Coques en stock

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - Riec-sur-Be­lon (Fi­nis­tère) De nos en­voyés spé­ciaux Textes : PIERRE VAVASSEUR Photos : JEAN-BAP­TISTE QUEN­TIN

TOUT EST AF­FAIRE de dé­cor, écri­vait Louis Ara­gon. C’est si vrai en Bre­tagne, ce pays fian­cé avec la lu­mière. No­tez qu’il faut al­ler cher­cher ses tré­sors comme des Po­ké­mon. Ain­si hier, de la bruyère de Quim­per­lé si jo­li­ment chan­tée par Bour­vil, nous avons fait un saut de plus à Riec-sur-Be­lon pour nous lais­ser glis­ser, 4 km en bas du vil­lage, jus­qu’à son ria.

Le ria de Riec ? Com­ment dire ? C’est un cap, c’est une pé­nin­sule de l’huître. Vu d’en haut, entre la côte de Moë­lan, en face, et la rive droite où nous nous trou­vons, l’en­droit doit res­sem­bler à une po­chette de soie glis­sée dans une bou­ton­nière de terre et de mer. Les ba­teaux au mouillage n’y craignent pas la tem­pête. Ils passent ici leur vie en va­cances. Ce scin­tillant mou­choir de poche bor­dé par les bas­sins huî­triers est dé­li­ca­te­ment par­fu­mé d’un mé­lange d’iode et de vase. On s’y croit en ré­serve du monde. L’agi­ta­tion n’est pas la bien­ve­nue. Les ai­grettes jouent les star­lettes. Une patte re­pliée, elles res­semblent à des ins­pec­trices des tra­vaux fi­nis.

Nous sommes re­ve­nus voir Anne, croi­sée l’an­née dernière en coup de vent ma­rin. A l’époque, elle était en­ceinte. Son pe­tit gar­çon, Ma­lik, que lui a don­né Imed, a au­jour- d’hui 11 mois. Il se­ra la qua­trième gé­né­ra­tion d’une fa­mille qui tient ici, de­puis Mi­chel le grand-père, puis l’oncle Guy, cette es­cale de dégustation po­sée en im­passe au bout du che­min. De loin, l’en­droit a un look de han­gar, une ter­rasse dé­coif­fée sous ses pa­ra­sols. A l’in­té­rieur, il y a un coin mu­sée. C’est coques en stock et fos­siles à go­go. Quatre cents spé­ci­mens rap­por­tés du monde en­tier. Thaï­lande, Pa­ta­go­nie, Co­rée, îles Sa­lo­mon, Chi­li, Dji­bou­ti… Il y a même une co­quille, im­pres­sion­nante, ré­cu­pé­rée à Cha­lon-surSaône. Comme quoi la Bour­gogne sait comp­ter de cep à huître…

« La col­lec­tion a 62 ans, pré­cise Anne. Elle aug­mente par le bouche-à-oreille. Des clients nous en ap­portent. Les der­nières ar­rivent de Grèce et de Mayotte. » Les tou­ristes aus­si dé­barquent des quatre coins de la pla­nète. C’est la bonne fran­quette po­ly­glotte. La carte est écrite à la main, les pro­duits pê­chés à pied. Il fait chaud sous le so­leil et frais dans l’as­siette. En ce mo­ment, c’est le bon mois pour la lai­teuse, mais si vous en pin­cez pour les crus­ta­cés, la mai­son vous grille­ra un ho­mard qui tue.

Un tour au châ­teau du Be­lon

Si vous vous poin­tez sans pré­ve­nir, pré­voyez de pa­tien­ter. Il n’y a pas le feu au ria. Pro­fi­tez-en pour al­ler chu­cho­ter, tout à cô­té, à l’oreille d’une pe­tite mai­son so­li­taire, veilleuse du temps qui passe, po­sée le long d’un sen­tier de pro­me­nade. C’est un an­cien « chan­tier », tel qu’on nomme aus­si le com­merce d’Anne. Un chêne y verse ses en­trailles. La bâ­tisse n’est pas à vendre. C’est le vent qui ha­bite là, ajou­té au si­lence des nuits.

Sous nos pieds, les co­quilles sont aus­si nom­breuses que les cailloux. Elles sont si plates qu’on peut en ra­mas­ser une et la glis­ser dans son por­te­feuille. N’avons-nous pas croi­sé sur la route, tout à l’heure, un ha­meau qui s’ap­pelle Ker­sou­ve­nir ? Mais la route nous ap­pelle. Sa­luons Anne et le chat Ti­mo. A la re­voyure, on re­pas­se­ra. En at­ten­dant, on vous en­voie du monde. Sur le che­min qui re­monte au cam­ping-car, les huî­trières du châ­teau de Be­lon sont une ins­ti­tu­tion de­puis 1864. Je­tons-y un oeil. C’est portes et co­quilles ou­vertes à lon­gueur d’an­née. La ri­vière du Be­lon offre un spot de dégustation. Les peintres de l’école de Pont-Aven sor­taient de leur co­quille pour faire leurs classes ici. Tout est af­faire de dé­cor.

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