RE­POR­TAGE.

Après deux mois de com­bats, les forces kurdes contrôlent dé­sor­mais la qua­si-to­ta­li­té de cette ville du nord de la Sy­rie qui ser­vait de car­re­four d’ap­pro­vi­sion­ne­ment stra­té­gique au groupe Etat is­la­mique.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Man­bidj (Sy­rie) De notre en­voyé spé­cial ALEXANDRE TOUCHARD C. M

LA CO­LONNE de fu­mée noire et les cla­que­ments d’armes au­to­ma­tiques laissent pré­sa­ger l’in­ten­si­té des com­bats. Après neuf se­maines d’of­fen­sive pour re­con­qué­rir Man­bidj, les Forces dé­mo­cra­tiques sy­riennes (FDS), com­po­sées pour l’es­sen­tiel de Kurdes et ap­puyées par les frappes aé­riennes de la coa­li­tion in­ter­na­tio­nale me­née par les Etats-Unis, sont sur le point de faire chu­ter ce fief du groupe Etat i sl amique. De­puis j an­vier 2014, les dji­ha­distes uti­lisent cette ville de 100 000 ha­bi­tants si­tuée dans le nord de la Sy­rie, à une tren­taine de ki­lo­mètres de la fron­tière turque, comme plaque tour­nante par l aquelle tran­sitent com­bat­tants étran­gers, armes mais aus­si pé­trole ven­du en contre­bande en Tur­quie.

Dans les rues vi­dées de leurs ha­bi­tants, les im­meubles dé­char­nés offrent un pay­sage de dé­so­la­tion. L’avan­cée se fait sous es­corte, les com­bat­tants de Daech ins­tal­lant des mines dans les zones per­dues. Du haut d’un im­meuble re­con­ver­ti en base avan­cée, Roj, de son vrai pré­nom William, scrute le centre-ville der­rière une mi­trailleuse lourde. Ce com­bat­tant fran­çais de 46 ans ex­plique la si­tua­tion. « De­puis un mois, nous en­cer­clons les forces de Daech qui sont re­tran­chées dans un pé­ri­mètre d’en­vi­ron 500 m. Il reste des ti­reurs em­bus­qués et des mines. Notre avan­cée est ai­dée par les frappes de la coa­li­tion. » William a re­joint les uni­tés de pro­tec­tion du peuple kurde il y a qua­torze mois. « Je compte res­ter jus­qu’à la chute du groupe Etat is­la­mique. Les at­taques du 13 No­vembre ont eu lieu à deux pas de chez moi. J’en ai eu marre et j’ai dé­ci­dé de ve­nir com­battre. »

Au deuxième étage, les com­bat­tants kurdes ins­pectent des images aé­riennes de la ville sur une ta­blette. « Nous en­voyons nos po­si­tions et celles de Daech au centre de com­man­de­ment des forces de la coa­li­tion in­ter­na­tio­nale qui font la liai­son avec les avions pour bom­bar­der les po­si­tions des dji­ha­distes », ex­plique l’un d’eux. Une com­bat­tante kurde de 22 ans as­sure que la ville sera bien­tôt en­tiè­re­ment re­con­quise. « Les opé­ra­tions sont un suc­cès, c’est une ques­tion de jours avant que nous ne puis­sions dé­cla­rer la vic­toire, lance-t-elle. J’ai re­joint les uni­tés de pro­tec­tion du peuple pour ma li­ber­té et pour celle des femmes. Les femmes com­battent sur tous les théâtres d’opé­ra­tions pour la li­bé­ra­tion de la so­cié­té. Il y a en­core des ci­vils entre les mains des ter­ro­ristes. »

Les is­la­mistes re­culent à Syrte

Des dé­fla­gra­tions sèment la pa­nique

Plu­sieurs dé­fla­gra­tions sui­vies de hur­le­ments sèment la pa­nique. Une cin­quan­taine de ci­vils par­viennent à fuir les zones en­core contrô­lées par Daech. Un père de fa­mille porte son fils dans les bras. L’en­fant a sau­té sur une mine. Il ne sur­vi­vra pas. Les femmes lèvent le voile de leur ni­qab, lais­sant ap­pa­raître des re­gards apeu­rés. Un com­bat­tant des FDS offre une ci­ga­rette à un homme qui la fume d’une bouf­fée. « Ce­la fait presque trois ans que je n’avais pas fu­mé. Avec Daech, nous n’avions pas le droit de nous ra­ser, de fu­mer ou d’écou­ter de la mu­sique ! »

La cha­leur étouf­fante ne dé­cou­rage pas les membres des Forces dé­mo­cra­tiques sy­riennes. Ah­mad, un jeune vo­lon­taire arabe, l’as­sure : « Après Man­bidj, nous li­bé­re­rons AlBab et l’en­semble du Nord sy­rien. » C’est une vic­toire si­gni­fi­ca­tive. Les forces pro­gou­ver­ne­men­tales li­byennes, sou­te­nues par l’avia­tion amé­ri­caine, ont re­pris aux dji­ha­distes de Daech plu­sieurs sec­teurs clés de la ville de Syrte. Les troupes fi­dèles au gou­ver­ne­ment d’« union na­tio­nale » (GNA) se sont ain­si em­pa­rées du centre de confé­rences Oua­ga­dou­gou, un com­plexe qui abri­tait le QG du groupe Etat is­la­mique en Li­bye, ba­sé à Syrte de­puis juin 2015. « La ba­taille de Syrte a at­teint sa phase ul­time », a dé­cla­ré hier le gé­né­ral Mo­ha­mad al-Ghass­ri, porte-pa­role des forces du GNA. Mais les dji­ha­distes contrôlent tou­jours cer­tains sec­teurs de la ville, si­tuée à 450 km de la ca­pi­tale, Tri­po­li. L’of­fen­sive du gou­ver­ne­ment d'« union na­tio­nale » pour re­prendre Syrte avait dé­bu­té le 12 mai, avec le sou­tien de l’ONU. En dif­fi­cul­té, les Li­byens avaient de­man­dé l’in­ter­ven­tion des forces amé­ri­caines, qui ont com­men­cé leurs frappes le 1er août der­nier. D’après le « Wa­shing­ton Post », des sol­dats amé­ri­cains des forces spé­ciales au­raient eux aus­si été mis à contri­bu­tion, ap­por­tant une aide di­recte, au sol, aux troupes li­byennes.

Les Forces dé­mo­cra­tiques sy­riennes com­mu­niquent leur po­si­tion et celle de Daech aux avions de la coa­li­tion in­ter­na­tio­nale, avec des ta­blettes.

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