Le grand ma­laise des ultra-riches

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Brid­ge­hamp­ton (Etat de New York) Bill, à la tête d’un gros ca­bi­net d’avo­cats JANNICK ALIMI

IN­TER­AC­TIF

c’est la part du tra­vail dans la ri­chesse na­tio­nale au­jourd’hui, alors qu’elle était de 50 % en 1980. La dif­fé­rence est pas­sée au pro­fit du ca­pi­tal : 1 000 Mds$ (900 Mds€) sont pas­sés des sa­laires aux pro­fits. PIERRE’S, c’est « the place to be » de Brid­ge­hamp­ton, une des ci­tés bal­néaires hy­per-chic des Hamp­tons, à trois heures de route de New York. Le pa­ra­dis estival des mil­lion­naires et des mil­liar­daires (une cen­taine rien qu’à New York !). Pierre We­ber, le pa­tron du res­tau­rant, les connaît bien. « Je re­çois des ar­tistes, des avo­cats, des ve­dettes du sport, des fi­nan­ciers, des mé­de­cins. Ce sont des gens dis­crets qui ne sont pas dans le show off. La po­li­tique, ils en parlent aus­si dis­crè­te­ment. »

Paul, la qua­ran­taine, chi­rur­gien à Man­hat­tan, et Dia­na, un top-mo­dèle re­con­ver­ti dans la pho­to­gra­phie, dé­jeunent lé­ger en terrasse. Ils ont deux en­fants et pos­sèdent une ré­si­dence se­con­daire de plu­sieurs mil­lions de dol­lars. Une de ces grandes « man­sions » clas­siques, ty­piques de la Nou­velle-An­gle­terre, dis­si­mu­lées der­rière des haies de ver­dure et vi­sibles seule­ment de la plage de sable pri­vée. « Nous sommes à la fois in­quiets et em­bar­ras­sés. Ni Trump ni Clin­ton ne nous sa­tis­font. Le pre­mier n’a pas d’ex­pé­rience et la se­conde en a trop, chu­chotent-ils en sou­riant. On ne leur fait pas confiance. Rien ne chan­ge­ra avec eux. On ne sait pas si on ira vo­ter. En­fin, si on vo­tait, on choi­si­rait plu­tôt Hilla­ry. »

Charles, bro­ker dans une grande banque d’af­faires, choi­si­ra l’ul­tra­li­bé­ral Ga­ry John­son, du par­ti li­ber­ta­rien. « Le sys­tème marche sur la tête. Il y a de plus en plus de SDF au pied de gratte-ciel où un ap­par­te­ment peut at­teindre 50 M$ ! De telles in­éga­li­tés sont le fruit de la ges­tion des deux par­tis tra­di­tion­nels. J’ai beau être du bon cô­té du manche, c’est in­sup­por­table et le sys­tème risque d’ex­plo­ser. »

Les ultra-riches, ces fa­meux « 1 % » de la po­pu­la­tion à la tête de 90 % de la for­tune du pays, ne vo­te­ront donc pas né­ces­sai­re­ment ré­pu­bli­cain. A l’ins­tar de War­ren Buf­fet (3e for­tune mon­diale) ou l’an­cien maire de New York Mi­chael Bloom­berg. Pour­tant, la pres­sion fis­cale dé­jà alour­die sous la pré­si­dence Oba­ma n’est pas près de s’al­lé­ger si la dé­mo­crate Clin­ton est élue : son pro­gramme coû­te­rait à ces « happy few » quelque 1 000 Mds$ (900 Mds €) sup­plé­men­taires sur les dix an­nées à ve­nir. « Beau­coup se sentent mal à l’aise d’être re­pré­sen­tés par quel­qu’un comme Trump. Ceux qui sont ré­pu­bli­cains pré­fé­re­ront pro­ba­ble­ment s’abs­te­nir. Mais la ri­chesse n’est pas for­cé­ment un fac­teur dé­ter­mi­nant de leur vote. Qu’est-ce qu’une aug­men­ta­tion d’impôt pour eux ? » ex­plique Pierre We­ber. « Les riches aux Etats-Unis aiment rendre ce que leur a per­mis d’ac­qué­rir le sys­tème ca­pi­ta­liste. Pas tel­le­ment par mo­rale ou conscience re­li­gieuse, mais parce qu’ils veulent choi­sir à qui ira une par­tie de leur ar­gent plu­tôt que de le ver­ser aux im­pôts. »

L’été, c’est la sai­son des fêtes de cha­ri­té aux Hamp­tons, des « par­ty » au bord des pis­cines des vil­las. « Les fonds col­lec­tés financent des pro­grammes de bien­fai­sance », pré­cise Pierre. Bill Gates, Mark Zu­cker­berg et 57 mil­liar­daires amé­ri­cains n’on­tils pas pro­mis de don­ner la moi­tié de leur for­tune à des oeuvres ca­ri­ta­tives ? « Les ques­tions de so­cié­té comptent au­tant que les mo­ti­va­tions fi­nan­cières, confie Bill, à la tête d’un gros ca­bi­net d’avo­cats d’af­faires. Avec Trump, je pense que les in­éga­li­tés vont se creu­ser. Et puis, je suis li­bé­ral, pour la li­ber­té de l’avor­te­ment, contre le port d’armes et pour l’éga­li­té entre les hommes et les femmes, les races et les re­li­gions. »

« Les ques­tions de so­cié­té comptent au­tant que les mo­ti­va­tions fi­nan­cières »

le­pa­ri­sien.fr Trump vs Clin­ton : l’évo­lu­tion des son­dages Brid­ge­hamp­ton (Etats-Unis), le 25 juillet. A trois heures de route de New York, cette ci­té bal­néaire hy­per-chic des Hamp­tons, re­gorge de « man­sions » clas­siques, dis­si­mu­lées der­rière des haies de ver­dure.

Brid­ge­hamp­ton, le 25 juillet. Dia­na et Paul pro­fitent de leur ré­si­dence se­con­daire dans la sta­tion et dé­jeunent sur la terrasse du Pierre’s.

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