Mais où est pas­sé le ci­né­ma fran­çais ?

TENDANCE. De « Sui­cide Squad » à « Ja­son Bourne », les écrans et les suc­cès de l’été sont squat­tés par les grosses pro­duc­tions amé­ri­caines. Les films fran­çais font l’im­passe ou tré­passent…

Aujourd'hui en France - - LOISIRS ET SPECTACLES - ALAIN GRASSET

PA­TRICK CHIRAC seul face à Hol­ly­wood ! « Cam­ping 3 », la co­mé­die de Fa­bien On­te­niente avec Franck Du­bosc, a réuni 3 mil­lions d’en­trées de­puis le 29 juin. Mais c’est bien l’un des rares films fran­çais avec une autre co­mé­die, « Dé­bar­que­ment im­mé­diat », et « Ir­ré­pro­chable », un thril­ler psy­cho­lo­gique avec Ma­ri­na Foïs, à avoir ten­té d’af­fron­ter les grosses ma­chines amé­ri­caines qui se bous­culent dans nos salles.

C’est comme ça de­puis le dé­but de l’été. « Tar­zan », « In­de­pen­dence Day Re­sur­gence », « le Bon Gros Géant », « In­sai­sis­sables 2 », « l’Age de glace : les Lois de l’uni­vers », « Comme des bêtes », ou sur­tout « Sui­cide Squad » le nou­veau film phé­no­mène ins­pi­ré de l’uni­vers de bande des­si­née de DC Co­mics, sor­ti en salle le 3 août, qui a dé­jà dé­pas­sé l e mil l i o n d e s p e c t a t e ur s . L e meilleur dé­mar­rage de l’an­née pour un film de su­per­hé­ros.

Mer­cre­di der­nier, les stu­dios Uni­ver­sal ont lan­cé le nou­veau « Ja­son Bourne », cet an­ti-James Bond en­core plus fré­né­tique, tan­dis que son concur­rent So­ny mi­sait sur une nou­velle ver­sion de « SOS Fan­tômes » avec un cas­ting fé­mi­nin em­me­né par Me­lis­sa McCar­thy, Kris­ten Wiig et Les­lie Jones. Quant aux stu­dios Pa­ra­mount, ils at­ta­que­ront avec « Star Trek sans li­mites » le 17 août. Mer­cre­di pro­chain, le match se­ra donc à nou­veau amé­ri­ca­no-amé­ri­cain, les stu­dios Dis­ney pa­riant sur « Pe­ter et El­liott le dra­gon », re­make d’un film de 1977.

Evi­ter tout risque fi­nan­cier

C’est clair, comme pra­ti­que­ment tous les ans, le ci­né­ma fran­çais dé­serte ses propres salles du­rant la pé­riode es­ti­vale. La faute à qui ? Aux dis­tri­bu­teurs et pro­duc­teurs qui ne veulent prendre au­cun risque fi­nan­cier sa­chant que c’est mis­sion im­pos­sible face aux block­bus­ters hol­ly­woo­diens. « C’est ter­rible de lais­ser ain­si nos salles aux Amé­ri­cains pen­dant trois mois ou presque. On peut le re­gret­ter bien sûr parce que beau­coup de spec­ta­teurs ai­me­raient avoir un film fran­çais à al­ler voir, constate, quelque peu amer, le res­pon­sable de la dis­tri­bu­tion d’un grand cir­cuit, qui du coup pré­fère gar­der l’ano­ny­mat. Mais nous n’avons pas l’équi­valent des pro­duc­tions amé­ri­caines sus­cep­tibles de r i va­li s er avec el - les. Nous ne sa­vons pas fa­bri­quer de grands films po­pu­laires dans le bon sens du terme que les gens pour­raient al­ler voir l’été pour vrai­ment se dé­tendre. »

Pour le réa­li­sa­teur Eric La­vaine, un deuxième fac­teur entre en jeu : « Il y a la crainte du beau temps. Et je ne ri­gole pas en vous di­sant ce­la, constate ce­lui qui rem­porte un jo­li suc­cès avec le film Re­tour chez ma mère. J e me s o u v i e n s q u ’ e n juillet 2013, l e Grand Mé­chant Loup avec Kad Me­rad, Be­noît Poel­voorde et Fred Tes­tot, une co­mé­die qu’avait co­réa­li­sé mon frère (Bru­no La­vaine) est sor­ti alors qu’il fai­sait très beau et très chaud. Ré­sul­tat, le film s’est ra­mas­sé. »

Les jour­na­listes en va­cances

Le réa­li­sa­teur évoque une autre rai­son plus struc­tu­relle, car le beau temps touche tout le monde : « La pro­mo­tion est dif­fi­cile l’été parce que toutes les émis­sions de té­lé­vi­sion où l’on parle de ci­né­ma s’ar­rêtent, On n’est pas cou­ché, les En­fants de la té­lé, et les JT sont rac­cour­cis » . Se­lon lui, ce­la gêne moins les Amé­ri­cains : « Eux n’ont pas be­soin de pro­mo, on l’a vu avec Sui­cide Squad qui n’a été mon­tré que la veille de sa sor­tie à de rares médias. Leurs films sont pour l’es­sen­tiel des fran­chises que tout le monde connaît, et at­tend. Le Monde de Do­ry n’a pas be­soin de pro­mo. Ils sont moins tri­bu­taires que nous des médias. »

Con­fir­ma­tion avec « Dé­bar­que­ment im­mé­diat » de Phi­lippe de Chau­ve­ron, le réa­li­sa­teur de « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? » qui com­porte au gé­né­rique deux des « gendres » de ce film à énorme suc­cès, Ary Abit­tan et Me­di Sa­dou. Sor­tie le 13 juillet, dis­tri­buée par UGC, cette nou­velle co­mé­die n’a mo­bi­li­sé que 350 000 ama­teurs. Un score qui n’in­ci­te­ra pas tel­le­ment les dis­tri­bu­teurs à ten­ter leur chance. En berne, le dra­peau du ci­né­ma hexa­go­nal.

Le thril­ler psy­cho­lo­gique « Ir­ré­pro­chable » avec Ma­ri­na Foïs (à gauche) et Jo­sé­phine Jap­py (à droite) est une bonne sur­prise avec ses 200 000 en­trées. Sor­ti dé­but juillet, le pre­mier long-mé­trage de Sé­bas­tien Mar­nier est ac­tuel­le­ment pro­je­té dans plu­sieurs salles de ci­né­ma.

A contra­rio, la co­mé­die « Dé­bar­que­ment im­mé­diat » avec Ary Abit­tan (à droite) et Me­di Sa­dou (à gauche) du réa­li­sa­teur de l’énorme suc­cès « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? » n’a pas mo­bi­li­sé le pu­blic es­comp­té.

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