De l’or dans la fa­ve­la

Aujourd'hui en France - - AUTOUR DES JEUX - Rio de Ja­nei­ro (Bré­sil) De notre cor­res­pon­dante MORGANN JEZEQUEL

« LORS­QU’ELLE est mon­tée sur le po­dium, j’en ai pleu­ré de joie ! Toute la fa­ve­la était en fête de­vant la té­lé­vi­sion ! Elle fait la fier­té de notre quar­tier. » Dans sa pe­tite bou­tique de plantes au mi­lieu de l’ave­nue prin­ci­pale qui tra­verse la Ci­té de Dieu, Vil­ma Lopes Fer­rei­ra ne masque pas sa fier­té.

Ra­fae­la Sil­va, une ju­do­kate qui a gran­di dans cette cé­lèbre fa­ve­la de la zone ouest de Rio de Ja­nei­ro, à quelques ki­lo­mètres du parc olym­pique, a of­fert lun­di au Bré­sil sa pre­mière mé­daille d’or des JO 2016. Une vic­toire en forme de re­vanche pour cette jeune femme de 24 ans qui avait été dis­qua­li­fiée à Londres en 2012 alors qu’elle était don­née fa­vo­rite et avait souf­fert de com­men­taires ra­cistes sur les ré­seaux so­ciaux.

Une as­cen­sion ful­gu­rante

Luiz Car­los, le père de la cham­pionne, os­cille entre joie et sou­la­ge­ment. Avec son épouse, ils avaient ins­crit leur fille au ju­do pour ca­na­li­ser son agres­si­vi­té et l’éloi­gner de la vio­lence des rues de la Ci­té de Dieu. En­semble, ils ont sui­vi son as­cen­sion ful­gu­rante, mais aus­si son échec à Londres. « Ça a été une pé­riode très dif­fi­cile. Elle n’ar­ri­vait plus à com­battre, elle ne vou­lait plus por­ter le ki­mo­no », sou­ligne-t-il. Lui, la mère et la soeur de la ju­do­kate étaient au parc olym­pique, lun­di, pour sou­te­nir la jeune femme de­puis les tri­bunes. « Je l’ai vu très confiante dès ses pre­miers com­bats. J’ai dit à sa soeur de lui pas­ser le mes­sage : il fal­lait qu’elle conti­nue comme ça ! Et elle a ga­gné ! »

Grâce à ses pré­cé­dents ca­chets, la ju­do­kate a ache­té un ap­par­te­ment à ses proches, dans un quar­tier plus tran­quille près de la Ci­té de Dieu. Mais une par­tie de sa fa­mille vit tou­jours dans la fa­ve­la. « On vou­drait or­ga­ni­ser un bar­be­cue avec mes frères, mais j’at­tends de sa­voir quand elle se­ra dis­po­nible, elle est très sol­li­ci­tée ! » sou­rit Luiz Car­los.

A 3 km de la Ci­té de Dieu, les jeunes élèves de l’ONG Ins­ti­tu­to Rea­ção se sont re­trou­vés pour as­sis­ter à la suite de la com­pé­ti­tion sur un grand écran ins­tal­lé pour l’oc­ca­sion. C’est dans ce club fon­dé par l’an­cien cham­pion bré­si­lien Fla­vio Can­to que Ra­fae­la Sil­va s’en­traîne de­puis le dé­but. « On a la sen­sa­tion du de­voir ac­com­pli », af­firme Da­niel Lou­rei­ro, qui as­siste l’en­traî­neur de la ju­do­kate. « Et ce­la montre aux en­fants qui viennent du même en­droit qu’ils peuvent éga­le­ment réus­sir. » Par­mi les élèves, un est par­ti­cu­liè­re­ment en­thou­siaste. « Moi aus­si, je ga­gne­rai une mé­daille d’or ! Mais pas en 2020, car je suis trop jeune… Peut-être en 2024 ? » lance Ma­theus. Cet en­fant de 11 ans vit dans la Ci­té de Dieu.

« Notre fa­ve­la était sur­tout ré­pu­tée pour sa vio­lence, mais cette mé­daille de Ra­fae­la va lui don­ner une autre image », sou­rit Kei­la Fer­rei­ra, la mère du jeune ju­do­ka, avant d’ajou­ter : « Car chez nous, il y a en­core plein de jeunes ta­lents en de­ve­nir ! »

Rio (Bré­sil), hier. C’est ici, à l’Ins­ti­tu­to Rea­ção, une ONG si­tuée dans le quar­tier de Ja­ca­re­pa­gua, près de la Ci­té de Dieu, la fa­ve­la à l’ouest de la ca­pi­tale bré­si­lienne, que s’en­traîne Ra­fae­la Sil­va.

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