Le scénario fou du ma­ri ja­loux

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Evry (Es­sonne) G.M.

« MON CLIENT n’a ja­mais eu l’in­ten­tion d’al­ler j us­qu’au bout. » Qu’im­porte si cet ar­gu­ment n’avait pas eu l’ef­fet es­comp­té en mai der­nier, lors d’une qua­trième de­mande de re­mise en li­ber­té de son client. Char­gé de dé­fendre un Es­son­nien ac­cu­sé d’avoir mis un contrat sur la tête de sa femme, Me Fran­çois Ar­tu­phel ten­te­ra de convaincre le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel d’Evry au­jourd’hui.

Sur le banc des ac­cu­sés, Ch­ris­tophe, un pro­fes­seur de ju­do âgé de 44 ans qui ré­si­dait à Au­thon-la-Plaine jus­qu’à son in­car­cé­ra­tion. Le pré­ve­nu va de­voir une nou­velle fois éclai­rer ses in­ter­lo­cu­teurs sur ce qu’il qua­li­fie lui-même de « scénario fou ». Un plan ma­cabre, digne d’une sé­rie po­li­cière, écha­fau­dé sur fond de pro­cé­dure de di­vorce avec la femme dont il par­ta­geait la vie de­puis près de vingt ans.

Celle qui avait quit­té son ma­ri un an plus tôt en rai­son, semble-t-il, de crises de ja­lou­sie à ré­pé­ti­tion, au­rait pu être vic­time d’un as­sas­si­nat ma­quillé en ba­nal ac­ci­dent de la route, à l’oc­ca­sion d’une séance de jog­ging. Heu­reu­se­ment pour elle et les deux en­fants qu’elle a eus avec Ch­ris­tophe, ce contrat n’a pas été me­né à bien. Presque par ha­sard, se­lon l’avo­cat de l’épouse.

Ap­pré­hen­dé dans le cadre d’une autre af­faire, l’exé­cu­tant, qui s’était por­té vo­lon­taire pour don­ner le coup de vo­lant fa­tal, n’avait pas hé­si­té à vendre la mèche, es­pé­rant peut-être un peu de clé­mence de la part des en­quê­teurs.

Un contrat à 5 000 €

La confi­dence est prise très au sé­rieux. C’est donc ac­com­pa­gné d’un agent in­fil­tré que l’in­for­ma­teur ren­con­tre­ra à deux re­prises le ju­do­ka, à Pa­ris puis à Cor­breuse, où ré­side et court sa femme.

Re­pé­rage des lieux, étude de l’em­ploi du temps et des ha­bi­tudes de la per­sonne ci­blée, pré­sen­ta­tion de sa pho­to … Au­cun grain de sable ne vient en­rayer les rouages d’un scénario bien avan­cé. Jus­qu’à ce que l’agent in­fil­tré de­mande une avance sur le paie­ment de ce contrat de près de 5 000 €. Le ma­ri se dé­leste alors de 800 €.

In­cri­mi­nante, cette avance ser­vi­ra pour­tant, une nou­velle fois, d’ar­gu­ment pour la dé­fense que pré­sen­te­ra Me Ar­tu­phel cet après-mi­di. « Ce­la montre bien qu’il ne vou­lait pas al­ler jus­qu’au bout. A-t-on dé­jà vu un contrat exé­cu­té pour 800 € ? glisse-t-il. Etait-ce vrai­ment dé­li­bé­ré ? Est-il tom­bé dans un en­gre­nage, quelque chose qu’il n’a pas su ar­rê­ter ? Est-ce qu’il n’a pas été pous­sé, pro­vo­qué, alors qu’il était dans une si­tua­tion d’ex­trême fra­gi­li­té ? Il faut que l’on com­prenne en­fin ce qu’il s’est vrai­ment pas­sé. »

Ju­gé pour avoir éla­bo­ré ce pro­jet meur­tri e r , l e pr é v e nu e ncourt dix ans de pri­son et 150 000 € d’amende. Près d’un an après avoir ap­pris le ter­rible pro­jet, sa fu­ture ex­femme, « vit tou­jours dans la peur qu’il y ait quel­qu’un d’autre » pour la tuer, rap­porte son avo­cate Ka­rine Rous­se­lot. « On a af­faire à un ma­ni­pu­la­teur qui a fait bonne fi­gure pen­dant la pro­cé­dure de di­vorce — tou­jours en cours — pour ga­gner du temps et l’éli­mi­ner », ajoute-t-elle.

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