Pour­quoi Jac­que­line

JUS­TICE. Le main­tien en dé­ten­tion de cette femme bat­tue, cou­pable d’avoir tué son ma­ri, trouble l’opi­nion pu­blique. Dé­cryp­tage.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - ÉRIC PEL­LE­TIER

CER­TAINES AF­FAIRES ju­di­ciaires s’évadent de la cour d’as­sises et échappent aux règles du com­bat pé­nal. Elles entrent alors dans un autre tri­bu­nal : ce­lui de l’opi­nion pu­blique. Là, les règles de l’af­fron­te­ment ne sont plus les mêmes, droit et émo­tion n’ayant ja­mais fait bon mé­nage.

Le dos­sier Jac­que­line Sau­vage est de ceux-là. Il peut se ré­su­mer de ma­nière cli­nique. Une sexa­gé­naire, condam­née à deux re­prises pour meurtre ag­gra­vé à dix ans de ré­clu­sion après avoir tué son ma­ri à coup de fu­sil dans le dos en 2012, reste en pri­son. Le tri­bu­nal d’ap­pli­ca­tion des peines de Me­lun a re­je­té hier sa de­mande de li­bé­ra­tion condi­tion­nelle.

La li­bé­ra­tion sem­blait ac­quise

Mais si les ar­gu­ments tech­niques des ma­gis­trats ont sou­le­vé une telle émo­tion, c’est que Jac­que­line Sau­vage n’est pas seule­ment une meur­trière. Elle est de­ve­nue, mal­gré elle, un sym­bole, ce­lui des femmes bat­tues, et même pour son co­mi­té de sou­tien, une vic­time. D’où cette autre vi­sion de l’af­faire : l’an­cienne cou­tu­rière, épouse co­gnée et hu­mi­liée, a uti­li­sé la vio­lence pour mettre un terme à près d’un de­mi-siècle de cau­che­mar.

Fran­çois Hol­lande, lui-même, est sen­sible à son sort. Le 31 jan­vier, le chef de l’Etat dé­cide de la gra­cier par­tiel­le­ment, an­nu­lant ain­si la peine de sû­re­té de deux ans et quatre mois qui lui reste à pur­ger. Cette dé­ci­sion po­li­tique offre la pos­si­bi­li­té à ses avo­cates de dé­po­ser une de­mande de li­bé­ra­tion. La suite sem­blait écrite d’avance : Jac­que­line Sau­vage al­lait for­cé­ment quit­ter sa cel­lule puisque même l’ac­cu­sa­tion était fa­vo­rable à un tel dé­noue­ment. Hier, ce fut donc une ter­rible douche froide pour ses filles et ses par­ti­sans.

Bien que ju­ri­di­que­ment ar­gu­men­tée (lire p.3), cette dé­ci­sion de main­tien en dé­ten­tion a sus­ci­té une flo­pée de com­men­taires po­li­tiques in­di­gnés. Quant à la vox po­pu­li des ré­seaux so­ciaux, elle a al­lè­gre­ment fait l’amal­game avec la re­mise en li­ber­té sous contrôle ju­di­ciaire de l’un des fu­turs as­sas­sins du père Ha­mel à Saint-Etienne-du-Rou­vray. L’af­faire Sau­vage mé­rite mieux que ces ap­proxi­ma­tions tant elle nous in­ter­roge sur l’idée même que l’on se fait de la jus­tice. Et par co­rol­laire de l’in­jus­tice.

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