DAECH.

Il y a deux ans, le monde ap­pre­nait l’exis­tence de cette mi­no­ri­té d’Irak… en même temps que les souf­frances in­fli­gées par les dji­ha­distes de l’EI. Un gé­no­cide, se­lon l’ONU.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - FRÉ­DÉ­RIC GERSCHEL

C’ÉTAIT il y a tout juste deux ans, au dé­but du mois d’août 2014. La coa­li­tion in­ter­na­tio­nale di­ri­gée par les Etats-Unis n’était pas en­core consti­tuée. Au plus fort de leur avan­cée en Irak, les dji­ha­distes avaient conquis la ville de Sin­jar, puis mas­sa­cré des mil­liers de yé­zi­dis, membres d’une com­mu­nau­té consi­dé­rée (par eux) comme une secte im­pure, ado­ra­trice du diable. L’ONU a d’ailleurs qua­li­fié leur cal­vaire de gé­no­cide. Fin 2015, Sin­jar a été reprise par les forces kurdes. Mais le cal­vaire des yé­zi­dis (en­vi­ron 600 000 per­sonnes en Irak) est loin d’être ter­mi­né.

Sin­jar, ville fan­tôme

En­core au­jourd’hui, la plu­part des ha­bi­tants de Sin­jar ne sont pas ren­trés chez eux car la ville a été presque en­tiè­re­ment dé­truite du­rant les com­bats. Même chose pour les villages en­vi­ron­nants. Du coup, des cen­taines de mil­liers de yé­zi­dis vivent dans des camps de for­tune en Irak, en Syrie ou en Tur­quie. Par­fois en pleine mon­tagne. Rares sont ceux qui ont pu bé­né­fi­cier d’un programme d’ac­cueil en Eu­rope ou ailleurs. « Si rien n’est fait, les yé­zi­dis se­ront rayés de la carte. Seule une aide au re­tour sur leur terre et dans leurs fa­milles pour­ra en­rayer l’hé­mor­ra­gie. La com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale ne se mo­bi­lise pas suf­fi­sam­ment », dé­plore l’his­to­rienne Na­dia Ha­mour.

Es­claves sexuelles

Avant d’être re­pous­sés par les mi­li­ciens kurdes et les avions amé­ri­cains, les dji­ha­distes ont sys­té­ma­ti­que­ment exé­cu­té les hommes et les ado­les­cents de plus de 12 ans. Et em­me­né avec eux des mil­liers de femmes et d’en­fants pour les vendre comme es- claves sur les mar­chés, à Mos­soul (Irak) ou Ra­q­qa (Syrie). D’après plu­si eurs ONG, i l r es­te­rait en­core 3 200 cap­tives. Avec le temps, c’est sur les ré­seaux so­ciaux ou les mes­sa­ge­ries té­lé­pho­niques grou­pées comme Whats’app et Te­le­gram que les émirs et les com­bat­tants de l’EI mar­chandent leurs pri­son­nières. Comme s’il s’agis­sait de voi­tures ou de meubles. « Une fille consi­dé­rée comme vierge peut être ven­due 12 500 $ (NDLR : 11 200 €) et même da­van­tage ; une mère avec deux en­fants en­vi­ron 3 500 $ (NDLR : 3 100 €) », dé­taille un membre d’une as­so­cia­tion d’aide aux vic­times. Dans le « ca­li­fat » au­to­pro­cla­mé qui a la re­li­gion de l’ar­chive, chaque es­clave est en­re­gis­tré sur un lis­ting in­for­ma­tique avec le nom de son pro­prié­taire.

Maigre es­poir

Avec les dif­fi­cul­tés éco­no­miques ren­con­trées par les dji­ha­distes, plu­sieurs cen­taines de femmes ont pu re­cou­vrer la li­ber­té au fil du temps, moyen­nant le paie­ment d’une forte ran­çon. Par­fois plu­sieurs di­zaines de mil­liers de dol­lars, en comp­tant les com­mis­sions ré­cu­pé­rées par les pas­seurs et les dif­fé­rents in­ter­mé­diaires. Mais at­ten­tion, pré­vient Az­di­har Mu­rad, une jeune femme qui aide les ré­fu­giés en Irak : « Cer­tains en­fants sont en­doc­tri­nés et uti­li­sés par l’EI comme chair à ca­non, ils ne sor­ti­ront pas. D’autres fois, des ran­çons sont ver­sées par les fa­milles mais les dji­ha­distes gardent leurs otages quand même. » Viols ré­pé­tés, vio­lences, pri­va­tions en tous genres : les té­moi­gnages des res­ca­pées se re­coupent. Pour ces femmes sor­ties de l’enfer, tout est à re­cons­truire. @fger­schel

Za­kho (Kur­dis­tan ira­kien), le 23 août 2014. Des yé­zi­dis, dont beau­coup de femmes, ont tra­ver­sé à pied les mon­tagnes du nord du pays pour échap­per aux mas­sacres, avant de trou­ver des re­fuges de for­tune.

Nord de l’Irak, le 5 mai 2016. Comme cette jeune femme de 18 ans qui a réus­si à s’en­fuir, des mil­liers de yé­zi­dies tom­bées aux mains de Daech de­viennent des es­claves, ven­dues sur les mar­chés, sont vio­lées et vio­len­tées.

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