« Hilla­ry se sou­cie­ra des gens mo­destes comme nous »

Bar­ba­ra An­der­son,

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Cle­ve­land (Ohio) 500 km Gwen­do­line, mi­li­tante J.A.

LE SLAVIC VIL­LAGE porte mal son nom. Ce quar­tier de l’est de Cle­ve­land (Ohio), une ville de 400 000 ha­bi­tants sur les bords du lac Erié, est sur­tout peu­plé d ’ Af r o - Amér i c a i n s , une po­pu­la­tion à ma­jo­ri­té noire au pou­voir d’achat très in­fé­rieur à la moyenne. Ici, la crise des sub­primes de 2008 a don­né le coup de grâce à des fa­milles dé­jà fra­gi­li­sées par le chô­mage, la drogue et la vio­lence, et ex­pul­sées par des banques sans pi­tié. « Cle­ve­land a été clas­sé comme la plus pauvre des grandes villes du pays en 2006, sou­ligne Jan Th­rope qui di­rige In­ner Vi­sions, une as­so­cia­tion de ré­ha­bi­li­ta­tion so­ciale du quar­tier. Mais le ca­ta­clysme de 2008 a pous­sé les ha­bi­tants à se re­prendre en main. » C’est sous leur pres­sion que la mu­ni­ci­pa­li­té dé­mo- crate a as­si­gné 21 banques en jus­tice. Des ré­seaux d’en­traide se sont aus­si mis en place. La bou­tique de Bar­ba­ra An­der­son, une grand­mère élé­gante de 69 ans, est de­ve­nue ain­si une bourse d’échanges où les mieux lo­tis dé­posent vê­te­ments et pe­tits ob­jets pour les plus né­ces­si­teux. C’est aus­si un lieu de vie civique où les idées po­li­tiques cir­culent. « Hilla­ry Clin­ton n’a pas que des qua­li­tés mais elle se sou­cie­ra plus que Trump des gens mo­destes comme nous », as­sure Bar­ba­ra.

De­puis le New Deal du pré­sident Roo­se­velt dans les an­nées 1930, les Noirs amé­ri­cains (11 % en­vi­ron de l’élec­to­rat), qui vo­taient jusque-là ré­pu­bli­cain, le par­ti de Lin­coln (le pré­sident qui a abo­li l’es­cla­vage), sont pro-dé­mo­crates. Après s’être for­te­ment mo­bi­li­sés en 2008 et 2012 en fa­veur de Ba­rack Oba­ma, ils ont choi­si cette an­née Hilla­ry Clin­ton, plus sus­cep­tible à leurs yeux de battre Trump que San­ders. « Il faut se ré­veiller car on a eu ten­dance ces der­nières an­nées à bais­ser les bras, in­siste An­ge­lo, un an­cien SDF de 60 ans qui tra­vaille au­jourd’hui pour ai­der les sans-abri. C’est vrai qu’Oba­ma n’a pas te­nu toutes ses pro­messes mais il en a été em­pê­ché par les ré­pu­bli­cains du Congrès. Et puis, la so­cié­té est tou­jours ra­ciste. Il faut à tout prix faire bar­rage à Trump parce que, contrai­re­ment à son slo­gan, Ame­ri­ca First (« l’Amé­rique d’abord »), il n’oeuvre pas en fa­veur de l’Amé­rique et il lut­te­ra moins contre le ra­cisme que Clin­ton. »

Même si l’em­ploi est sen­si­ble­ment re­par­ti, le Slavic Vil­lage, avec ses ter­rains vagues et ses mai­sons en bois re­ta­pées, reste une sorte de no man’s land. « Le quar­tier est ap­pe­lé le Food De­sert (dé­sert ali­men­taire), sou­pire Jan Th­rope. L’ab­sence de su­pé­rettes contraint la po­pu­la­tion à se nour­rir dans des fast-foods ce qui pro­voque des pro­blèmes d’obésité. Mais les gens ont ré­agi et se sont mis à culti­ver leurs jar­dins. Ils sont bien dé­ci­dés à chan­ger leur vie. »

Gwen­do­line, 65 ans, est une mi­li­tante de la pre­mière heure. Elle le­vait le poing aux cô­tés de la ré­vo­lu­tion­naire An­ge­la Da­vis dans les an­nées 1970. La drogue, la pri­son… Son ac­ti­visme au­jourd’hui passe par l’art, des pein­tures mu­rales et de che­va­let qui lui per­mettent de payer son loyer et de res­ter in­ves­tie so­cia­le­ment. « Je suis contre le port d’armes. Pour Trump, la po­li­tique est un jeu, voire un jouet. Il a un cha­risme né­ga­tif. Je veux voir dans ma vie la pre­mière femme pré­si­dente des Etats-Unis. C’est pour­quoi je vo­te­rai Clin­ton. »

« Pour Trump, la po­li­tique est un jeu, voire un jouet. Il a un cha­risme né­ga­tif »

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