Un titre à par­ta­ger en trois

Deux de couple poids lé­gers

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Rio de Ja­nei­ro (Bré­sil) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux STÉ­PHANE BIANCHI

PAS DE SANG, mais de la sueur et des larmes. Beau­coup de larmes. Ja­mais, sans doute, un titre olympique d ’ a v i r o n n ’ a u r a é t é e mp r e i n t d’au­tant d’émo­tions que ce­lui dé­cro­ché par Jé­ré­mie Azou et Pierre Houin. Hier ma­tin, sous le so­leil per­çant de Rio, ils ont d’abord flir­té avec le KO, er­rants, li­vides, à la re­cherche de l’oxy­gène, des forces et de la lu­ci­di­té qu’ils ve­naient de lais­ser dans les eaux du La­goa Sta­dium.

Mais, si la fa­tigue s’en est vite al­lée, l’émoi, lui, n’a ja­mais lâ­ché « Su­per­man » Azou et « Co­los­sus » Houin, les deux su­per­hé­ros (au­to­pro­cla­més) du deux de couple poids lé­gers qui a of­fert la troi­sième mé­daille d’or au clan fran­çais. « J’ai une énorme pen­sée pour Sta­ny De­layre, lance ain­si Azou avant même de re­prendre son souffle. C’est le troi­sième homme du ba­teau, ce­lui sans qui rien n’au­rait été pos­sible. Cette mé­daille, elle lui ap­par­tient à lui aus­si. » « Je n’avais pas le droit de ter­mi­ner deuxième, en­chaîne Houin, la voix tout aus­si trem­blante. Ça au­rait été sa­lir le nom de Sta­ny De­layre que de ne pas ga­gner ! »

Nul n’en dou­tait, mais si les XMen (le nom dont s’est af­fu­blé le groupe de deux de couple PL fran­çais) ne sont in­faillibles qu’au ci­né- 27 ans Né le 2 avril 1989 à Avi­gnon (Vau­cluse) Dis­ci­pline : avi­ron, deux de couple poids lé­ger. Club : So­cié­té nau­tique d’Avi­gnon (Vau­cluse). Jeux olym­piques : mé­daille d’or en 2016 et 4e en 2012. Cham­pion­nats du monde : 1er en 2015, 2e en 2009 et 2014 et en quatre de couple en 2008. Cham­pion­nats d’Eu­rope : 1er de 2013 à 2015 et 3e en 2010. ma, c’est que der­rière le sacre des sur­hommes bleus se cache aus­si le psy­cho­drame de « Wol­ve­rine » De­layre, par­te­naire his­to­rique de Jé­ré­mie Azou. Deux mois tout juste avant de par­tir, le jeune Pierre Houin a, à grands coups de ta­lent et de per­for­mances, en ef­fet bri­sé l’in­des­truc­tible couple star de l’avi­ron fran­çais. Ce­lui qui ve­nait de faire main basse sur trois titres eu­ro­péens consé­cu­tifs, qui l’an pas­sé avait gla­né le titre mon­dial que la France at­ten­dait de­puis trois dé­cen­nies et qui, après une mé­daille en cho­co­lat à Londres et quatre ans de tra­vaux for­cés, pro­met­tait de se cou­vrir d’or à Rio.

Un drame pour Azou, qui avoue avoir dû s’as­su­rer de « la san­té psy­cho­lo­gique » de ce­lui qui l’avait choi­si comme par­rain de son fils pour 22 ans Né le 15 avril 1994 à Toul (Meurthe-etMo­selle) Dis­ci­pline : avi­ron, deux de couple poids lé­ger. Union spor­tive de Toul. Jeux olym­piques : mé­daille d’or aux 2016. Cham­pion­nats du monde : 1er en quatre de couple poids lé­ger en 2015. Cham­pion­nats d’Eu­rope : 1er en skiff poids lé­ger en 2015. Club : abor­der ses Jeux « à l’aise dans ses bas­kets ». Une tor­ture pour Houin qui, non content « de bri­ser le duo phare de la dis­ci­pline », a dû as­su­mer de sor­tir « Sta­ny le cham­pion du monde, [son] mo­dèle ». « Je n’avais pas en­vie de m’ex­cu­ser d’être per­for­mant, mais j’avais en­vie de le faire pour lui avoir pris sa place », se sou­vient-il. Le ca­det de la bande ne l’a pas fait, conscient qu’il n’était pas à ce mo­ment-là « la meilleure per­sonne pour l’as­su­rer de son sou­tien ». Mais hier, dans la fou­lée du sacre, leurs re­gards se sont par­lé. « Je l’ai re­mer­cié d’avoir bâ­ti l’his­toire de l’em­bar­ca­tion, sou­rit Houin, les yeux trem­pés. Sans lui, je n’au­rais pas vé­cu ce truc de fou. » Ni vu Su­per­man pleu­rer à chaudes larmes en écou­tant « la Mar­seillaise », une mé­daille d’or au­tour du cou.

Avant la vic­toire, le psy­cho­drame

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