His­sez haut à Douar­ne­nez

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - Douar­ne­nez (Fi­nis­tère) De nos en­voyés spé­ciaux TEXTES PHO­TOS : PIERRE VAVASSEUR : JEAN-BAP­TISTE QUEN­TIN

AR­RI­VÉS la veille de Pont-Croix, notre cam­ping-car et nous-mêmes avons dor­mi nez au zef, face à l’océan, dans le cam­ping Trez­ma­laouen, une sorte de Fer­ra­ri des cam­pings qui do­mine la plage de Ker­vel. Entre la côte à bâ­bord, qui mène aux pointes du Raz et du Van, et la griffe de Cro­zon à tri­bord, la mer vient là, se­reine ou très fâ­chée, don­ner des nou­velles de l’éter­ni­té.

La plage est son autre grand large. Le sable y est clair et si fin, comme de la fa­rine. Le grand large, jus­te­ment, avec tous ses ailleurs, a son an­ti­chambre tout près, à Douar­ne­nez, en son port-mu­sée. Un trait d’union re­lie les deux mots comme une vague, et le vent de l’his­toire ma­ri­time souffle ici dans les voiles. A peine en­trés, nous sommes de­hors. Dans la ma­rine, c’est lo­gique, l’ailleurs com­mence par l’ex­té- rieur. Le ciel joue de la harpe dans les hauts mâts de mi­saine et d’ar­ti­mon. De­puis 1992, ce mu­sée mu­ni­ci­pal, créé en 1970 dans une an­cienne conser­ve­rie, ne se contente plus d’abri­ter ses pièces de col­lec­tion. Il ex­pose aus­si sept ba­teaux amar­rés dans le port Rhu, dont trois sont vi­si­tables. Les trente autres, entre les murs, sont re­mar­qua­ble­ment dis­po­sés et mis en scène.

De beaux bâ­ti­ments pour pê­cher la sar­dine

On ap­prend des mots et des noms. Il y a ce co­racle de 1868, la fa­meuse « coque de noix », lattes de frêne, nattes d’osier et toile gou­dron­née, trans­por­table à l’épaule. Ou ce ca­not de mi­saine de 1936, construit sur les chan­tiers de Pont-l’Ab­bé et qui, lors d’une crise sar­di­nière à la fin du XIXe siècle, rem­pla­çait la cha­loupe « trop coû­teuse en main-d’oeuvre ». Et puis la « Bleuette », 1933, à l’époque pro­prié­té de la So­cié­té des pe­tites ré­gates. Sa des­crip­tion fe­rait une chan­son : « L’aca­jou pour les bor­dés, l’aca­cia pour les mar­brures, le co­ton d’Egypte pour la voi­lure et le spruce (NDLR : une es­sence ca­na­dienne) pour la mâ­ture. »

Deux cent cin­quante autres pièces pa­tientent dans les ré­serves puisque, rap­pelle Isa­belle Mé­nard, char­gée de la mé­dia­tion de l’éta­blis­se­ment, « la mis­sion prin­ci­pale d’un mu­sée, c’est tout de même la conser­va­tion ». Jus­te­ment, c’est dans le bassin à flot qu’elle prend tout son sens et l’équi­page qui est à quai — trois char­pen­tiers, un me­nui­sier et quatre mé­ca­nos — ne courent sans doute pas les mers, mais sont tous les jours sur le pont. Voi­ci « le Roi Grad­lon » à l’ar­mure noire, rouge et jaune. Ses cou­leurs sont si lus­trées qu’elles ont l’air so­nores. Et « l’An­na-Ro­sa », une ga­léasse nor­vé­gienne. Elle ve­nait de Ber­gen en Bre­tagne li­vrer la rogue, ces oeufs de mo­rue qui servent d’ap­pât pour pê­cher la sar­dine. Mais ici règne aus­si le « Dieu-Pro­tège », qui contri­bua à convoyer une mer de sable pour la re­cons­truc­tion de Brest. La pia­niste Anne Quef­fé­lec fut émue, bien des an­nées plus tard, de re­voir le bâ­ti­ment. Elle l’aper­ce­vait si sou­vent pas­ser, dans son en­fance, de­puis le jar­din de sa mai­son. Quant à son père, le ru­gueux Hen­ri, au­teur d'« Un rec­teur de l’île de Sein », il dé­cri­vait sa fas­ci­na­tion pour « la ro­ton­di­té ra­be­lai­sienne du bâ­ti­ment » et « le jo­li vert rei­nette de sa robe ».

Nous voi­ci à la barre. Mi­racle, elle tourne comme tournent les vents. Le ba­teau ne bouge pas mais l’ailleurs ne va ja­mais si loin que quand il fait du sur­place. Le port-mu­sée, place de l’En­fer, 29100 Douar­ne­nez. Mu­sée à quai et ba­teaux à flot, jus­qu’au 31 août : 7 jour sur 7 de 10 heures à 19 heures. Adulte : 7,50 €. En­fant : 4,50 €. Fa­mille : 20 €. Tél. 02.98.92.65.20.

Douar­ne­nez (Fi­nis­tère). Dans le port-mu­sée, sept ma­jes­tueux voi­liers à hauts mâts sont amar­rés.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.