Qu’est-ce qui les fait mar­cher ?

TENDANCE. Dans le sillage du dé­pu­té Jean Las­salle, qui avait sillon­né le pays à pied en 2013, plu­sieurs élus partent à l’as­saut des che­mins avec leur bâ­ton de pè­le­rin. Ob­jec­tif : prendre le temps d’écou­ter les Fran­çais.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Jean Las­salle, dé­pu­té Ch­ri­sophe Cas­ta­ner, dé­pu­té PS Isa­belle At­tard, dé­pu­tée éco­lo­giste CHARLES SAPIN

« EN MARCHE ! », pro­cla­mait Em­ma­nuel Ma­cron au prin­temps en lan­çant son mou­ve­ment pour son­der les Fran­çais. Sauf que ce sont sur­tout ses par­ti­sans qui ont usé leurs sou­liers dans des opé­ra­tions de porte-à-porte. A l’in­verse du mi­nistre de l’Eco­no­mie, plu­sieurs élus ont dé­ci­dé d’ar­pen­ter eux-mêmes les che­mins et de bra­ver la fa­tigue pour prendre le pouls du pays. Ar­mée de son écharpe tri­co­lore et de sa crème an­ti-am­poules, la dé­pu­tée éco­lo­giste du Cal­va­dos, Isa­belle At­tard, a tra­ver­sé à pied, en avril, 80 com­munes des 161 que compte sa cir­cons­crip­tion. « Après quatre ans de man­dat, j’ai eu l’im­pres­sion qu’il res­tait plein de gens que je n’avais ja­mais ren­con­trés, par­ti­cu­liè­re­ment ceux qui sont ex­clus de la sphère po­li­tique, té­moigne l’ex-EELV. Plu­tôt que d’or­ga­ni­ser des réunions où l’on voit tou­jours les mêmes, je me suis dit que c’était à moi d’al­ler à leur ren­contre. » Un sen­ti­ment par­ta­gé par le dé­pu­té PS des Alpes-deHaute- Pro­vence, Ch­ris­tophe Cas­ta­ner : « De­puis le d é b u t d e mon man­dat, en 2012, j’ai re­çu 2 400 per­sonnes, note le maire de For­cal­quier, qui s’est aper­çu que ces ren­contres for­melles ac­crois­saient le sen­ti­ment de rup­ture. Il fal­lait un temps dif­fé­rent pour re­créer du lien. » Dans deux se­maines, du 28 août au 10 sep­tembre, l’élu ira dans 40 des 97 com­munes de sa cir­cons­crip­tion, soit 270 km à la force du mol­let. « Quand j’en ai par­lé à mon équipe, elle m’a trai­té de fou. Il faut dire que je ne suis pas un grand spor­tif », blague le tout juste quin­qua­gé­naire.

Pour l’his­to­rien Jean Ga­rigues*, ces ini­tia­tives sont « un symp­tôme de cette rup­ture du contrat de confiance entre les élus et leurs élec­teurs. Avant on mar­chait pour ex­pri­mer une pro­tes­ta­tion po­pu­laire. Main­te­nant, c’est pour es­sayer de com­prendre et se rap­pro­cher du peuple, en re­non­çant à tous les ar­ti­fices du pou­voir », ajoute le pro­fes­seur à Sciences-po.

En s e l a nçant dans un tour de Fr a nce e n 2 013, Jean Las­salle a fait fi­gure de pion­nier et hé­ri­té d’un sur­nom qui lui colle dé­sor­mais aux basques : le « dé­pu­té qui marche ». L’édile py­ré­néen avait par­cou­ru à pied 5 000 km en neuf mois ! « Je cher­chais à po­ser un acte ci­toyen, com­bat­tant, pour écou­ter et com­prendre l’ex­trême co­lère qui existe dans notre pays, lâche l’élu qui s’est cette fois lan­cé dans l a… course pour 2017. J’ai vu le poids des 50 % de gens qui ne votent plus, qui ont peur et n’ont plus confiance en rien ni per­sonne. » Isa­belle At­tard, elle, tem­père cette vi­sion après son « Cal­va­dos tour » : « Lors des dé­bats et apé­ros ci­toyens or­ga­ni­sés sur la route, l e s g e ns é t a i e nt tout sauf dés­in­té­res­sés par la po­li­tique. Ils étaient sur­tout écoeu­rés. L’en­vie de dé­bat, elle, reste in­tacte. »

Pour Ch­ris­tophe Cas­ta­ner, qui avait por­té les cou­leurs du PS lors des ré­gio­nales de dé­cembre en Pa­ca, avant de se dé­sis­ter en fa­veur de Ch­ris­tian Es­tro­si (LR) pour faire bar­rage au FN, cette marche est l’oc­cas i on de f a i r e l e point : « Nous avons des vies de fous à l’As­sem­blée. J’ai be­soin de me re­trou­ver seul pour ré­flé­chir », glisse cet adepte du slow-food. Ces mo­ments de so­li­tude ne durent ja­mais très long­temps tant l’ini­tia­tive in­trigue au bord des che­mins. « On n’est vrai­ment seuls qu’une poi­gnée d’heures, pour­suit At­tard. Mais je n’ai au­cun re­gret car, hu­mai­ne­ment, j’ai fait de belles ren­contres. J’ai même dan­sé une valse avec le maire d’un vil­lage… tout en mar­chant. Dé­sor­mais, à chaque fois que je vote un texte, j’ai leurs vi­sages en tête. »

@csa­pin * Au­teur d’« Ely­sée Cir­cus », à pa­raître le 25 août chez Tal­lan­dier.

« Me re­trou­ver seul pour ré­flé­chir » « Il res­tait plein de gens que je n’avais ja­mais ren­con­trés »

Ch­ris­tophe Cas­ta­ner, dé­pu­té PS des Alpes-de-Haute-Pro­vence, s’ap­prête à tra­ver­ser sa cir­cons­crip­tion pour al­ler à la ren­contre de ses ad­mi­nis­trés. Un pè­le­ri­nage dé­jà ef­fec­tué en avril par Isa­belle At­tard, dé­pu­tée éco­lo­giste du Cal­va­dos.

Jean Las­salle a hé­ri­té du sur­nom « le dé­pu­té qui marche » après avoir par­cou­ru quelque 5 000 km.

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