A Quim­per­lé, sui­vons ce guide

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - Quim­per­lé (Fi­nis­tère) De nos en­voyés spé­ciaux Textes : PIERRE VAVASSEUR Pho­tos : JEAN-BAP­TISTE QUEN­TIN

MÊME SI LES CRUES sont une spé­cia­li­té du cru, il n’y a ja­mais eu trois ri­vières à Quim­per­lé. Deux suf­fisent avec leur jo­li nom : l’El­lé et l’Isole. A un mo­ment, l’Isole pousse l’El­lé de l’épaule et toutes les deux font leur af­faire dans le même lit, quai Bré­zeux, au nez de mai­sons qui ont connu l’âge d’or du com­merce quim­per­lois. On im­por­tait ici le vin de Bor­deaux, le sel ache­té à Gué­rande, en Loire-At­lan­tique. On ex­por­tait le fro­ment, l’avoine et l’orge re­mi­sés au deuxième étage des ha­bi­ta­tions.

C’est qu’il s’en pas­sait des choses par ce pe­tit port qui ne paie pas de mine par ma­rée basse mais d’où — un do­cu­ment du XVIIIe siècle en té­moigne — des ba­teaux le­vaient l’ancre pour Lis­bonne. Au fait : et ce mys­tère des trois ri­vières ? Simple. L’une d’elles a hé­ri­té de deux noms au cours des siècles. En­suite, l’er­reur a sui­vi son cours. Comment le sa­vons-nous ? Parce que nous avons sui­vi le guide, cet an­cêtre du GPS. Il avait une voix d’homme, un bon sou­rire et même, preuve qu’on n’ar­rête pas le pro­grès, un pré­nom et un nom : Alain Pen­nec.

Ce Brestois d’ori­gine, fils d’un ou­vrier de l’ar­se­nal, est âgé de 69 ans. Tout Quim­per­lé le connaît : les an­ciens élèves l’ont eu comme pro­fes­seur d’his­toire-géo­gra­phie au ly­cée Ker­na­zec puis ils sont de­ve­nus ses ad­mi­nis­trés. Car Alain a été maire de 2008 à 2014, lorsque la flotte ne tom­bait pas du ciel mais re­mon­tait du fond des eaux. « J’ai été le maire des inon­da­tions », ré­sume-t-il avec un sou­rire en­core hu­mide. Ça l’a rin­cé.

Une fon­taine de sa­voir

Cet agré­gé de géo a lar­gué les amarres et s’en est re­tour­né à la source de ses pre­mières amours. L’his­toire. Elle l’a très tôt pas­sion­né. Il s’est plon­gé dans celle de la ville qu’il fré­quente de­puis qua­rante ans, en a écu­mé toutes les pierres, rap­por­té à la sur­face des sou­ve­nirs qui vé­gé­taient aux ar­chives. Il a, par exemple, rap­pe­lé aux ouailles de Cor­nouaille, païennes ou non, que l’église Notre-Dame-de-l’As­somp­tion, star gra­ni­ti­co-go­thique du quar­tier Saint-Mi­chel, au­jourd’hui clas­sée mo­nu­ment his­to­rique, a pous­sé sur les dé­si­rs du duc de Bre­tagne.

Bien sûr, Pen­nec, a pu­blié une tri­po­tée d’ou­vrages. Le der­nier est une « His­toire mé­con­nue du port de Quim­per­lé et de sa construc­tion na­vale, du XIe au XXIe siècle »*. Mais le flot du sa­voir rou­lant à l’in­fi­ni, ce père de trois en­fants qui ont cha­cun à leur fa­çon mar­ché sur ses traces, tra­vaille à la fois sur une « His­toire des inon­da­tions », une autre du ci­né­ma à Quim­per­lé et une troi­sième de l’hô­pi­tal.

Hier après-mi­di, ren­dez-vous est pris de­vant le Syn­di­cat d’Ini­tia­tive. Y au­ra-t-il du monde ? Tu parles ! Soixante per­sonnes ! Des tou­ristes bien sûr, deux jour­na­listes en soif de sa­voir et un tiers de Quim­pe­rois pur jus. Colette Da­vid, pré­si­dente de la So­cié­té d’his­toire du pays de Quim­per­lé et Ni­cole Clauss, qui di­ri­gea pen­dant vingt-deux ans l’of­fice du tou­risme, en savent quelque chose. Elles ont beau pra­ti­quer as­si­dû­ment leur chère ci­té, il y a en­core, ici et là, tel pas­sage qu’elles dé­couvrent, telle tra­verse qui les sur­prend lors­qu’il leur ar­rive d’em­prun­ter les che­mins de tra­verse. Même Xa­vier Ni­co­las, le pa­tron du mar­chand de cycles, a fer­mé son com­merce, un jour ou­vrable. Il n’avait pas un pe­tit vé­lo dans la tête. C’était aus­si pour suivre le guide. * Edi­té par la So­cié­té d’his­toire du pays de Quim­per­lé.

Quim­per­lé (Fi­nis­tère), hier. Les vi­sites d’Alain Pen­nec, an­cien pro­fes­seur d’his­toire-géo­gra­phie de­ve­nu un temps maire du vil­lage, sont prises d’as­saut par les tou­ristes et les lo­caux.

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