« J’avais be­soin d’être là »

IN­CEN­DIE. Comme Mé­la­nie, une ha­bi­tuée du Cu­ba libre, plus de 300 per­sonnes se sont ras­sem­blées hier à Rouen en hom­mage aux vic­times du feu qui a ra­va­gé le bar sa­me­di.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Rouen (Seine-Ma­ri­time) De notre en­voyée spé­ciale ZARHA BOUTLELIS

TE­NUES BLANCHES, yeux em­bués de larmes et lâ­cher de bal­lons. C’est l’image qui res­te­ra du ras­sem­ble­ment or­ga­ni­sé hier en mé­moire des vic­times de l’in­cen­die du Cu­ba libre, « pour en­fin pou­voir com­men­cer à faire le deuil et es­sayer de dor­mir », af­firme tris­te­ment Ni­co­las, l’un des res­ca­pés de cette tra­gique soi­rée. Dans la nuit de ven­dre­di à sa­me­di, treize per­sonnes ont pé­ri, pri­son­nières du sous-sol de l’éta­blis­se­ment où Ophé­lie fê­tait ses 20 ans. Un in­cen­die pro­vo­qué par les bou­gies du gâ­teau qui ont en­flam­mé le re­vê­te­ment pho­nique du sous-sol, se­lon les pre­miers élé­ments de l’en­quête.

Face à la de­van­ture du bar noir­cie par les flammes, bar­rée par des plaques d’ag­glo­mé­ré, plus de 300 per­sonnes se tiennent en si­lence sur l’ave­nue Car­tier, fleurs ou bou­gies à la main, prêtes à les dé­po­ser sur les grilles où se trouvent dé­jà des di­zaines de pe­tits mots.

C’est sur ce même trot­toir que se te­nait ven­dre­di soir Mo­ha­med, le ma­ri de­puis cinq ans de Ju­lie, l’une des vic­times qui sera in­hu­mée jeu­di. « Nous étions in­vi­tés à cet an­ni­ver­saire, je connais­sais bien Sa­rah, Ka­ri­ma, Jen­ni­fer (NDLR : des vic­times). Je suis sor­ti un mo­ment pour fu­mer une ci­ga­rette avec d’autres amis et d’un coup j’ai vu un mou­ve­ment de foule, j’ai pen­sé à une ba­garre avant de com­prendre qu’il s’agis­sait d’un in­cen­die et que ma femme était coin­cée en bas… » ex­plique-t-il, avant que les larmes ne coupent son ré­cit. « Il a es­sayé de ren­trer avec des amis pour sor­tir ceux qui étaient coin­cés mais le pa­tron du bar les en a em­pê­chés… » pour­suit le frère de Mo­ha­med, les yeux rou­gis par l’émo­tion.

Une ving­taine de proches et d’amis sont à l’ini­tia­tive de ce ras­sem­ble­ment. I l s sont ve­nus vê­tus de tee-shirts ren­dant hom­mage à leurs amis. Ain­si Shau­na qui en porte un à l’ef­fi­gie de son amie Ka­ri­ma, griè­ve­ment bles­sée dans l’in­cen­die et tou­jours hos­pi­ta­li­sée dans un état grave au ser­vice des grands brû­lés de l ’ hô­pi­tal Saint- Louis de Paris : « Bats-toi prin­cesse », est-il écrit. « J’ai écour­té mes va­cances pour ve­nir, c’est im­por­tant pour moi d’être là au­jourd’hui, confie-t-elle, nous avons be­soin d’être cou­ra­geux face à ce drame. »

Mé­la­nie, une ha­bi­tuée du Cu­ba libre, a éga­le­ment te­nu à être pré­sente, elle qui se voit comme une sur­vi­vante. « J’au­rais pu mou­rir à l’in­té­rieur, ça fait plu­sieurs jours que je ne peux plus dor­mir, j’avais be­soin d’être là pour faire mon deuil. »

« Notre se­maine a été ex­trê­me­ment dif­fi­cile, il n’y a pas de mot pour dé­crire ce qui s’est pas­sé, sur­tout pour les pa­rents des vic­times », souffle la tante d’Ophé­lie, avant d’al­ler ré­con­for­ter la grand-mère de la jeune fille.

A 18 heures, une mi­nute de si­lence est ob­ser­vée, en­tre­cou­pée par des pleurs. Après quelques mots d’un proche qui évoque « un mo­ment de re­cueille­ment et non de co­lère », des bal­lons sont lâ­chés dans le ciel : des blancs et quelques verts « pour Ka­ri­ma, parce que le vert, c’est la cou­leur de l’es­poir ».

Une mi­nute de si­lence en­tre­cou­pée par des pleurs

Rouen (Seine-Ma­ri­time), hier. Des proches des vic­times, à l’ini­tia­tive de ce ras­sem­ble­ment, por­taient des tee-shirts sur les­quels s’af­fi­chaient les vi­sages sou­riants de leurs amis.

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