec­tifs clairs, le mou­ve­ment Oc­cu­py Wall Street en a été une des i l l us­tra­tions les plus spec­ta­cu­laires. Même s’il fait moins l’ac­tua­li­té, ses re­ven­di­ca­tions tra­vaillent en pro­fon­deur la so­cié­té amé­ri­caine. Quels sont les prin­ci­paux ter­rains de re­ven­di­ca­tion ? Ac­tuel­le­ment, c’est tout d’abord le sa­laire mi­ni­mum. Le mou­ve­ment Fight for 15 $ se fait en­tendre ici et il com­mence à por­ter ses fruits. La cou­ver­ture ma­la­die est un autre fac­teur de rupture so­ciale. Son coût peut at­teindre 500 à 800 $ par mois pour une per­sonne cé­li­ba­taire, ce qui est pro­hi­bi­tif pour une grande par­tie de la po­pu­la­tion. En­fin, les frais de sco­la­ri­té, avec à la clé le pro­blème ex­plo­sif de l’en­det­te­ment des étu­diants, creusent eux aus­si les in­éga­li­tés. Les Amé­ri­cains in­ter­pellent au­tant les pou­voirs pu­blics que les en­tre­prises. Dans la cul­ture du pays, ces der­nières ont un rôle à jouer. Et la plu­part en sont conscientes. Sur quoi ce ma­laise peut-il dé­bou­cher ? Quel que soit le nou­veau pré­sident, il fau­dra qu’il ou elle ap­porte des ré­ponses à cette « de­mande so­ciale ». La co­lère peut-elle si­non s’exa­cer­ber ? Je pense que tant que la crois­sance se­ra au ren­dez-vous, le risque d’une ex­plo­sion so­ciale est im­pro­bable.

« Les Amé­ri­cains sont de plus en plus sen­sibles aux in­éga­li­tés qui se creusent »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.