« J’ai dor­mi avec lui, dans ses bras »

Aujourd'hui en France - - AUTOUR DES JEUX - Rio de Ja­nei­ro (Bré­sil) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux Propos re­cueillis par ÉRIC MI­CHEL

La mé­daille d’or d’As­tier Ni­co­las nous ra­conte en ex­clu­si­vi­té les pre­mières heures de sa vie avec le ca­va­lier fran­çais, cham­pion olym­pique de concours com­plet par équipes. « À L’HEURE où vous me l i sez, je suis en­core bien ac­cro­chée, ca­chée sous sa veste quelque part au-des­sus de l’At­lan­tique. J’ai dé­jà quit­té Rio. Il n’y a pas eu be­soin de taxe de sur­charge à l'aé­ro­port pour m’en­vo­ler : je ne pèse que 500 g. Tout juste ai-je fait bi­per en pas­sant les por­tiques de sé­cu­ri­té à l’aé­ro­port. Ce sont peut-être mes 6 g d’or pur qui ont af­fo­lé la sé­cu­ri­té. Ça fait cent quatre ans dé­jà que moi et mes an­cêtres ne sommes plus com­po­sées d’or pur. Si mon maître veut me vendre à l’ar­ri­vée, il en ti­re­ra au cours du jour en­vi­ron 500 €. Mais je doute qu’il le fasse car je suis trop pré­cieuse. Je n’ai pas de prix.

Qui suis-je ? La mé­daille d’or du ca­va­lier de concours com­plet As­tier Ni­co­las, le pre­mier Sei­gneur des an­neaux tri­co­lore. Il m’a ga­gné avec ses trois co­pains de l’équipe de France. Oui, j’ai dé­jà quit­té Rio, di­rec­tion la France et la Nor­man­die où As­tier est at­ten­du pour un nou­veau concours, au Ha­ras du Pin, tout près de chez lui. J’ima­gine l’ac­cueil qu’on va re­ce­voir là-bas : je vais en­core être pleine de taches de doigts. Pour ce long vol du re­tour, je ne voyage pas seule. J’ai ma co­pine avec moi, la mé­dail l e d ’ a r - gent qu’As­tier a ga­gnée tout seul. Elle est un peu j al ouse, on ne parle pas beau­coup d’elle de­puis deux jours. C’est à moi que re­viennent tous les hon­neurs. C’est tou­jours comme ça. Ca ne me dé­plaît pas. Mais ça fait du bien de se re­po­ser un peu.

Parce que de­puis mar­di, As­tier m’en a fait voir de toutes les cou­leurs. Je l’aime bien ce­lui-là : il a une bonne bouille. Il est sym­pa, sou­riant, dis­po­nible. Il e s t j e une e t v i t avec son temps. L’autre soir, à l’aube chez vous en France, après les sol­li­ci­ta­tions d’usage, il a failli me don­ner le mal de mer en me se­couant dans tous les sens. Il a joué au DJ au Club France au son de All Night Long de Lio­nel Ri­chie. J’ai bien ai­mé. On va bien s’en­tendre tous les deux : il n’a pas l’air de se prendre pour un autre, même en me ser­rant fort dans ses mains. Je crois qu’il m’aime bien. Quand on est par­tis se cou­cher vers 3h30, j’ai même dé­jà dor­mi avec l ui, dans ses bras. Ne soyez pas ja­louses les filles, je ne suis faite que de mé­tal.

En tout cas, il ne m’a en­core ja­mais dé­cro­chée de son cou, de peur de me perdre. Mais il m’a mon­trée à tout le monde. J’ai sen­ti une joie et une fier­té au-de­là de l’ima­gi­nable dans ses yeux. Il pa­raît qu’on fait le même ef­fet à tout le monde. Hier ma- tin, quand nous sommes re­par­tis à Deo­do­ro, lieu de ses ex­ploits pour une dernière séance photo bré­si­lienne, il m’a même cro­quée, une tra­di­tion, pa­raît-il. Puis , quand nous sommes al­lés dire au re­voir au vil­lage olym­pique, As­tier avait la larme à l’oeil. C’était l’aube du pre­mier jour du reste de sa vie. Une vie que moi, pe­tite pièce d’or, j’ai chan­gée à tout ja­mais. »

« Pour ce long vol du re­tour, je ne voyage pas seule. J’ai ma co­pine avec moi, la mé­daille d’ar­gent qu’As­tier a ga­gnée tout seul. » « Il m’a même cro­quée, une tra­di­tion pa­raît-il »

Rio de Ja­nei­ro (Bré­sil), mar­di. Le ca­va­lier tri­co­lore As­tier Ni­co­las avec ses pré­cieuses mé­dailles.

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