Gar­gaud, le triomphe de la pa­tience

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Rio de Ja­nei­ro STÉ­PHANE BIAN­CHI

né le 22 juillet 1987 à Apt (84) Dis­ci­pline : Ca­noë sla­lom mo­no­place Pal­ma­rès : cham­pion d’Eu­rope par équipes (2011) ; cham­pion du monde par équipes (2010, 2011) ; cham­pion du monde en in­di­vi­duel (2011) ; cham­pion olym­pique en in­di­vi­duel (2016) IL S’EST EN­FI­LÉ les 250 m de des­cente avec un flegme im­pres­sion­nant. Il n’a qua­si­ment pas bron­ché, non plus, sous l’écran géant du White Wa­ter Park de Deo­do­ro l orsque l ’ Al­le­mand Si de­ri s Ta­sia­dis, au­teur du meilleur temps des qua­li­fi­ca­tions et des de­mi-fi­nales, s’est pris les doigts dans la porte et l’a pro­pul­sé, avant même la ligne d’ar­ri­vée fran­chie, sur la plus haute marche du po­dium. De­nis Gar­gaud avait pour­tant de quoi crier sa joie au monde en­tier hier avec son maillot à pois sur le dos, pour avoir en­fin dé­cro­ché cet or olym­pique qu’un cer­tain To­ny Es­tan­guet l’avait jusque-là em­pê­ché d’ap­pro­cher.

Comble de l’iro­nie ou sym­bole ma­gni­fique, c’est le maître de la dis­ci­pline, vice-pré­sident de la com­mis­sion des athlètes du CIO et co­pré­sident du co­mi­té de can­di­da­ture Pa­ris 2024, qui lui a pas­sé la mé­daille, celle qu’il a rem­por­tée trois fois avant lui, au­tour du cou. « Ah ! Qu’est-ce que ça m’a fait plai­sir, glisse Es­tan­guet, ra­dieux. Ce sport est in­croya­ble­ment stres­sant quand on le vit des tri­bunes. Mais De­nis n’a pas été bon, il a été énorme dans sa fa­çon de gé­rer cette pres­sion qu’il avait sur les épaules. Il a su res­ter froid. Je suis vrai­ment fier de lui car, je pense que les choses au­jourd’hui (hier) étaient plus dures pour lui qu’elles ne l’avaient été pour moi. »

Une maî­trise to­tale

Comme pour ra­jou­ter un peu de poids sur les épaules de Gar­gaud, c’est en an­té­pénul­tième po­si­tion et avec le dos­sard no 2 — soit exac­te­ment les mêmes condi­tions qu’Es­tan­guet à Londres — que Gar­gaud a pris le dé­part à 20 h 37. Et comme son aî­né, Gar­gaud a sor­ti une course maî­tri­sée de bout en bout. La pres­sion que lui avait im­po­sée la course sans faute du Slo­vaque Ma­tej Be­nus a glis­sé sur lui comme de la glace. En bou­clant le sla­lom plus vite que ses concur­rents, il a sur­tout po­sé une chappe de plomb sur les épau- les de l’Al­le­mand Ta­sia­dis qui n’a pas tar­dé à al­ler à la faute. « C’est l’autre rêve d’une vie qui se concré­tise, sou­rit le cham­pion olym­pique tout en re­te­nue. Le pre­mier était de de­ve­nir cham­pion du monde (2011). Le deuxième de de­ve­nir cham­pion olym­pique. Pour ça, il a fal­lu que ma prin­ci­pale qua­li­té, la pa­tience, s’ex­prime. Il m’a fal­lu at­tendre. Mais après coup, je me de­mande si ce n’était pas le cours des choses. To­ny était très fort à Londres, rien ne dit que j’au­rais fait pa­reil à sa place. » Seule cer­ti­tude, le Mar­seillais com­prend mieux au­jourd’hui l’ap­pé­tit de son aî­né. Car à la des­cente du po­dium, il avouait n’avoir qu’une en­vie : « Re­mon­ter là-haut, pour re­vivre tout ça en­core une fois ! »

Rio de Ja­nei­ro (Bré­sil), hier. Le ca­noë est dé­ci­dé­ment un sport qui réus­sit aux Bleus. Quatre ans après le sacre de To­ny Es­tan­guet à Londres, De­nis Gar­gaud Cha­nut s’est em­pa­ré hier de l’or olym­pique.

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