Lac­ta­lis, le faux « ami » des éle­veurs lai­tiers

AGRI­CUL­TURE. Xa­vier Beu­lin, pré­sident de la FNSEA, vi­si­tait hier une ferme en­det­tée. Le géant des pro­duits lai­tiers, ju­gé res­pon­sable de la crise, était sur toutes les lèvres.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - Sul­niac (Mor­bi­han) De notre en­voyée spé­ciale BÉRANGÈRE LEPETIT

EN BRE­TAGNE, cette en­tre­prise est par­tout. Son nom ap­pa­raît au dé­tour des routes dans l’ar­rière-pays de Vannes (Mor­bi­han), au coin des champs. Noir sur blanc sur une bâche en plas­tique. « Lac­ta­lis fait mou­rir les éle­veurs ». Elle est aus­si sur toutes les lèvres. « Avec Lac­ta­lis, les dis­cus­sions sont vrai­ment dif­fi­ciles », a mar­te­lé hier Xa­vier Beu­lin, le pré­sident de la FNSEA (Fé­dé­ra­tion na­tio­nale des syn­di­cats d’ex­ploi­tants agri­coles) à l’oc­ca­sion d’un dé­pla­ce­ment dans une ferme lai­tière en­det­tée, un an après le mou­ve­ment des éle­veurs qui avait blo­qué la France en­tière.

« Lac­ta­lis, notre ami qui vend au monde en­tier la marque France mais achète le lait au prix mon­dial », a aus­si at­ta­qué, plus vé­hé­ment, An­dré Bon­nard, res­pon­sable de la FNPL (Fé­dé­ra­tion na­tio­nale des pro­duc­teurs lai­tiers).

Cet été, fi­ni les blo­cages de rond­spoints et d’au­to­routes, les pa­lettes et les pneus qui brûlent de­vant des su­per­mar­chés pour dé­non­cer les prix trop bas qui étouffent les pro­duc­teurs. Seules quelques ac­tions très ci­blées visent de­puis juillet, dans l’ouest du pays, des sites in­dus­triels. Tous, presque, ap­par­tiennent… au groupe Lac­ta­lis, pro­prié­taire des marques Pré­sident, Lac­tel, la Lai­tière, et dont dé­pend au­jourd’hui un éle­veur sur cinq en France. Le lea­deur mon­dial des pro­duits lai­tiers trans­for­més, ba­sé à La­val (Mayenne), au chiffre d’af­faires de 17,5 Mds€ qui em­ploie 75 000 per­sonnes dans le monde achète ac­tuel­le­ment le lait au prix le plus bas pra­ti­qué en France, soit 25 cen­times le litre (contre 30 cen­times l’été der­nier). L’in­fluente mul­ti­na­tio­nale, qui ex­porte dans le monde en­tier ses fro­mages pas­teu­ri­sés, est par­tout, et pour­tant elle ne veut être nulle part. Sys­té­ma­ti­que­ment, elle re­fuse de ré­pondre à la presse — contac­té hier, son porte-pa­role n’a pas sou­hai­té s’ex­pri­mer — et son PDG, Em­ma­nuel Bes­nier, 46 ans, est l’un des pa­trons les plus mys­té­rieux de France. A tel point que seules quelques photos de lui cir­culent.

Dans un cour­rier, lun­di, Xa­vier Beu­lin a de­man­dé of­fi­ciel­le­ment à ren­con­trer ce mil­liar­daire très discret « pour évi­ter la sur­en­chère mé­dia­ti- que qui ne peut conduire qu’à plus de déses­poir et de co­lère ». Pour l’heure, elle reste lettre morte. Dans les rangs de la FNSEA, hier, on dou­tait même qu’Em­ma­nuel Bes­nier daigne ré­pondre. « Cette en­tre­prise, par son opa­ci­té et son at­ti­tude, ver­rouille com­plè­te­ment les né­go­cia­tions et bloque toute sor­tie de crise », confie un proche de Xa­vier Beu­lin.

L’une des pistes avan­cées par le syn­di­cat est la mise en place, à tra­vers la loi Sa­pin 2, de contrats fixes qui per­mettent une meilleure ré­par­ti­tion de la va­leur entre l’in­dus­triel et l’éle­veur. Oui, mais voi­là. Alors que deux réunions sont pré­vues dé­but sep­tembre sur la crise, l’une à Pa­ris, l’autre au châ­teau de Cham­bord en pré­sence de l’en­semble des mi­nistres eu­ro­péens de l’Agri­cul­ture, im­pos­sible de savoir ce qu’en pense le lea­deur mon­dial.

L’in­dus­triel achète le lait au prix le plus bas pra­ti­qué en France

Sul­niac (Mor­bi­han), hier. Xa­vier Beu­lin, pré­sident de la FNSEA, a dé­non­cé le dia­logue dif­fi­cile avec le groupe Lac­ta­lis, lors de sa vi­site d’une ferme lai­tière en­det­tée.

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