C’était bien le jour

JOUR DE TITRES. Avant le sacre qui fait de Ted­dy Ri­ner le plus grand ju­do­ka de tous les temps, sa par­te­naire Emi­lie An­déol et les ra­meurs Pierre Houin et Jé­ré­mie Azou s’étaient aus­si cou­verts d’or.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Rio (Bré­sil) D’un de nos en­voyés spé­ciaux SAN­DRINE LEFÈVRE

UN DOIGT sur la bouche, Ted­dy Ri­ner de­mande élé­gam­ment à ses sup­por­teurs d'ar­rê­ter de conspuer le Ja­po­nais Ha­ra­sa­wa qui, avec deux pé­na­li­tés contre une pour le Fran­çais, a dé­jà mis un ge­nou à terre. La Ca­rio­ca Are­na ne l'écoute dé­jà plus. Quelques ins­tants en­core et le voi­là qui ou­blie tout sen­ti­ment de com­pas­sion pour agrip­per son en­traî­neur. Franck Cham­bi­ly ne pèse sou­dain plus bien lourd dans les bras du co­losse, qui em­brasse son crâne dé­gar­ni. Dans la tri­bune où se masse la fa­mille du dé­sor­mais double cham­pion olympique et oc­tuple cham­pion du monde, on frôle l'émeute. Luth­na, son amou­reuse de­puis 5 ans, se fraye un che­min. Les bai­sers sont échan­gés, sous les hur­le­ments de la foule.

Porte-dra­peau, porte-bon­heur d’An­déol et des ra­meurs

« C'est l'his­toire de ma vie, je suis très fier et heu­reux, c’est ex­tra­or­di­naire, lâche Ri­ner, im­mense sou­rire aux lèvres. Il y avait beau­coup de pres­sion. Pas à cause du fait que je sois le porte-dra­peau mais parce que j’avais an­non­cé que je vou­lais l’or. Mais je rentre avec l’or. C’est ma troi­sième ici en or (à Rio, dé­jà 2 titres mon­diaux), je me sens chez moi. » Et pour cause ! Comme il y a quatre ans à Londres, l'arêne dé­diée au judo avait des airs de pe­tite France. Ou­bliés les airs de Sam­ba, hier il n'y avait que des «Al­lez Ted­dy» et des dra­peaux tri­co­lores.

« La Mar­seillaise », qui à 18 h 15 à Rio, 23 h 14 en France, ré­sonne est un pur mo­ment de grâce. La main sur le coeur, le ju­do­ka dé­sor­mais in­vain­cu de­puis 128 com­bats, chante. Se mêlent alors émo­tion et sen­ti­ment du de­voir ac­com­pli. Car Ted­dy Ri­ner s'était pro­mis de conser­ver l'or, comme Da­vid Douillet il y a quelques an­nées (1996 et 2000). Une en­vie, une dé­ter­mi­na­tion, mal­gré les bles­sures et les doutes. Pas éton­nant fi­na­le­ment que ses pairs l'aient choi­si comme porte-dra­peau car Ted­dy marche sur l'eau. Et son bon­heur est conta­gieux. Ce ven­dre­di de­vait être LA jour­née du ca­pi­taine, ce fut celle d'une équipe de France olympique mé­ta­mor­pho­sée. Com­ment pou­vait-on ima­gi­ner en se le­vant le ma­tin qu'Emi­lie An­déol, la poids lourd du judo tri­co­lore, celle dont on ne parle ja­mais parce que, jus­te­ment, elle com­bat le jour du Sei­gneur, choi­sisse ce 12 août pour sor­tir de l'ombre ? Un mo­ment ma­gique dans une jour­née fa­bu­leuse, mar­quée par la mé­daille d'or des ra­meurs Pierre Houin et Jé­ré­mie Azou, celle en ar­gent de l'ar­cher JeanC­harles Val­la­dont et celle des Fleu­ret­tis- tes. «Je vais pou­voir pro­fi­ter de ce mo­ment, pro­met ce­lui qui va pour­suivre sa car­rière, au moins jus­qu'aux JO de 2020, la pa­trie du judo. Je suis sûr qu’il y au­ra d’autres choses qui vont me faire rê­ver, j’aime avoir de nou­veaux dé­fis, de nou­veaux pro­jets, qui me font re­ve­nir à l’en­traî­ne­ment. Quand je vais ren­trer de va­cances, on va mettre les bou­chées doubles. Mais, là, on ne parle plus d’en­traî­ne­ment, de judo, de tra­vail. Ted­dy, il ar­rête. Il est en va­cances (rires) ! »On l'aime ce Ted­dy Ri­ner, sim­ple­ment parce qu'il nous rend heu­reux. VI­DÉOS Ted­dy Ri­ner : « Avant, ma mère ne re­gar­dait pas mes com­bats »

Rio (Bré­sil), hier soir. Au cô­té de son en­traî­neur Franck Cham­bi­ly, Ted­dy Ri­ner laisse écla­ter sa joie. Avec ce deuxième titre olympique, il entre un peu plus dans la lé­gende.

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