Les po­li­ciers veulent re­tom­ber dans l’ano­ny­mat

SÉ­CU­RI­TÉ. Me­nace ter­ro­riste oblige, des me­sures viennent d’être prises pour ren­for­cer l’ano­ny­mat des agents dans l’exer­cice de leurs fonc­tions ain­si qu’ils le de­man­daient.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Un fonc­tion­naire de po­lice CÉLINE CAREZ

FI­NI LES NOMS des po­li­ciers qui s’étalent sur des pro­cé­dures ad­mi­nis­tra­tives sus­cep­tibles de fui­ter. Dé­con­seillé de s’af­fi­cher en pho­to sur les ré­seaux so­ciaux. Ou­blié les cour­riers es­tam­pillés mi­nis­tère de l’In­té­rieur ou pré­fec­ture de po­lice qui ar­rivent à do­mi­cile. Plu­sieurs me­sures viennent ain­si ren­for­cer l’ano­ny­mat des fonc­tion­naires, comme l’avait pro­mis Fran­çois Hol­lande au len­de­main de l’as­sas­si­nat d’un po­li­cier et de sa com­pagne à leur do­mi­cile de Ma­gnan­ville (Yve­lines), en juin, au nom de Daech. « Les po­li­ciers sont clai­re­ment les cibles des ter­ro­ristes », rap­pelle Yvan As­sio­ma, res­pon­sable du syn­di­cat Al­liance-Po­lice Pa­ris. Pre­mière nou­veau­té, un té­lé­gramme si­gné de Mi­chel Ca­dot, pré­fet de po­lice de Pa­ris, in­forme les agents qu’ils sont dé­sor­mais « au­to­ri­sés à s’iden­ti­fier dans tous les actes ad­mi­nis­tra­tifs qu’ils sont ame­nés à éta­blir (PV de no­ti­fi­ca­tion, compte ren­du de per­qui­si­tion, PV de sai­sie ad­mi­nis­tra­tive, PV de re­te­nue) sous leur nu­mé­ro de RIO (NDLR : ma­tri­cule) en lieu et place de leurs nom et pré­nom. »

« L’ad­mi­nis­tra­tion doit pou­voir pro­té­ger et dé­fendre les po­li­ciers », abonde Phi­lippe Pru­nier, di­rec­teur ad­joint de la DSPAP (di­rec­tion de la sé­cu­ri­té de proxi­mi­té de l’ag­glo­mé­ra­tion pa­ri­sienne), res­pon­sable de 18 000 po­li­ciers à Pa­ris et sa pe­tite cou­ronne. « C’est une très bonne dé­ci­sion, sa­lue Yvan As­sio­ma, mais ce n’est pas as­sez. Ce­la de­vrait tou­cher éga­le­ment les pro­cé­dures ju­di­ciaires, qui re­pré­sentent 90 % des pro­cé­dures. » Le Syn­di­cat des cadres de la sé­cu­ri­té in­té­rieure (SCSI), re­pré­sen­tant les of­fi­ciers, ré­clame éga­le­ment un tel élar­gis­se­ment au nom d’une plus grande « co­hé­rence ». Il vient d’écrire en ce sens au mi­nistre de l’In­té­rieur. « Les voyous savent très bien ré­cu­pé­rer nos noms », re­grette un po­li­cier qui rap­pelle « la fron­tière té­nue entre ter­ro­risme, dé­lin­quance et cri­mi­na­li­té. Ils ba­lancent même des listes sur In­ter- net avec le nu­mé­ro d’im­ma­tri­cu­la­tion de nos voi­tures per­son­nelles. On se sent vul­né­rables ». Cette se­maine, une en­quête a été ou­verte après une opé­ra­tion ten­due aux 4 000 à La Cour­neuve (Seine-Saint-De­nis). Des po­li­ciers qui sont in­ter­ve­nus ont été me­na­cés de mort et leurs noms ta­gués sur les murs de la ci­té…

Outre l’ano­ny­mi­sa­tion des actes ad­mi­nis­tra­tifs, dans une note du 20 juillet la pré­fec­ture de po­lice (PP) conseille aux po­li­ciers qui éta­blissent des pro­cé­dures ju­di­ciaires de se do­mi­ci­lier bou­le­vard du Pa­lais, adresse de la pré­fec­ture. Une autre note somme les fonc­tion­naires de ne pas ex­po­ser leur vie pri­vée sur les ré­seaux so­ciaux. En­fin, la PP a pré­ve­nu ses agents que tous les cour­riers ad­mi­nis­tra­tifs se­ront dé­sor­mais re­mis en main propre ou en­voyés dans des en­ve­loppes ano­ny­mi­sées…

Des me­sures ju­gées en­core in­suf­fi­santes par cer­tains syn­di­cats, dont Al­liance, qui ré­clament le port de la ca­goule pen­dant toutes les grosses in­ter­ven­tions. « Là, c’est un puits sans fond, tem­père un haut fonc­tion­naire. Les po­li­ciers actent avec leur nom. Que le Raid ou la BRI opèrent en ca­goule, très bien. Mais, mal­gré le risque, le po­li­cier de proxi­mi­té, de la BAC ou de po­lice se­cours, ce­lui qui est dans les quar­tiers, doit pou­voir ras­su­rer. Il doit avoir un nom et une face hu­maine. »

« Fron­tière té­nue entre ter­ro­risme, dé­lin­quance et cri­mi­na­li­té »

Saint-Etienne (Loire), le 14 juin. Des po­li­ciers pa­ri­siens ve­nus en ren­fort pour un des matchs de l’Eu­ro ont bar­ré de noir leur lo­go po­lice en signe de deuil à la suite de l’as­sas­si­nat de leur col­lègue à Ma­gnan­ville.

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