Ap­pe­lez-la Emi­lie An­déOR

Plus de 78 kg

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Rio (Bré­sil) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux Emi­lie An­déol ÉRIC BRUNA

« JE SUIS c ham- pi o n- ne o-lym-pi-que… » Les yeux en­core em­bués de larmes, Emi­lie An­déol, 28 ans, dé­tache soi­gneu­se­ment les syl­labes dans la zone mixte de l’Are­na Ca­rio­ca 2. A la sur­prise gé­né­rale, et à la sienne en par­ti­cu­lier, la Bor­de­laise vient de mon­ter sur le toit de l’Olympe en + de 78 kg. La France at­ten­dait une mé­daille dans cette ca­té­go­rie de­puis vingt ans, et le bronze de Ch­ris­tine Ci­cot à At­lan­ta. Il n’y a pas que Ted­dy Ri­ner chez les lourds tri­co­lores !

Dans sa ruée vers l’or, la Gi­ron­dine a écar­té la Chi­noise Yu Song, cham­pionne du monde en titre, en de­mi-fi­nale, et la Cu­baine Or­tiz, te­nante du titre olympique, en fi­nale. « Pour­tant, sans vous men­tir, j’étais stres­sée ce ma­tin (NDLR : hier), sou­rit-elle. J’étais pa­ra­ly­sée par l’évé­ne­ment. Je me suis pris une bonne en­gueu­lade par Ch­ris­tophe (NDLR : Mas­si­na, son coach) après le pre­mier com­bat et ça m’a re­boos­tée. A chaque com­bat, il me di­sait : Tu n’as rien à perdre, c’est elle qui doit avoir peur. Et je l’ai fait… »

Après une sai­son en de­mi-teinte, la pen­sion­naire du Red Star Cham­pi­gny s’est re­le­vée à point nom­mé. « C’est ça, Emi­lie, lâche son en­traî­neur. Elle tombe, elle se re­lève, etc. Elle me sur­prend tout le temps. Là, j e n’ e n r e v i e ns pas. Elle y est ar­ri­vée, alors que per­sonne ne croyait en elle. » An- dé­ol peut re­mer­cier ses deux frères, qui, comme ses pa­rents, ha­bitent tou­jours à Mar­che­prime, au sud de Bor­deaux. S’ils ne l’avaient pas em­bê­tée tout le temps lors­qu’elle était pe­tite, l a j eune femme ne se se­rait peut-être ja­mais mise au judo. Elle a d’ailleurs mis du temps à ap­pré­cier sa dis­ci­pline. En­core plus à se dé­cou­vrir des ca­pa­ci­tés.

« Je ne réa­lise pas vrai­ment parce que, même dans mes rêves les plus fous, en étant pe­tite, je ne me se­rais ja­mais vue en équipe de France et en­core moins aux JO, ex­plique Emi­lie An­déol. Je me di­sais : je n’ai pas le ni­veau, je n’y ar­ri­ve­rai ja­mais. J’ai eu beau­coup de mo­ments de doute, mais je n’ai pas cra­qué. Je n’ai ja­mais rien lâ­ché. Je pense sur­tout à ma mère qui s’est sa­cri­fiée pour que je puisse en ar­ri­ver là, faire un sport-études. Pa­reil pour mon frère. Cette mé­daille, elle est pour eux ! »

C’est aus­si une jo­lie pe­tite re­vanche bré­si­lienne pour elle. Il y a trois ans, en ef­fet, An­déol, lau­réate des Jeux eu­ro­péens 2015 et cham­pionne d’Eu­rope en 2014, avait échoué au pied du podium mon­dial… à Rio de Ja­nei­ro. Dans les der­nières se­condes de la fi­nale, rem­por­tée sur ip­pon au gol­den score, la jeune femme avait dé­jà l’oeil hu­mide en im­mo­bi­li­sant Or­tiz. « Elle pleure tout l e temps » , se marre Mas­si­na. « C’était un tel sou­la­ge­ment, pour­suit-elle. Pour moi, battre Or­tiz, c’était comme gra­vir l’Eve­rest. Je vais peut-être en­fin prendre confiance en moi. En­fin, peut-être, ce n’est pas dit… »

« Pe­tite, je ne me se­rais ja­mais vue en équipe de France. Je me di­sais, je n’ai pas le ni­veau »

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