Femme, hal­té­ro­phile et alors ?

Aujourd'hui en France - - AUTOUR DES JEUX - Rio de Ja­nei­ro (Bré­sil) D’un de nos en­voyés spé­ciaux Gaëlle Nayo-Ket­chanke, hal­té­ro­phile STÉ­PHANE BIANCHI

LA DATE et l’heure sont gra­vées dans son es­prit. Le 12 août à 15 h 30 (heure lo­cale), Gaëlle NayoKet­chanke (28 ans) dis­pute ses pre­miers Jeux olym­piques. Si la double cham­pionne de France ( 2015, 2016) connaît son heure de pas­sage par coeur, c’est, bien sûr, parce qu’elle rêve de gla­ner au Bré­sil la toute pre­mière mé­daille de l’hal­té­ro­phi­lie fé­mi­nine tri­co­lore. Mais aus­si et sur­tout parce qu’elle sait qu’en ce ven­dre­di si par­ti­cu­lier il lui fau­dra être ir­ré­pro­chable pour faire par­ler d’elle.

« Je passe le même jour que Ted­dy Ri­ner, ce n’est quand même pas de bol, s’es­claffe la Cler­mon­toise. Toutes les ca­mé­ras vont être bra­quées sur lui, pour le dé­trô­ner et s’at­ti­rer un brin de lu­mière, il va fal­loir faire car­ton plein ! »

« Pour­quoi ne se­rait-ce ré­ser­vé qu’aux gar­çons ? »

Pour ce­la, la na­tive de Doua­la (Ca­me­roun) n’au­ra pas d’autre choix que de battre son re­cord per­son­nel de 248 kg au to­tal olym­pique (111 à l’ar­ra­ché, 137 à l’épau­lé-je­té) et mon­trer au monde que, contrai­re­ment aux idées re­çues, l’hal­té­ro­phi­lie est aus­si une dis­ci­pline fé­mi­nine. « On ne pense pas au­to­ma­ti­que­ment que c’est un sport de fille, c’est vrai, ad­met-elle. Mais c’est un a prio­ri que je ne va­lide pas. Pour­quoi cette dis­ci­pline ne se­rait-elle ré­ser­vée qu’aux gar­çons ? C’est un sport for­mi­dable. Moi, j’ai ac­cro­ché tout de suite. »

L’hal­té­ro­phi­lie, Gaëlle NayoKet­chanke est un peu tom­bée de­dans toute pe­tite. La fonte et les Ket­chanke, c’est une his­toire de fa­mille. « Je n’ai pas eu le choix, sou­rit la vice-cham­pionne d’Eu- rope, na­tu­ra­li­sée en 2013. Mon père était en­traî­neur, mes deux frères et ma soeur pra­ti­quaient et la salle était juste en des­sous de la mai­son. »

Par­tie du Ca­me­roun en 2008 « pour échap­per aux ma­gouilles qui gan­grènent le sport afri­cain », dit-elle, elle a po­sé ses va­lises en Au­vergne où son com­pa­gnon d’en­traî­neur, Laurent Pe­dre­no, la pré­pare de­puis au plus gros dé­fi de sa car­rière. « Les Jeux olym­piques, c’est la com­pé­ti­tion ul­time, le sum­mum, glisse-t-elle sou­dain plus sé­rieuse. C’est une fier­té d’y par­ti­ci­per. La mé­daille, je l’ai, bien sûr, dans un coin de la tête. Mais je pense d’abord à en­trer en fi­nale et à battre mon re­cord. Le reste, si vous vou­lez bien, on en re­parle le jour J. » Au­jourd’hui, à par­tir de 15 h 30.

Née au Ca­me­roun, Gaëlle Nayo-Ket­chanke a gran­di dans une fa­mille bai­gnée dans l’hal­té­ro­phi­lie. La double cham­pionne de France rêve de ga­gner la pre­mière mé­daille olym­pique tri­co­lore de la dis­ci­pline chez les femmes.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.