Tcheu­méo coeur d’ar­gent

- 78 kg

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Rio (Bré­sil) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux SAN­DRINE LE­FÈVRE

A H T C H O U MI ! Elle était ve­nue pour l’or et prendre une re­vanche sur Londres et son bronz e , mais qu’ i mporte, presque. Au terme d’une jour­née me­née tam­bour bat­tant, Au­drey Tcheu­méo a dé­cro­ché une belle mé­daille d’ar­gent en moins de 78 kg.

Drôle de des­tin que ce­lui de cette ga­mine de Bon­dy (Seine-Saint-De­nis) qu’on avait quit­tée en larmes un soir d’août 2012 à Londres. « Je ne vou­lais pas ça, je ne vou­lais pas ça », n’avait-elle alors de cesse de ré­pé­ter. Elle avait 22 ans à peine, six an­nées de ju­do der­rière elle, et dé­jà des rêves plein la tête. Hier, à la Ca­rio­ca Are­na, lorsque l’Amé­ri­caine Ha­ris­son a pris le des­sus, « Tchou­mi » s’est conte­nue dans les bras de Ca­thy Fleu­ry, son en­traî­neur. On ne peut qu’ai­mer, on ne peut qu’ado­rer cette Mike Ty­son des t at amis aux mul­tiples ta­touages, qui avait pro­mis de se re­le­ver.

On au­rait même bien vou­lu l’ac­com­pa­gner sur le ta­pis pour l’ai­der, elle qui s’était ju­ré de dé­cro­cher l’or à Rio. « La dé­cep­tion de Londres, je ne l’ai ja­mais vrai­ment di­gé­rée, je n’ai tou­jours pas re­gar­dé ce com­bat per­du en de­mi-fi­nale, je crois d’ailleurs que je ne le re­gar­de­rai ja­mais. ». Tcheu­méo est un ov­ni. « Le ju­do, ces sa­luts, ces trucs bi­zarres, je n’y com­pre­nais rien au dé­but », se marre-t-elle. C’est un co­pain de ci­té qui l’a em­me­née un jour au Do­jo de Ville­momble. « Je traî­nais en bas de chez moi, alors je l’ai ac­com­pa­gné pour voir ce que c’était. »

Elle au­rait pu n’être qu’une étoile fi­lante dans cet d’uni­vers très co­di­fié. An­cienne foot­bal­leuse, dingue de boxe, là voi­là qui, un temps, a rê­vé d’un des­tin à la Se­re­na Williams. Ça Née le 20 avril 1990 à Bon­dy (Seine-Saint-De­nis) Dis­ci­pline : ju­do (- 78 kg). Club : Ville­momble. Pal­ma­rès : mé­daillée d’ar­gent olym­pique (2016) et de bronze olym­pique (2012) ; cham­pionne du monde (2011) ; cham­pionne d’Eu­rope (2011, 2014, 2016). fai­sait rire les co­pines, pas elle. « Je suis dans mon monde, et alors ? » clame la jeune femme qui as­sume, jure mal­gré la ten­dresse qui l’anime de ne « pas être so­ciable ». « Je suis une so­li­taire, une so­li­taire qui rêve de réus­sir dans tous les do­maines, his­toire de faire fer­mer leur bouche à cer­taines per­sonnes. »

Dans le vi­seur, ceux qui n’ont pas cru en elle. « Je ne suis pra­ti­que­ment pas al­lée à l’école, et alors ? Après un BEP v e nt e , o n a vou­lu que je fasse des études, le double pro­jet dit-on, je leur ai dit à tous : Mais lais­sez-moi tran­quille ! » La môme s’en est sor­tie. Outre ses ta­lents de ju­do­kate, elle a créé sa marque de fringues. « THS Paris, avec le T de Tcheu­méo », an­nonce-t-ell. Elle a com­men­cé des cours de design, n’a pas été au bout, mais qu’im­porte. Le ré­sul­tat est bluf­fant, les mo­dèles aux ac­cents j apo­nais — le man­teau Bu­shi­do ou le pan­ta­lon Ma­ta — car­ré­ment réus­sis. « C’est chic, des amis m’ont ai­dée, dont Dex, mon sty­liste. C’est moi qui dé­cide de tout, après l’été je m’y re­mets à fond. » Même avec une mé­daille d’ar­gent, la jeune femme ca­bos­sée a de quoi être fière. Et dès la fin de sa fi­nale, hier, Tchou­mi a pro­mis d’es­sayer d’ar­ra­cher l’or, dans quatre ans, à To­kyo.

« Je ne suis pra­ti­que­ment pas al­lée à l’école, et alors ? »

Rio (Bré­sil), hier. Au­drey Tcheu­méo a été bat­tue en fi­nale par l’Amé­ri­caine Kay­la Har­ri­son sur ip­pon.

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